Dominique Delers, Chauffeur de bus

Interview réalisée en novembre 2008

Au TEC-Hainaut, les lignes 23-25-26 (Manage-La Louvière) n’ont plus de secret pour Dominique Delers. Agé de 50 ans et originaire de Rièzes (Chimay), iI est chauffeur de bus depuis 2003 et conducteur-instructeur depuis un an.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Pendant quatre ans, j’ai fait latin-grec avant de faire des études techniques supérieures en coiffure. Cela me permettait soit d’enseigner, soit de m’installer comme indépendant. J’ai pris la 2ème option et je suis resté indépendant durant 25 ans. C’est un peu par hasard que je me suis orienté vers le métier de chauffeur de bus. Le contact avec le public me plaisait, tout comme le fait de conduire. De plus, comme salarié, il y a une sécurité d’emploi. En effet, après un an, on a un contrat définitif.

Hormis la conduite du bus et la délivrance des titres de transport, quelles sont vos autres tâches ?

C’est principalement veiller à ce que l’usager paie son titre de transport et respecte l’itinéraire correspondant au ticket acheté. On tente d’avoir un équilibre dans le bus en évitant que des voyageurs n’en importunent d’autres (fumée de cigarette, musique trop forte,…). Notre but est de répondre aux demandes de renseignements et d’essayer de respecter les horaires tout en conduisant de manière souple pour le confort des passagers et en adoptant un fair-play vis-à-vis des autres usagers de la route. Enfin, le conducteur doit aussi avoir une conduite défensive afin de prévenir les accidents.

Vous n’êtes pas tout à fait seul dans le bus puisqu’il existe une liaison radio avec le dispatching. Comment est organisé celui-ci ? Quel est son rôle ? Dans quelles circonstances cette liaison radio peut-elle être utile ?

Nous disposons, dans le véhicule, d’une liaison radio avec le dépôt. C’est le SAE (Système d’Aide à l’Exploitation), une sorte de GPS. Au dispatching, il y a deux, voire trois employés depuis le début du service (4h) jusqu’au moment où tous les véhicules sont rentrés (23h30). Grâce à un PC, ils effectuent une surveillance des bus et des itinéraires suivis par ceux-ci et vérifient notre avance ou notre retard par rapport à l’horaire. En cas de panne, on peut les avertir et ils nous mettent en contact avec les mécaniciens. On est censé connaître en partie le fonctionnement du bus, du moins aux points de vue moteur et électronique. Il faut savoir que les nouveaux véhicules comportent une multitude d’éléments électroniques, donc les mécaniciens font de la formation permanente. Par la liaison radio, ils nous font faire des tests sur le bus et, en fonction des résultats, on change de véhicule ou on continue notre itinéraire avec le même. Mais le dispatching est aussi actif en cas d’accident de circulation : il nous communique l’itinéraire de remplacement (déviation) et nous prévient lorsque celui-ci prend fin via un appel radio de groupe (tous les bus).
Les employés affectés à ce service se chargent également d’appeler les secours lorsqu’un voyageur a un malaise ou fait une chute. Enfin, en cas de retard important, ils peuvent vérifier où se trouvent les autres bus de la même ligne afin de se remettre à l’heure à un point précis du parcours.

Quelles qualités sont nécessaires à l’exercice du métier ?

Avant tout, aimer conduire, aimer le contact avec la clientèle et intervenir intelligemment face à des situations qui pourraient dégénérer. Il faut accepter de faire des horaires flexibles, c’est inhérent à ce métier. On travaille des matins, des après-midi, des week-ends (un week-end sur deux) et des jours fériés. D’autres chauffeurs font ce qu’on appelle des services coupés, c’est-à-dire des transports spéciaux vers les bassins de natation ou des renforts de lignes aux heures de pointe. Par ailleurs, il faut être patient dans certaines situations (bouchons, retards, accidents) et avoir une présentation correcte.

Quels sont les avantages et inconvénients de cette profession ?

Question avantages, je dirais le contact avec la clientèle et une certaine indépendance lorsqu’on est dans le bus même si travailler seul comporte également des inconvénients. Il y a une sécurité d’emploi mais aussi de réelles perspectives d’avenir si on a le diplôme requis. On peut ainsi évoluer vers des fonctions de contrôleur, contrôleur qualité et réseau, instructeur d’auto-école, rédacteur, comptabilité, études de marché… Les inconvénients, ce sont surtout les horaires, le fait de devoir travailler les week-ends et jours fériés. Il y a aussi le comportement de certains passagers et les agressions qui peuvent en découler mais cela n’est pas propre au TEC, cela se produit ailleurs. Il faut savoir gérer ces situations.

Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’exercice du métier ?

Principalement le respect des horaires lors d’embarras de circulation et pouvoir garder son calme quelle que soit la situation. Les gens doivent comprendre qu’on n’est pas responsable des retards, surtout aux heures de pointe. Les pannes aussi sont indépendantes de notre volonté.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Personnellement, le contact humain et pouvoir me rendre compte que je suis utile à quelque chose car je rends service à des personnes qui ne savent pas se déplacer. Et puis aussi l’indépendance, c’est-à-dire le fait de travailler seul, de faire son boulot le mieux possible sans avoir constamment quelqu’un derrière soi.

La profession a-t-elle évolué ces dernières années ? De quelle manière ?

Avec l’électronique, les bus sont plus confortables aussi bien pour les passagers que pour le conducteur. Les appareils sont plus précis et plus faciles à l’emploi, à l’instar du Prodata (service de création et de perception des billets et des cartes) et le système de liaison radio avec le dispatching simplifie beaucoup le travail quotidien, surtout en cas de problème. Cela permet notamment de gérer les horaires et d’informer les voyageurs des retards en temps réel. Enfin, la formation des chauffeurs est de plus en plus professionnelle, tant sur le plan psychologique que technologique ainsi que du point de vue de la connaissance du code de la route.

Quel conseil auriez-vous envie de donner à une personne intéressée par ce métier ?

Il faut avoir un bon contact avec les passagers et ne pas être rebuté par le fait de rester derrière un volant pendant 8 heures. Mais une formation suffisante est également nécessaire pour réussir les tests et les examens d’entrée. A l’avenir, je pense qu’un niveau 4 ne suffira plus, il faudra au moins le diplôme secondaire moyen.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.