Docteur Philippe Devos,
Médecin homéopathe

Interview réalisée en décembre 2013

Le Docteur Philippe Devos est médecin homéopathe et président de l’Unio Homœopathica Belgica.


Qu’est-ce qu’un homéopathe ?

Un homéopathe, c’est avant tout un médecin qui a effectué toute la formation de médecine conventionnelle. Ce diplôme lui permet de faire le travail de médecin généraliste ou spécialiste. 
Après, il y a le choix de l’homéopathie. On le fait soit avant les études, ce qui est très rare. Soit pendant, ce qui arrive parfois. Soit après, parce qu’on se rend compte de certaines lacunes de la médecine classique. Il s’agit alors de se lancer dans l’étude de l’homéopathie.

Un homéopathe, c’est une personne qui exerce l’homéopathie. La question suivante est donc « Qu’est-ce que l’homéopathie ? ».  L’homéopathie a un autre regard vis-à-vis du patient. Le but final du médecin homéopathe n’est pas de supprimer les symptômes comme en médecine classique. Pour le médecin homéopathe, ce n’est pas le symptôme qu’il faut guérir. Il faut guérir la personne. Les symptômes ne sont que des expressions de ce qui ne va pas à l’intérieur. Cela n’empêche pas d’être toujours et avant tout médecin, c’est-à-dire capable de faire une anamnèse et un examen clinique corrects, de faire les demandes d’examens complémentaires nécessaires, de demander l’avis d’un confrère spécialiste, d’avoir un diagnostic médical. Il ne faut pas passer à côté de quelque chose d’important. 

L’homéopathie, ce n’est pas la médecine par les plantes qui est de la phytothérapie. 

L’homéopathie se base sur quelques principes dont trois sont très importants. 
-Le premier principe, c’est la loi de la similitude. C’est pour cette raison que cela s’appelle homéopathie. « Homeos », en grec, signifie « semblable ». Cette loi de la similitude, qui est un principe universel, signifie qu’on traite les personnes qui présentent des symptômes avec des produits qui, chez un homme sain, produiraient ces mêmes symptômes. 

-Deuxième principe : l’individualisation. On s’occupe de ce malade qui présente, par exemple, une angine et on ne traite pas une angine en soi. C’est une approche tout à fait différente. En médecine conventionnelle, si on a une angine, on regarde si c’est une angine blanche ou rouge, virale ou bactérienne, on fait un frotti et d’après l’antibiogramme on donne un antibiotique. En homéopathie, on s’occupe bien entendu de cette gorge, mais on modalise c’est-à-dire qu’on essaye de voir depuis quand la gorge pose problème, suite à quoi, de quel genre de douleur il s’agit, si elle est localisée plutôt à gauche ou à droite, si elle est améliorée par des boissons chaudes ou froides. Ce sont toutes sortes de questions pour individualiser cette expression qu’est l’angine. Mais on ne se borne pas qu’à la gorge. On regarde s’il n’y a pas quelque chose dans un autre contexte. Par exemple, est-ce suite à une colère ? Ou suite à une mauvaise nouvelle ? Cet aspect-là est aussi pris en compte dans la recherche du remède. 

-Le troisième principe, c’est le médicament homéopathique lui-même. Les médicaments homéopathiques sont issus de souches des trois règnes : minéral, végétal et animal. Ces médicaments sont dilués mais surtout dynamisés. C’est très important. Dans le processus de la préparation du médicament, à chaque dilution consécutive, une machine vibre durant un temps codifié et cela ajoute quelque chose d’essentiel à la puissance du médicament.

Donc l’homéopathe, c’est le médecin qui, connaissant la matière médicale, essaye de voir chez un malade l’image que celui-ci lui donne. La matière médicale, c’est la description de tous les médicaments qui est issue d’un proving. Le proving est une expérimentation effectuée sur des sujets sains afin de collecter leurs symptômes pour obtenir une « image » du médicament, ce qui est le plus important dans ce médicament. C’est cette correspondance entre l’image présentée par la personne malade et l’image qu’on en connaît dans les médicaments qui nous fait le principe de similitude. 

L’un des buts de l’homéopathie, ce n’est pas uniquement supprimer les symptômes. C’est donner ou rendre la santé. C’est tout à fait différent. A l’université, on apprend à supprimer ou arrêter une maladie. Cela ne fait pas de la personne une personne saine. Les homéopathes, ou la plupart je suppose, transmettent aussi une qualité de vie. Le sport, l’alimentation, etc. C’est la base. On essaie de responsabiliser les gens. Avoir cette approche et cette vision globale de la personne change beaucoup la façon de travailler.

Et puis, il y a toute la doctrine homéopathique. Connaître, c’est une chose, mais il faut appliquer. 

Quelle pourrait être la journée type d’un homéopathe ?

Je suppose que cela diffère d’un homéopathe à l’autre. C’est plus ou moins la journée d’un médecin généraliste normal. Je précise « plus ou moins » parce que la plupart du temps nous ne recevons que sur rendez-vous. Nous consacrons un temps assez long à chaque patient. Je ne pourrais pas travailler si dix personnes patientaient dans la salle d’attente. Il faut donc prendre rendez-vous. J’ai des téléphones et je mets également mon agenda à disposition, via Internet. 

Une première visite dure une heure, une heure et demie. Il faut poser de nombreuses de questions. La deuxième visite dure une demi-heure, trois quarts d’heure.

Dans le quotidien, il y a donc les coups de téléphones, les rendez-vous et, si quelqu’un ne peut pas se déplacer, j’effectue une visite à domicile. C’est une fausse idée que celle de l’homéopathe qui ne se déplace pas. Certains ne le font pas. Moi j’estime que je suis d’abord et avant tout médecin. Pour aller au chevet du malade, je prends alors mes outils pour essayer de soulager la personne. 

Il y a également la formation continue. On ne peut pas se dire qu’on est homéopathe pour de bon. C’est impossible. Cela fait plus de trente trois ans que je pratique l’homéopathie et je continue à apprendre et à étudier. Ce n’est pas un art facile. Mais cela donne beaucoup de satisfaction quand on peut aider les gens. Il y a donc régulièrement des cours donnés pour les anciens dans différentes écoles. 

On assiste aussi régulièrement à des séminaires, des congrès ou des colloques où il y a des partages de cas cliniques. Tout cela est dans le but d’améliorer notre capacité à cerner le patient afin de mieux le traiter. Ces formations requièrent un certain temps. Elles se déroulent le week-end ou en soirée. Cela fait partie de notre engagement. Comment évoluer ou se restimuler sans cela ? A chaque séminaire, on est motivé pour encore mieux travailler. Faire le choix de l’homéopathie, c’est peut-être sortir d’une certaine routine de la médecine conventionnelle. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des tas de choses dans la médecine conventionnelle, mais savoir que pour tel problème c’est toujours tel médicament, c’est fastidieux. 

Comment se déroule une consultation ?

Il y a deux sortes de consultations. Il est très important de différencier la première visite de la deuxième consultation.

Pour une première consultation, je prends une heure, une heure et demie. Je demande quel est le problème, la raison de la venue. Les gens exposent leur(s) problème(s). A ce moment-là, je ne dis rien. J’observe. Je dois voir de nombreux symptômes. La personne qui entre, déjà, m’exprime beaucoup de choses : une dynamique, etc. Je cherche à appréhender tout ce que le patient exprime de sa personne. J’essaie de ne pas interrompre le patient. Parfois, je pose une petite question pour préciser. Par exemple concernant une date d’intervention. Mais je complète surtout ultérieurement pour ne pas interrompre le dialogue. Par après, je ferai aussi l’examen clinique et je verrai s’il faut demander une prise de sang ou autre pour avoir le diagnostic. 

Après le monologue du patient, je demande habituellement ce qui est le plus important pour lui. Car mon but, après le diagnostic médical à proprement parler, c’est de comprendre le patient. Quelle est cette personne devant moi ? Quelle est l’image du remède qu’il me donne? Mon attitude doit être en réception totale. Il faut apprendre à ne pas avoir de préjugés et à laisser s’exprimer le patient. Quand je lui demande ce qui est le plus important chez lui, cela peut être la plainte avec laquelle il vient ou quelque chose de totalement différent. C’est à l’endroit où il met le plus d’énergie que ce sera une belle ouverture pour aller plus loin. J’essaie de saisir tout ce qui est important pour lui. Comment vit-il sa problématique ? C’est différent pour chaque personne. Ce peut être un manque, une sensibilité, etc. Je recherche aussi les choses plus « classiques » en homéopathie : frileux ou non, supporte ou non le soleil, désirs et aversions alimentaires, peurs, etc. Cela le caractérise et fait partie du tableau de la personne et donc du remède. Cela n’a peut-être rien à voir avec ce pour quoi il vient, mais c’est à lui et cela donne des pistes pour aller chercher dans telle ou telle direction. Il faut être à l’écoute. Il s’agit d’une attitude d’accompagnement afin de comprendre qui est cette personne. Je peux ensuite poser des questions de confirmation pour préciser les caractéristiques psychologiques ou physiques de la personne. Ceci constitue la première étape. 

Ensuite, j’effectue un examen clinique et j’estime s’il faut des examens complémentaires. Puis, je recherche son remède. Ceci se fait avec des outils. Le Répertoire est une sorte de dictionnaire comprenant la matière médicale sous forme de rubriques. Dans chaque rubrique, il y a plusieurs remèdes. On regarde, à travers les différentes rubriques, les remèdes qui apparaissent le plus souvent. On fait alors un diagnostic différentiel de ces remèdes pour voir lequel est le plus adapté à la totalité de la personne. Il existe également des logiciels informatiques reprenant cette répertorisation. A la fin de la première consultation, je prescris donc un remède. Si le problème est urgent, je conseille à la personne de revenir la semaine d’après. Si c’est chronique, je propose de revenir six semaines plus tard.

La seconde consultation dure environ une demi-heure, trois quart d’heure maximum. Ce n’est pas facile car il faut considérer ce qui a été fait. S’est-il passé quelque chose ? Est-on dans le bon ? Est-ce qu’on attend ? Est-ce qu’on passe à autre chose ? Est-ce qu’on prescrit à nouveau ? Habituellement,  on prescrit un remède en une prise. Si le remède fonctionne, cela provoque de nombreuses choses et cela évolue. Tant qu’on se situe dans le processus de se sentir mieux, moins fatigué, moins nul ou n’importe quoi d’autre, on peut se dire que c’est bon. Et si la personne peut comprendre qu’elle ne doit pas avoir une prescription en sortant, je ne prescris pas. Sinon, je donne parfois un oligo-élément ou de la phytothérapie. Mais il ne faut pas systématiquement prescrire. Si la personne revient ultérieurement, on voit si son langage nous mène sur une autre piste ou vers le même remède. En ce cas là, on prescrit à nouveau. L’idéal, c’est de trouver le similimum c’est-à-dire le remède semblable au patient. C’est alors son remède ad vitam aeternam. Dans la réalité, on s’en approche. Heureusement, il y a des similés c’est-à-dire des remèdes qui agissent même si ce n’est pas « le » remède. 

Il y a les cas urgents : une grosse angine, un mal de ventre, une appendicite, etc. Il  faut rester médecin. Ai-je le droit de ne prescrire que l’homéopathie ou faut-il se rendre en urgence à l’hôpital ? L’avantage des cas aigus c’est que les symptômes sont clairs et visibles. D’une certaine façon, c’est plus facile. Nos détracteurs disent que l’homéopathie est faite pour des gens qui n’ont rien. Il est important de savoir que ce n’est pas le cas. Nous sommes confrontés à des problèmes cardiaques, rénaux, à des maux de tête, à des vertiges paroxysmaux, etc. Je rencontre les mêmes personnes qu’un médecin qui ne pratique pas l’homéopathie.

Parfois, on donne aussi de l’aide par téléphone, mais jamais pour une première consultation. Quelqu’un qui appelle pour un mal de ventre en demandant ce qu’il doit prendre, cela ne va pas. Il faut que je voie ce qu’il y a derrière cette douleur.

Comment devient-on homéopathe ?

D’abord, cela doit émaner d’un choix. Celui de vouloir être homéopathe. Je ne crois pas que l’université soit un lieu propice à provoquer ce choix. Quand j’étais étudiant en médecine, le message du professeur de pharmacologie était « l’homéopathie, c’est de la placebo thérapie ». Et les étudiants acquiesçaient. Personnellement, je savais que je voulais être homéopathe avant même le premier cours de médecine, ce qui n’est pas le plus courant. C’était donc un peu difficile à entendre. A l’âge de douze ans, j’ai été soigné par un homéopathe. Avant, cet homéopathe était pédiatre. Ayant eu vent de confrères obtenant grâce à l’homéopathie des résultats qu’il n’avait pas avec les médicaments classiques, il a commencé à s’y intéresser, à la pratiquer et à constater la même chose. 

Devenir homéopathe, c’est avoir de l’intérêt pour quelque chose d’autre. Il existe la médecine classique, mais il y a autre chose. Cette ouverture d’esprit vient à un moment donné. Ce moment peut arriver après trois, quatre ans de médecine. On se dit qu’on sait bien faire les diagnostics, mais que donner des médicaments supprime un symptôme mais en provoque de nombreux autres. Il y a toujours des effets secondaires. Il n’y en a pas en homéopathie. C’est un grand avantage.

Qu’en est-il des formations ? Il y a des écoles : trois écoles néerlandophones et trois écoles francophones. La formation comprend environ trois ans de cours théoriques (étude des remèdes, de la matière médicale) et des week-ends de doctrine (étude de l’Organon et des maladies chroniques). Il y a également des stages pratiques. Ceux-ci se font chez des médecins qui veulent bien engager des stagiaires. L’e-learning est également en cours de création. L’exigence européenne requiert un certain nombre d’heures et l’e-learning permettra d’y répondre. Les universités et les hautes écoles n’enseignent pas l’homéopathie. Un processus est en cours vers une normalisation de l’enseignement en homéopathie médicale mais, pour l’instant, il n’y a que des écoles privées. Actuellement, il faut donc s’inscrire dans l’une de ces écoles, payer un minerval, assister aux week-ends et aux stages. Chaque année, il y a un examen théorique. Le diplôme s’acquiert après cinq ans parce qu’il faut effectuer deux ans de pratique chapeautée par d’autres médecins pour pouvoir présenter des cas cliniques qui illustreront la façon de procéder, d’effectuer la deuxième consultation, les questions posées, etc. 

Comment devient-on homéopathe ? Il y a donc la motivation, l’école, les stages et l’expérience aussi. C’est un point à ne pas négliger car c’est l’expérience qui fait qu’on est réellement homéopathe. Ce n’est pas facile. Ceux qui veulent la facilité pour gagner de l’argent ne la trouveront pas là. Mais je pense qu’il n’y a pas que cela comme motivation dans la vie. Cela en vaut la peine. Avoir des contacts réguliers avec d’autres personnes qui ont la même passion de ce métier formidable, c’est vraiment bien.

Est-ce un métier protégé ?

Jusqu’à présent, non. Mais cela va changer. 

Initialement, la médecine homéopathique était spontanément réservée aux médecins. C’est un médecin allemand qui l’a inventée. Il s’agit d’une médecine avec une approche différente. Mais il se fait que depuis quinze ans environ, surtout dans les pays anglo-saxons, des non médecins pratiquent l’homéopathie. A Leuven (Louvain), une école donne des cours pour des non médecins. N’importe qui peut donc suivre ces cours et s’installer comme homéopathe. Pour l’instant. 

Le gouvernement a laissé les choses aller. Il y avait pourtant la loi Colla, en 1988, qui visait à réglementer la situation des pratiques non conventionnelles. Dans le monde entier, de nombreux homéopathes non médecins sont d’excellents homéopathes. A priori, c’est vrai qu’on peut faire de la bonne homéopathie même si on n’est pas médecin. Mais cela reste une médecine. Une personne peut être une très bonne homéopathe, cela ne fait pas d’elle un médecin. Elle n’est pas formée au jugement de ce qui est grave ou pas. Elle n’est pas formée à l’anamnèse, à la clinique. Elle ne peut pas prescrire. Le projet de loi qui est en cours préconise que l’homéopathie doit être réservée aux médecins, dentistes et sages-femmes. Pourquoi ? Parce qu’ils peuvent, en Belgique, prescrire des médicaments. (Les dentistes et les sages-femmes : dans leurs domaines respectifs.) Nous sommes contents du projet soumis par Laurette Onkelinx car nous désirons une sorte de reconnaissance. On pourra dire « ce médecin est médecin homéopathe » parce qu’il répond aux critères demandés par cet arrêté royal (formation dans une école agréée, formation continue, etc.). 

Pour l’instant, le métier n’est donc pas protégé. Mais il est en passe de le devenir avec cet arrêté royal qui est un arrêté d’application de la loi Colla. On ne pourra être enregistré comme homéopathe qu’en répondant aux critères stricts. 

Pourquoi avoir choisi l’homéopathie ?

C’est une histoire très personnelle… On choisit car on désire et on croit en quelque chose qui ne requiert pas nécessairement de suivre ce qu’on nous a appris à l’université, même si ceci est tout à fait nécessaire pour être médecin. On vise la santé des gens et pas l’unique suppression des symptômes. Il y a la motivation d’être plus efficace que la médecine classique. Bien entendu, la médecine conventionnelle est très efficace dans des situations urgentissimes (méningites, appendicites, etc.). Mais la médecine classique ne répond pas à la demande des patients d’augmenter la qualité de vie. Or c’est cela que l’on vise. Les gens veulent une meilleure qualité de vie, ce qui est impossible quand on donne des médicaments qui ont tellement d’effets secondaires. S’il existe un moyen de ne pas donner de médicaments classiques et qu’on voit que cela fonctionne, que les gens sont contents… Avec l’homéopathie, on touche à la capacité de l’individu à se défendre que ce soit au niveau physique ou psychologique. Il s’agit de se sentir plus fort par rapport à tout ce qui nous entoure, nous agresse, nous préoccupe, etc. 

Quels sont les points positifs et négatifs du métier ?

Dans les points positifs de l’homéopathie, il y a la satisfaction d’aider les patients réellement. S’il n’y avait que cela, ce serait déjà tellement gratifiant. Ce n’est pas tellement l’argent. Bien au contraire. L’argent, on en a besoin, mais le plus important c’est d’être heureux dans la vie. Si notre métier n’est pas routinier, qu’on peut le partager et constater sur le terrain que les gens sont contents, qu’ils nous disent qu’on les a aidés, c’est le point positif. 

Autre point positif : c’est passionnant. Tout le temps. Participer à des séminaires, rencontrer des personnes qui désirent partager, qui ont une réflexion, une certaine méthode, une approche du patient, voir des cas cliniques compliqués soignés grâce à des granules, c’est extraordinaire. C’est l’occasion de partager, d’être enthousiaste. Les échanges entre confrères ne sont pas empreints de méfiance, de crainte que l’un s’empare des patients de l’autre. Il est plutôt question du partage des difficultés, etc. Certes, l’Homme reste ce qu’il est et il y a toujours des cas où deux égos se rencontrent. Mais ce n’est pas ce qu’on vit le plus souvent. C’est positif de sortir du carcan de la médecine qui est de plus en plus rigide. 

Des côtés négatifs, il y en a… Il y a le fait de ne pas être soutenu. L’apport positif de l’homéopathie est contesté par des gens considérant qu’il y a un manque de compréhension du mécanisme d’action de l’homéopathie. C’est vrai. Mais on ne peut pas parler de placebo-thérapie pour les animaux ou les bébés. Pourtant l’homéopathie est contestée car ce n’est soi-disant pas « scientifique » et qu’on ne peut pas expliquer son mode d’action. Actuellement, de plus en plus d’études fondamentales s’approchent d’explications. Il faut continuer dans cette voie-là. Ce n’est pas facile car on est dans un autre registre. On sort du strictement chimique. On n’est pas soutenu financièrement au niveau des recherches. Cela ne nous donne pas une place sympathique par rapport à nos confrères. Même si cela tend à changer. Avant, dire que l’on était homéopathe amenait du mépris. C’est pour cela que la reconnaissance que nous attendons via l’arrêté royal va faire que l’on existe. De plus en plus de patients osent dire qu’ils se font aussi soigner en homéopathie alors qu’avant ils n’osaient pas à cause de l’attitude sectaire des médecins de médecine conventionnelle. Cela a tendance à changer. Il y a des services hospitaliers où on tolère l’homéopathie. Les patients continuent à prendre leurs granules durant leur séjour à l’hôpital.

Personnellement, je n’ai plus de difficulté à dire que je suis un médecin de famille qui traite préférentiellement en homéopathie. L’attitude est différente. Il y a donc une difficulté à surmonter, mais il y a une évolution. 

Un conseil à donner à un jeune qui voudrait devenir homéopathe ?

Se dire que c’est une belle aventure. Ce n’est pas simplement appliquer un métier. C’est une aventure passionnante.

Je dirais qu’il faut comprendre ce choix. Comprendre que cela peut sortir le médecin ou le futur médecin de la routine. En homéopathie, la routine n’est pas possible. 

Il ne faut pas avoir peur de se lancer. Avoir des contacts avec des gens qui peuvent expliquer, avec des patients qui ont vécu, c’est important. Au-delà de la preuve scientifique du mode d’action, ce qui donne le plus d’assurance c’est le vécu. Il ne faut pas avoir peur de téléphoner à l’Unio  pour avoir un contact avec un médecin qui pourrait expliquer de vive voix. Il y a aussi le contact avec l’association des patients, Pro Homeopathia, qui peut amener une vue différente de celle du médecin. C’est important de considérer le métier d’une autre façon et d’avoir ce contact pour comprendre ce qui nous motive à faire cette démarche. Si on fait cette démarche, il ne faut pas avoir peur de se lancer dedans avec toute son énergie. Il faudra suivre les cours, étudier, comprendre, partager, etc. Ce n’est pas le moindre effort qui nous rendra heureux. L’énergie investie sera tellement bien récompensée par la gratitude des patients.

Je conseillerais donc de contacter l’Unio Homœopathica Belgica (notre union professionnelle), Pro Homeopathia (l’association de patients) et les écoles d’homéopathie pour avoir le plus d’informations possibles avant de se lancer dans cette aventure.



 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.