David, Commissaire de police

Interview réalisée en janvier 2005

David, 29 ans, licencié en criminologie, vient d'être promu au grade de commissaire.

Comment s'est opéré en vous le choix d'entrer dans la Police ?

Je suis quelqu'un de fondamentalement attaché aux valeurs démocratiques. Le travail de policier, et plus particulièrement les activités liées à la police judiciaire, m'est vite apparu comme le métier idéal pour satisfaire cette envie de rendre meilleure notre société. Qui plus est, le phénomène de la délinquance, ses causes, ses effets et ses conséquences, m'ont aussi toujours intrigué.

J'aimais aussi les différentes possibilités de carrière au sein de la police (il existe plusieurs « métiers » de policier) ainsi que l'alternance entre le travail de terrain et le travail administratif.

Pourtant vous n'avez pas choisi de suivre directement la formation de policier.

En effet. J'ai d'abord obtenu un graduat en service social, puis j'ai fait la passerelle vers la licence en criminologie que j'ai complétée par une agrégation en sciences sociales. La raison pour laquelle je n'ai pas de suite entamée la formation classique d'inspecteur de police après mes secondaires est que je souhaitais obtenir un diplôme de niveau supérieur. Une fois ces études achevées, j'ai effectué plusieurs boulots à durée déterminée. J'ai ainsi été éducateur dans un hôpital psychiatrique et ai travaillé comme « Consultant en justice réparatrice » à la prison de Lantin.

J'avais toujours à l'époque le désir d'intégrer la police judiciaire (PJ) mais malheureusement, comme il n'y avait pas de place vacante, aucun examen n'était organisé à l'époque. Peu de temps après, ce fût la réforme des polices et la PJ a disparu. Lorsque le premier recrutement pour officiers de la « nouvelle » police a été organisé, je m'y suis inscrit. J'ai réussi tous les tests mais n'ai malheureusement pas été classé en ordre utile. J'ai alors travaillé dans une maison de justice à Bruxelles durant deux ans. Là, je m'occupais de médiation pénale et de suivis de libérés conditionnels.

Finalement, lorsqu'un autre examen a eu lieu, je m'y suis de nouveau inscrit et là, j'ai été classé en ordre utile. J'ai donc pu intégrer la formation. Il est d'ailleurs important de signaler qu'il s'agit d'un examen-concours. C'est-à-dire que si nous réussissons mais que nous ne sommes pas classés en ordre utile, nous ne sommes pas pour autant intégré dans une réserve de recrutement. Il faut donc recommencer les tests depuis le début. En cas d'échec à ces tests, on peut les recommencer maximum trois fois.

Pouvez-vous nous décrire les tests que vous avez dû passer ?

Il faut d'abord préciser qu'ils étaient ouverts à tous ceux qui possèdent un diplôme universitaire. Les tests sont assez semblables à ceux qui veulent entrer comme inspecteur, bien qu'avec un niveau d'exigence différent. Ils débutent par un examen psychotechnique puis par un test de français (grammaire, orthographe, synthèse de texte, commentaires, ...).

Ensuite, en une journée à Bruxelles, j'ai dû passer toute une série d'autres tests destinés à évaluer ma personnalité (questions biographiques, épreuve de groupe, entretien avec un psychologue, gestion d'une situation de management, ...). Un test médical et sportif suivi par un dernier entretien devant une commission de sélection permet de déceler si l'on est apte ou pas à suivre la formation.

A votre deuxième tentative vous donc pu intégrer la formation.

Exactement. Celle-ci dure 18 mois. A ce moment-là, on est déjà payé et on porte le grade d'ACP (Aspirant Commissaire de Police). Durant les six premiers mois, on suit une formation de cadre de base en accéléré. On y voit les bases du métier d'Inspecteur. C'est une formation théorique et pratique (cours de droit, maîtrise de la violence, sport, réglementations diverses, ...). Régulièrement, on a des examens.

Après ces six premiers mois, on a d'autres examens et un travail personnel à présenter devant un jury. Ce travail consiste principalement en une auto-évaluation. Ensuite, on intègre l'Ecole des Officiers et cela pour un an. On y suit globalement le même genre de cours au niveau d'un « cadre » de la police. Les 3 principaux modules de cours sont : la police judiciaire, la police administrative et le management. On doit également y effectuer des stages dans différentes unités de la Police Fédérale et dans une zone de police locale. Mis bout à bout, ces stages durent deux mois. Des examens et un nouveau travail personnel d'analyse sur un thème policier viennent en conclusion de ces cours.

A la fin de la formation, un classement est établi en fonction des points obtenus aux examens. Attention, les Néerlandophones qui ont suivi la formation, sont intégrés dans ce classement. Ce sont ceux qui ont eu les meilleurs points qui choisissent d'abord leur affectation. Je crois qu'il est utile de préciser que toute cette formation demande un gros investissement personnel. Il y a d'abord les trajets, les cours ne se donnant qu'à Bruxelles. Il y a aussi tous les travaux à rendre, les stages, les camps qui imposent de quitter sa famille pendant plusieurs jours (le soutien à la maison est donc important durant cette période !)...

Quelle est l'importance du bilinguisme lorsque l'on veut travailler au sein de la police fédérale ?

On suit quelques heures de cours durant la formation et on a également un test mais la note n'intervient pas dans la cotation finale. En effet, contrairement à ce qu'on demandait aux officiers de gendarmerie, depuis la réforme, les officiers n'ont plus l'obligation légale d'être bilingue. Cependant, il vaut mieux avoir de solides bases en néerlandais car il y a de fortes chances qu'à un moment donné ou à un autre, on soit confronté à la pratique de l'autre langue du pays, surtout si l'on est affecté à la police fédérale.

Qu'avez-vous fait depuis la fin de la formation ?

J'ai travaillé durant sept mois comme attaché au recrutement et à la sélection et, comme une place s'est libérée, je m'apprête maintenant à travailler dans un service judiciaire d'arrondissement (SJA).

En quoi consistera votre métier ?

Je vais devoir traduire la politique du gouvernement en matière de sécurité avec les collègues qui travaillent sur le terrain. En gros, je devrai rendre concret le plan national de sécurité en définissant des objectifs opérationnels, je m'occuperai du suivi des plans d'action, je traiterai des dossiers disciplinaires, ...  Je m'attends en tout cas à un travail très diversifié !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.