David Collin, Webjournaliste

Nous avons interviewé David Collin, webjournaliste et spécialiste des marchés boursiers pour ECHONET, version on line du journal l'Echo. Site : www.echonet.be

En quoi votre travail consiste-t-il ?

A intervalles réguliers, je réalise un topo de la situation sur les marchés d'actions européens. Je donne la tendance et cite les éléments à l'origine de la hausse/baisse des marchés d'actions ; je relève les valeurs qui bougent le plus et j'explique pourquoi. Même chose en ce qui concerne les variations de l'euro sur le marché des changes. En fin de journée, je rédige un résumé de la séance boursière du jour tant pour le site que pour le journal.

Vous est-il possible de décrire une journée type ?

Je commence à 9 heures et finis au minimum à 18 heures 30. En début de journée, je lis la presse économique et financière et des dépêches d'agence. Je visite aussi quelques sites Internet de référence. Je passe des coups de fil à des analystes, à des courtiers, ... Ensuite, à intervalles réguliers, je rédige des papiers «marchés» et «valeurs», tout en suivant en continu les marchés.

Quels sont vos parcours scolaire et professionnel ?

Je suis licencié et maître en Sciences Economiques. Je suis devenu journaliste et web journaliste un peu par hasard. Je suis entré à l'Echo pour un stage étudiant, au tout début du site Internet et justement pour fournir un contenu économique au site. De fil en aiguille, je suis devenu web journaliste. J'ai actuellement titre de journaliste professionnel. Il y a une tentative de créer une catégorie de «Journaliste en ligne» au sein de l'AGJPB mais le projet est au point mort, compte tenu de la situation économique et de la situation de la presse en général.

Quelle est la particularité du webjournaliste ? Est-il un journaliste comme les autres ?

Non, si l'on considère le fait que je travaille pour un fil d'information en continu. Il faut à la fois combiner la rapidité du travail et la qualité de l'information fournie. L'information est rapidement périmée. Le travail se rapproche plus du boulot d'un journaliste d'agence de presse plutôt que de celui qui travaille pour un quotidien. Nos horaires sont d'ailleurs légèrement différents.

Quels sont vos principaux outils de travail ?

J'utilise Word, Excel, Macromedia Dreamweaver, Internet Explorer, Outlook Express et de manière plus accessoire Photoshop. Actuellement, un webmaster réalise, ici, une grande partie de tout le travail non journalistique. Au début, je travaillais moi-même dans les codes HTML des pages afin de mettre mes textes en page. Un peu comme si un pilote automobile devait réparer lui-même sa voiture. Actuellement, avec la montée en puissance du site, un masque d'encodage d'informations a été développé ainsi qu'une base de données. Néanmoins, il est toujours intéressant d'avoir des connaissances informatiques. J'ai, par exemple, créé un outil à l'aide d'Excel qui me permet de traiter, classer les cotations de valeurs reçues via nos fournisseurs de cotations.

Travaillez-vous en équipe et si oui, quels sont vos principaux collaborateurs ?

Nous sommes à 3, à travailler en continu pour le flux d'informations : 2 journalistes traitent l'information «Entreprises et Secteur» (fusions, acquisitions, résultats,...), tandis que je m'occupe exclusivement des marchés boursiers.

Intégrez-vous le son, l'image ou d'autres composantes multimédias ? Vous arrive-t-il de travailler avec l'infographiste à l'élaboration visuelle ?

Pas vraiment. Nous avons notre opinion à donner sur le look du site. Pour l'élaboration d'un dossier en ligne, l'infographiste, qui est également webmaster, attend nos instructions quant au choix de la photo. Sinon la mise en page a été définie dans une charte graphique lors de l'élaboration du site.

Quelles sont les nouvelles technologies dont un webjournaliste ne peut absolument pas se passer ?

L'Internet, l'e-mail, le téléphone, le fax et toute une série de logiciels. Le webjournaliste doit aussi être un touche à tout de l'informatique et comprendre l'environnement informatique dans lequel il travaille. Il doit également connaître Internet au-delà de la simple consultation des pages (régler des problèmes de connexions, cookies, problèmes de cache, connaître le HTML, ...).

Il paraît que les boîtes mail des journalistes ne désemplissent pas, surtout s'ils utilisent des listes de diffusion. Ne vous arrive-t-il pas d'être noyé dans la profusion informative, ce que les psychologues anglo-saxons nomment «informational overload» ?

Nous sommes noyés par les e-mail. Les principaux communiqués de presse nous parviennent de plus en plus via ce canal. Nous recevons tout et n'importe quoi. A nous de faire le tri.

L'aspect le plus problématique d'Internet est la fiabilité très inégale des informations qui y sont dispensées. Comment gérez-vous le fait que sur la Toile «une rumeur et une info se valent» ?

L'expérience et la politique rédactionnelle veulent que si une information ne peut être vérifiée (coup de fil à l'entreprise, ...), elle ne soit pas publiée. L'Echonet est le site du journal L'Echo et a donc la même politique de fiabilité et d'objectivité à maintenir et à améliorer.

L'instantanéité propre à Internet ne nuit-elle pas à la prise de recul nécessaire et à la vérification des sources ?

Il faut effectivement être très prudent. Au sein de la rédaction, on préfère prendre un peu de retard et publier une info fiable que de publier des informations douteuses. En outre, certaines sources d'informations sont d'office plus fiables que d'autres. Il s'agit d'une politique à définir comme pour la version papier.

Dans un même ordre d'idées, la profession de journaliste est-elle menacée par les dérives engendrées par Internet et faut-il imposer une éthique au journalisme sur le Net ?

C'est clair qu'il y a de tout sur Internet. Mais au minimum, les sites internet des journaux de référence, comme l'Echo, doivent au moins avoir les mêmes critères de qualité que le papier, la rapidité en plus. Nous essayons de créer une cellule de Webjournaliste au sein de l'AGJP afin de justement créer un code de déontologie pour la profession auquel pourrait adhérer d'autres sites sans référence «papier» et de la sorte bénéficier d'un label de qualité tant au niveau de l'information que de la manière dont elle est traitée.

D'après vous, comment votre métier va-t-il être amené à évoluer dans un futur plus ou moins proche ?

La survie du métier est clairement menacée. Les sites ne rapportent rien.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait exercer le même métier que vous ?

D'être patient, la conjoncture est mauvaise dans la presse et pour les sociétés Internet en général. Par ailleurs, il ne faut pas espérer faire fortune...

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.