Delphine Quoilin,
Guide et agente d'accueil

Interview réalisée en janvier 2010

Delphine Quoilin travaille comme employée pour l'Archéoforum de Liège, installé sous la place Saint-Lambert. Parmi toutes ses tâches, elle guide les visiteurs du musée.

Pouvez-vous nous présenter l'Archéoforum ?

Il a ouvert ses portes en 2003. Cette infrastructure monumentale passe en revue chaque étape de l'histoire de Liège, de la préhistoire aux périodes les plus récentes, le tout illustré par des vestiges archéologiques, tant mobiliers qu'immobiliers. L'Archéoforum dépend de l’Institut du Patrimoine wallon donc directement de la Wallonie. A Liège, la plupart des musées dépendent de la Ville ou de la Province.

Quel est votre parcours personnel ?

J’ai obtenu un graduat en restauration d’oeuvres d’art à l’Institut Supérieur des Beaux Arts de Saint-Luc. Après avoir fait des stages non rémunérés durant un an, j’ai eu l’occasion, lors de l’exposition Picasso en 2000, de rentrer dans le circuit muséal pour ne plus en sortir. C’est à cette occasion que je me suis rendue compte que travailler seule comme indépendante dans mon atelier en tant que restauratrice d’art ne me tentait guère. Le contact avec les gens et toute la dynamique qui s’installe à l’occasion d’une exposition m’attiraient nettement plus.
Pendant deux ans, j’ai d’abord été engagée par une ASBL comme guide de quatre musées de la région liégeoise (mérovingien, préhistorique, de la boulangerie et du château de Logne), à 3/4 temps et pour un poste fixe. Cette situation est plutôt atypique car, généralement, on travaille avec un statut plus que précaire. En effet, bien souvent, en temps que travailleur, on vous propose un mi-temps ou un travail saisonnier en temps que salarié voire, le plus
souvent, avec un statut d’indépendant, payé à la prestation. Pour en revenir à mon parcours, il y a sept ans, je suis entrée dans l’équipe de l’Archéoforum comme agent d’accueil-guide, un poste fixe à temps plein dans le cadre d’un CDI (contrat à durée indéterminée). De nouveau, avec un statut plutôt privilégié dans la profession que très peu de musées peuvent s’offrir.

Quelles sont les compétences que l’on attend de vous ?

Quand j’ai été engagée, outre la formation et l’expérience, c’est la connaissance du néerlandais qui était exigée avec de préférence, des connaissances de base dans une autre langue étrangère. A titre d’info, nous formons une équipe de cinq animateurs et mes collègues sont tous universitaires : historien ou historien d’art.

Comment s’organise votre temps de travail ?

Le site est ouvert tous les jours de 9h à 17h, week-ends et jours fériés compris, mais de 10h à 17h. Question pratique, le système est assez souple : nous travaillons 38h/semaine mais avec des horaires variables. Nous nous relayons un maximum pour avoir au moins un weekend libre par mois. Question gestion du temps, nous connaissons nos horaires, mois après mois, pour quatre semaines et ceux-ci sont établis en fonction des visites prévues et des
langues demandées, effectivement maîtrisées par l’un ou l’autre collaborateur. Il faut savoir qu’avec le temps, l’équipe a évolué et actuellement nos guides ne sont pas tous bilingues français-néerlandais mais davantage anglais, question de répondre à la demande.
L’essentiel de nos prestations concernent le guidage et, un jour de semaine, tour à tour, nous travaillons uniquement à l’accueil et donc à la boutique du musée où sont proposés des livres, des revues, des bibelots… Comme nous dépendons de l’Institut du Patrimoine wallon qui édite l’ensemble des ouvrages émanant de la Région wallonne, nous avons la chance de les recevoir directement via leurs services. Un système assez restrictif pour le grand public qui fait que certains ne se déplacent à l'Archéoforum que pour se les procurer.

Que représente l’activité de votre musée ?

Notre musée accueille plus ou moins 15 000 visiteurs par an, y compris les groupes scolaires. Ce n’est pas énorme en soi mais pas mal du tout quand on sait que nous sommes un musée très ciblé et plutôt atypique puisqu’on ne peut le visiter que dans le cadre de visites guidées et donc pas du tout un musée grand public.
Par la force des choses, notre public est plus exigeant car pour venir ici il faut faire la démarche et avoir le temps (1h30 de visite guidée). Contrairement à d’autres musées, volontiers accessibles à des visiteurs de passage, l’Archéoforum se distinguait quelque peu. Cependant, depuis quelques mois, avec l’ouverture du Grand Curtius (réunion des plus grands musées liégeois), nous avons ouvert l’Archéoforum à des visiteurs libres tout en continuant nos visites guidées. Lors d’exposition temporaire, les visiteurs peuvent également avoir accès au site archéologique librement, mais cela reste quand même une minorité de visiteurs qui choisissent cette forme de visite.

Comment définiriez-vous votre travail ?

Nous travaillons par équipe de trois, un à l’accueil pour la vente des billets et la gestion de la boutique et deux guides qui se relaient tout au long de la journée. Chaque visite de l’Archéoforum dure +/- 1 heure 15 et s’adresse aux touristes, en groupes ou pas. A côté de cela, nous organisons six types de visites pour tous publics. Par ailleurs, de temps en temps, des soirées sont organisées sur le site pour des institutions ou des groupes privés. De plus, régulièrement, des expositions "clé en main", achetées à l’extérieur ou, au contraire, imaginées et montées par notre équipe, sont accessibles dans nos locaux pour des durées diverses. Enfin, deux à trois jours par mois, tour à tour, nous quittons le site de l’Archéoforum pour rejoindre les bureaux administratifs situés non loin d’ici. Là, nous participons au programme de l’Archéoforum, nous nous occupons des commandes des livres, participons aux tâches administratives, mettons sur pied les diverses animations scolaires, organisons les activités promotionnelles, prenons contact avec les écoles... Depuis 3 ans, nous organisons également des stages pour enfants durant les vacances scolaires. Quant à la promotion du site, notamment dans le milieu scolaire, et l’entretien du site Internet, elle est prise en charge depuis quatre ans par une responsable commerciale. En résumé, le travail est varié mais essentiellement lié au guidage.

Quel regard portez-vous sur le métier ?

Il faut bien se rendre compte qu’à part dans les grands musées comme le Palais des Beaux-Arts à Bruxelles qui ont, en outre, leur propre équipe pédagogique, les guides bénéficiant d’un contrat de travail stable, à temps plein et à durée indéterminée sont rares. La plupart des guides sont indépendants ou contractuels. Le meilleur exemple, à l’heure actuelle, est l’ouverture du Grand Curtius, avec l’engagement d’un seul animateur-pédagogique pour l’ensemble des musées réunis en son sein, l’essentiel des visites étant prises en charge par des extérieurs. Il en va de même avec le Musée de la Vie Wallonne récemment rénové où il n’y a qu’une personne désignée pour s’occuper des guides, contractuels ou indépendants, appelés selon les besoins. Pourtant le métier fait toujours rêver, n’importe quelle annonce de recrutement dans la région fait réagir des centaines de candidats. C’est une activité en réalité mal connue, généralement effectuée par des enseignants ou des retraités en guise d’appoint. Il est rare de pouvoir en vivre décemment !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.