Dirk Jacobs, Chercheur en sociologie

Interview réalisée en janvier 2009

Dirk Jacobs est professeur en sociologie à l'ULB. Il est affilié au Groupe d'études sur l'Ethnicité, le Racisme, les Migrations et l'Exclusion (GERME), du centre de recherche METICES de l'Institut de Sociologie.

Monsieur Jacobs, quels cours donnez-vous ?

A l’ULB, je donne trois cours en français et un cours en anglais. Il s’agit de cours de méthodologie et de sociologie : Sociologie générale (cours obligatoire, 1ère année du bachelier en Ingénieur de gestion) ; Initiation aux méthodes quantitatives (cours obligatoire, 2e année du bachelier en Sciences sociales) ; Analyse quantitative en sciences sociales (cours obligatoire, master en Sociologie); "In-depth analysis of migration regimes" (cours à option, master en Sociologie).

Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est le GERME ?

Fondé en 1995, à l'initiative d'un groupe de chercheurs de l'ULB versés dans le domaine de la lutte contre le racisme et l'étude des phénomènes migratoires, le GERME, qui fait partie du centre de recherche METICES de l’Institut de Sociologie, initie des travaux de recherche autant fondamentale que finalisée dans les domaines suivants :
  • les dimensions européennes des politiques d'immigration et d'intégration
  • les politiques publiques, sociales et préventives, destinées aux populations d'origine étrangère ou en situation de marginalisation
  • les dimensions d'intégration civile, sociale (scolarité, emploi) et politique, le droit des étrangers, de même que ce qui a trait de manière générale à la citoyenneté.
Le GERME entend également proposer des activités et conférences avec pour objectifs :
  • de créer un espace de dialogue et d'échange entre le monde académique, le monde associatif et des institutions publiques
  • de contribuer à la connaissance scientifique
  • de contribuer au débat public et politique sur le thème général des politiques migratoires et de leurs effets
  • de promouvoir et réaliser des recherches dans ces domaines d'étude.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après mes études de sociologie à Gand, j’ai obtenu un poste d’assistant à l’Université d’Utrecht aux Pays-Bas. Après ma thèse de doctorat, je suis retourné en Belgique où j’ai travaillé dans plusieurs universités néerlandophones (KUBrussel, KULeuven, VUB) avant d’être nommé chargé de cours temps plein à l’ULB. J’y suis professeur maintenant.

Pourquoi vous êtes-vous orienté vers la sociologie ?

A la fin de mes études secondaires, j’hésitais entre la médecine, la géographie et l’histoire, mais finalement j’ai opté pour la sociologie grâce à la lecture des travaux de Pierre Bourdieu au cours de l’été précédent le moment de faire mon choix définitif. Soudainement, je comprenais mieux pourquoi l’inégalité sociale est tellement difficile à combattre et j’ai voulu étudier ce phénomène en profondeur.

Pouvez-vous nous citer vos thèmes de recherche et les décrire brièvement ?

Je travaille principalement sur la question de l’intégration des groupes issus de l’immigration. Je suis spécialiste en ce qui concerne leur participation politique, mais j’étudie également les politiques d’intégration (par exemple les tests de citoyenneté), le phénomène de la discrimination à l’embauche ou encore le succès de l’extrême-droite. De plus en plus, je travaille sur le phénomène des réseaux sociaux.

Pouvez-vous citer quelques thèmes récents de publications ?

A mon avis, une de mes publications les plus importantes de ces dernières années est le rapport "L'ascenseur social reste en panne" qui traite du sujet de l’inégalité sociale dans notre système scolaire et que j’ai écrit pour la Fondation Roi Baudouin.

Sur quelle publication travaillez-vous actuellement ?

Je suis en train de rédiger un document sur la nécessité d’avoir des enquêtes quantitatives qui suivent le parcours des immigrés en Europe. La Belgique organise une conférence sur ce sujet dans le cadre de la présidence européenne et on m’a invité à écrire un article qui fait le point sur la situation.

Quel est votre méthode de travail pour ce thème bien précis ?

Il s’agit de la préparation d’une enquête quantitative mais ceci ne veut pas dire que je suis un "numérologue". A mon avis, un sociologue doit utiliser des méthodes mixtes : quantitatives (questionnaires standardisées, bases de données administratives) et qualitatives (observation participante, entretiens semi-directifs…) selon les besoins et en complémentarité.

Etes-vous confronté à certaines difficultés dans votre métier de chercheur sur ce thème bien précis ?

La difficulté principale est de trouver de l’argent pour organiser des enquêtes de qualité. S’assurer que des résultats d’enquêtes scientifiques soient valides nécessite souvent des investissements financiers importants. Il est difficile de convaincre les bailleurs de fonds de l’importance de la rigueur méthodologique. Ils veulent surtout des résultats à un bon prix. Malheureusement, pour certaines entreprises de sondage, la méthodologie n’est pas une priorité. Dans un tel contexte, les universités ne peuvent pas être concurrentielles.

Pouvez-vous nous citer quelques titres de mémoires dont vous êtes le promoteur ?

J’ai des mémoires sur Facebook, sur les associations d’immigrés, sur la participation politique des Roms, sur l’image de l’Islam dans les médias et sur la ségrégation scolaire, pour ne vous
citer que quelques thèmes.

Pour vous en quoi les sociologues sont importants dans notre société ?

La sociologie est la discipline qui tente de déconstruire les évidences en essayant de comprendre et d’expliquer leurs origines et leur sens. Si nous voulons améliorer notre monde, on doit d’abord le comprendre. Selon moi, la tâche principale de la sociologie, c’est de documenter l’inégalité sociale et la façon dont elle est transmise de génération en génération. Parce que notre société est encore loin d’être une méritocratie. Le rôle des sociologues c’est de signaler et de dénoncer la stratification sociale et d’aider à comprendre comment nous pouvons assurer la solidarité et la cohésion sociale.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune diplômé de sociologie ?

Si le jeune diplômé a eu une formation équilibrée en termes de méthodologies quantitatives et qualitatives, il peut se lancer avec confiance sur le marché de l’emploi. Mon conseil principal est de continuer à lire, observer et analyser. Il y a du travail à faire : on ne comprend guère tous les changements de notre société à cause de l’arrivée de l’Internet, par exemple.  D’ailleurs, on peut s’attendre à un impact assez important dans les années à venir dû aux innovations dans le domaine de la génétique ou de la nanotechnologie. La population de Bruxelles va augmenter et se rajeunir de façon spectaculaire pendant les dix prochaines années. Il y a de nombreux phénomènes qui vont provoquer des changements dans notre société. Le sociologue, avec son bagage théorique et méthodologique, doit avoir l’ambition de vouloir comprendre et expliquer les effets de ces phénomènes. L’administration publique, la société civile et le monde entrepreneurial en auront besoin.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.