Dimitri Weber, Expert en parfum

Interview réalisée en novembre 2010

Comment devient-on parfumeur et pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Au départ, il faut savoir que je ne suis pas parfumeur mais plutôt un connaisseur en parfum. Déjà petit, j’aimais beaucoup les odeurs et les parfums. Après mes études en arts plastiques c’est le hasard qui m’a amené à travailler dans une société qui distribue les parfums Yves St-Laurent. Pendant 7 ans j’ai travaillé au niveau du marketing. J’ai eu la chance d’accroître mes connaissances dans l’art du parfum. Ensuite, je me suis perfectionné chez Jean-Paul Gauthier et j’ai eu l’opportunité de côtoyer un grand créateur de parfum : Mr Isimiaki. J’ai ainsi pu davantage développer ma passion pour les parfums. Chez Jean-Paul Gauthier je faisais découvrir les secrets, les compositions olfactives et les nouveautés auprès des équipes commerciales du Benelux. J’organisais des lancements de produits qui consistaient à de grandes soirées découvertes des nouvelles créations. 

Quelles sont les principales qualités pour devenir un bon parfumeur ?

Il faut avoir un bon nez, reconnaître les fragrances, les mémoriser (un bon parfumeur peut garder en mémoire plus 3500 odeurs différentes). Un expert en parfum va associer l’odeur à une image.  Il faut être large d’esprit car ce n’est pas seulement un métier du luxe, il faut la passion du parfum dans les tripes. Être un peu visionnaire, voir venir les tendances et avoir un certain goût, avoir des affinités avec la mode, les matières et la beauté en général. 

Le parfumeur va créer les formules du parfum et travailler dans un laboratoire. Lorsque que je crée un parfum, j’ai l’odeur en tête avant de commencer. Je fais ma sélection des matières premières que je vais utiliser. Ensuite, je l’envoie à une collègue sur Paris qui va me faire la formule. 

Comment se fabrique un parfum ?

C’est un grand parcours, tout débute avec une idée de base, ensuite elle doit se traduire en image. Tout ça fait partie du parfum, on crée une histoire, c’est comme un conte. Cette histoire se transcrit dans la création d’une fragrance et de la formule. Tout doit être harmonieux, la boite, le flacon et son contenu. On fait le choix des essences naturelles ou de synthèses ainsi que des additifs. Selon le nombre d’essences dont nous avons besoin, nous allons créer le parfum. Après le choix, la recette est envoyée au laboratoire. La suite est très technique et relève des laboratoires : de grandes quantités sont fabriquées et le tout est transvider dans des cuves. Il faut savoir qu’il est possible de tout reproduire de manière synthétique grâce à la chimie, ce qui permet d’enrichir la palette du parfumeur. 

De quelle création êtes-vous le plus fier ?

Je suis très fier du parfum que j’ai créé pour la voiture «smart». C’est un produit qui agit contre la mélancolie et en même temps donne du pep et de la concentration. J’ai ainsi créé un concept original, j’ai beaucoup de bon retour sur ce produit et on me demande souvent si ce parfum est disponible dans le commerce. 

Est-il possible de gagner sa vie en exerçant ce métier ?

Certainement, comme n’importe quel chimiste peut gagner sa vie. En ce qui me concerne je suis beaucoup plus du coté de la création et de l’histoire du parfum. À partir du moment où le travail est de qualité, les contrats arrivent. 

Que faites-vous pour rester à la page dans ce domaine ?

Je participe aux salons internationaux pour voir ce qui se passe au niveau des tendances. Je  me balade dans les rues, visite les parfumeries, ce qui me permet de découvrir de nouvelles fragrances. Tout change rapidement dans ce milieu, ce qui est à la mode aujourd’hui ne le sera plus demain... Il faut surtout être sur le terrain, tout voir, tout sentir, avoir les sens hyper développés. Chaque odeur doit nous interpeller. 

Existe-t-il une formation de parfumeur en Belgique ?

En Belgique non, mais en France, plus précisément à Versailles, il existe l’Institut Supérieur International du Parfum, de la Cosmétique et de l'Aromatique alimentaire (ISIPCA). C’est une école de renommée internationale. On y apprend différents métiers dont celui de préparateur en parfum. Il s’agit d’un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation d’une année sur la base d'un volume horaire d'enseignement de 780 heures de formation. 

Quelle est votre principale clientèle ?

J’ai beaucoup de décorateurs qui me demandent des bougies parfumées ou des parfums d’intérieur. Généralement, ces gens me commandent de grandes quantités, ce qui me permet de réduire mes coûts. J’ai travaillé avec Mercedes qui m’a demandé de créer un parfum spécifique pour la voiture « smart ». 

Qu’est-ce qui justifie le prix des parfums ?

C’est souvent les matières premières, lorsqu’elles sont naturelles et nobles, telles que le cèdre, le santal et l’oliban (qui se caractérise par des tonalités épicées, citronnées). Ce qui coute cher, c’est tout ce qui entoure le parfum c’est-à-dire le marketing, la boîte, le flacon, sans compter les lancements de produits. 

Quels sont les avantages et les inconvénients à la pratique de ce métier ?

On fait ce que l’on a envie de faire, on est dans la création, dans la beauté des choses, c’est une passion. Je dirais que l’on nait parfumeur, on ne le devient pas !! La partie création est la plus belle mais c’est aussi la plus courte.

Comme inconvénient je dirais que c’est le côté technique du produit. C’est très administratif, il faut demander des devis, commander, négocier pour les récipients, l’emballage, etc. La réalisation du produit est particulièrement longue et l’on doit faire face à des dates butoirs.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.