Docteur D., Rhumatologue

Interview réalisée en décembre 2014

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir vos études ?

J’ai fait ce choix tout petit. À l’âge de dix ans, j’ai été opéré d’une banale appendicite et j’ai été fasciné par le médecin de l’époque. Par la suite, durant mes études secondaires, j’ai hésité avec d’autres études dans un tout autre domaine, en l’occurrence ingénieur civil.  En secondaire, j’avais opté pour une formation poussée en math mais j’ai finalement fait le choix de la médecine. À l’origine de ce choix, il y a une volonté altruiste d’aider, de soulager, de guérir, de soigner, en ayant une place reconnue dans la société.

Quel a été votre parcours durant les études ?

J’ai commencé par trois ans à Namur et ensuite l’UCL. J’ai continué par la médecine interne durant 3 ans et ensuite 2 ans en rhumatologie.

Pourquoi avoir choisi la médecine interne ?

Je ne voulais pas me concentrer sur un seul domaine.  Si je prends l’exemple de l’ophtalmologie, cela me semblait réducteur de m’arrêter à l’œil.  Je voulais un domaine plus large avec un champ d’action plus large. J’étais très intéressé par le « locomoteur ». J’ai hésité avec la radiologie pour l’aspect ostéo-articulaire, avec la médecine physique aussi. Ce qui regroupait un peu le tout, c’était la rhumatologie.  Ce qui a guidé mon choix, ce fut aussi la compatibilité avec la vie de famille, les horaires et pas de gardes de nuit. Le fait de garder une certaine indépendance par rapport à l’hôpital me permet de choisir la quantité de travail que je souhaite faire. Je peux me limiter, même si ce n’est pas toujours simple. 

Quels sont vos horaires ?

Mes horaires sont les mêmes chaque semaine, ce qui est une forme de confort. Je consulte 5 demi-journées en privé par semaine et 4 demi-journées à l’hôpital. C’est clairement un choix personnel. A cela, il faut rajouter le travail administratif (qui est un point négatif de la médecine interne au sens large). Ce qui fait en réalité 11 demi-jours.  Je commence vers 8h-8h30 (ce qui me permet de  conduire les enfants à l’école) et je termine vers 19h.  Une fois par semaine, je termine à 17h.
La profession se féminise et certaines font le choix de ne pas recevoir après 16h30 et limitent le nombre de leurs patients. Pour ma part, je ne consulte pas le samedi matin.
Lorsque j’étais encore assistant, je me suis rendu compte très vite de la différence d’horaires entre spécialités. Par exemple, en cardiologie ou en gastro-entérologie, où des urgences existent, cela nécessite que le médecin spécialiste se déplace à toute heure.
Je ne souhaitais pas me lever 2 ou 3 fois la nuit, c’est un mode de vie que je n’avais pas spécialement envie d’avoir.

Quels sont les actes techniques que vous pratiquez ?

Il y a différentes possibilités, personnellement je fais la sensitométrie osseuse (mesure de la qualité de l’os). La rhumatologie est une spécialité assez floue. On a très peu d’éléments objectifs et il faut beaucoup de « feeling » car on doit prendre des éléments à gauche et à droite pour en sortir un diagnostic. Ce qui fait qu’on n’a pas toujours 100% de certitude. Et la densitométrie est un élément objectif. 

L’échographie articulaire s’est développée ces dix dernières années. On la pratique durant la consultation, on peut directement apporter les gestes thérapeutiques, comme l’infiltration qui est beaucoup moins douloureuse pour le patient. 

Les jeunes rhumatologues sont tous formés à l’échographie, ce qui n’est pas le cas des plus anciens. C’est donc clairement une évolution.

On peut également pratiquer l’électromyographie mais personnellement, je ne le fais pas. C’est donc la médecine physique ou la neurologie qui s’en charge.
Je ne pense pas qu’on sait tout faire et tout bien faire. 

Quels sont les spécialistes avec lesquels vous collaborez ?

Les radiologues en particulier, les orthopédistes, et les physiothérapeutes ainsi que les internistes ou d’autres spécialistes pour les maladies qui touchent au poumon, au rein,  au cœur, au tube digestif, par exemple.

Je travaille dans un groupe de trois rhumatologues où on discute régulièrement des cas plus compliqués. Les discussions avec les confrères d’autres disciplines se font au cas par cas. On n’a pas de réunion interdisciplinaire au sens large. Nous avons également une très bonne collaboration avec les collègues universitaires pour les cas plus compliqués.

La rhumatologie est un domaine extrêmement vaste voire parfois trop vaste. Ça peut être un point négatif.  Pour pallier à cela, je fais appel à mes collègues universitaires. On doit à la fois avoir des rhumatologues généralistes et d’autres plus spécialisés.

Quelles sont les qualités essentielles pour exercer le métier de rhumatologue ?

L’écoute avant tout, la patience et la gestion du stress.

La rhumatologie exige énormément de formations continues, idéalement une demi-journée par semaine, ce qu’on n’a pas !  Et donc j’y consacre 10 jours de congrès par an avec en plus de la lecture, des réunions mensuelles et hebdomadaires. L’évolution va vers des groupes de rhumatologues où chacun à une sous-spécialité. 

Quels sont les aspects plus négatifs de votre profession ?

La formation continue que l’on doit parfois suivre le week-end. Elle est bien nécessaire si on ne veut pas être trop frustré du fait de ce domaine très vaste.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune souhaitant devenir rhumatologue?

De choisir en connaissant les avantages et les inconvénients. Il faut qu’il sache que la spécialité est vaste, qu’il ne fera quasiment que de la consultation (ce qui est plus fatigant). Enfin, je lui conseillerais de penser à garder du temps pour soi, à ne pas se laisser déborder par sa vie professionnelle et à poser des limites…

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.