Dominique Poncelet, Papetier

Interview réalisée en septembre 2007

A quelques enjambées de la frontière française, l'entreprise Burgo-Ardennes s'est spécialisée dans la production de papier et la fabrication de pâte à papier. Entretien avec Dominique Poncelet, 42 ans, responsable de l'unité de production  « papier ».

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J'ai une formation d'ingénieur industriel électromécanicien. Ensuite, j'ai fait une spécialisation papier dans une école située à Grenoble pour obtenir une validation de mon diplôme en tant qu'ingénieur papetier. En 1990, j'ai été chargé d'initier le projet d'unité de production de papier chez Burgo Ardennes où on fabriquait déjà de la pâte à papier. Après avoir été responsable de deux secteurs, je suis devenu adjoint du chef de production avant de faire un parcours de deux ans en termes de systèmes de qualité intégrés. Enfin, en janvier 2007, je suis devenu chef de production de l'unité papier.

Comment pourrait-on décrire la profession de papetier ? En quoi consiste-t-elle ? Quelles sont ses particularités ?

Pour moi, le papetier doit être polyvalent car dans l'exercice de la profession, on utilise l'électromécanique, l'électricité, la chimie et la physique. L'objectif premier est de réaliser une feuille de papier qui répond aux exigences du client. Pour réaliser une feuille imprimable (par exemple, un magazine), on doit avoir une productivité maximale et une qualité la plus acceptable possible en tâchant d'être meilleur que le concurrent. Pour obtenir ces excellents résultats, il est indispensable d'être à l'écoute du client. Ainsi, on a une relation client-fournisseur externe fort marquée, chaque secteur de la production étant client et fournisseur d'un autre. La particularité du papetier, c'est qu'il utilise chaque partie du bois à son juste niveau, à sa meilleure valorisation. Le bois contient des fibres mais aussi de la lignine, c'est-à-dire la colle qui tient le produit. On utilise la fibre comme matière première et la lignine comme combustible.

Dans la filière bois, à quel niveau vous situez-vous ?

Nous sommes utilisateurs. On fait du papier sans bois. Il faut savoir qu'il y a des déchets dans le bois (petites branches). Tout cela est récupéré lors d'une étape de la filière mais, nous, nous sommes davantage dans l'utilisation des sous-produits de la forêt. On utilise uniquement des fibres vierges. C'est différent du papier recyclé, qui constitue l'étape suivante.

Quelles sont vos tâches principales ? Comment se compose votre emploi du temps ?

A mon niveau, la principale tâche, c'est le management d'équipe. Notre secteur tourne en continu et représente 270-300 personnes. On développe nos différentes machines en visant à leur optimisation. Il y a très peu de technique pure. Le papetier fait beaucoup d'observation, d'analyse de résultats qualitatifs et quantitatifs. En fonction de cela, il adapte son outil de manière à obtenir un produit de qualité, en quantités voulues, à un prix de revient compétitif et dans les délais exigés par le client. Une journée standard consiste à analyser les résultats de la veille. Et pallier au court terme (gestion des pannes et des incidents, réunion avec les techniciens de production et de maintenance, réactivation rapide des machines), moyen terme (réparations) et long terme (optimisation du matériel et du fonctionnement).

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer la profession de papetier ?

La disponibilité (incontournable), l'engagement, être un bon technicien, un bon manager, être polyvalent car on touche à de multiples domaines. Il faut être capable de travailler en équipe et de faire du travail continu. Enfin, il faut être humble car la fibre est une matière vivante et induit qui exige que l'on se remette en question.

Présente-t-elle certains avantages ou des inconvénients (notamment horaires, risques pour la santé,...) ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

La disponibilité et le temps de travail sont des éléments importants. Faire les nuits et les week-end est également contraignant. Il n'y a pas de risques en tant que tel mais on doit être conscient qu'on travaille avec des machines tournantes et qu'on utilise des produits chimiques (soude) mais avec laquelle on n'est pas en contact. En ce qui concerne les avantages, il y a le fait de pratiquer de nombreux domaines comme l'électromécanique, l'électricité, la chimie ou la physique. On est aussi en contact avec les clients, les fournisseurs et le personnel et la profession nous donne l'occasion de voyager, de découvrir d'autres papetiers. Il y a en fait cinq ou six grands papetiers connus en Belgique mais il y en a aussi d'autres qui fabriquent du carton, des caisses ou des tissus (papier hygiénique, absorbant). Côté difficultés, il y a l'augmentation du coût des matières premières mais aussi le fait que la papeterie n'est pas une science exacte. Le matériau est vivant donc on ne comprend pas toujours immédiatement certains phénomènes. Ainsi, récemment, un problème dans un circuit hydraulique entraînait une cassure du papier. Il nous a fallu deux mois pour en connaître l'origine et le résoudre.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce n'est pas spécialement le métier mais plutôt l'environnement de travail. On a une équipe très compétente, très disponible, très soudée et cela nous permet d'obtenir de bons résultats. Je citerais aussi la confiance que la direction met en nous et l'autonomie qui nous permet de nous réaliser.

La profession de papetier a-t-elle évolué ? De quelle manière ?

Oui, surtout ces 30 dernières années. On a des machines plus puissantes, plus rapides et automatisées. Les technologies utilisées sont complètement différentes. Le phénomène est exponentiel. La papeterie devient une industrie très lourde, qui peut être comparée à la métallurgie.

Pensez-vous qu'il s'agit d'un métier d'avenir ?

C'est une bonne question ! Je pense qu'il y aura toujours de la place pour ce secteur mais pas au niveau atteint ces dernières années. Auparavant, le développement du secteur du papier était lié à la croissance économique d'un pays ou d'une région. Avec l'explosion d'Internet, ce n'est plus le cas. On aura toujours besoin de papier mais pour des applications différentes. Ainsi, on n'est pas encore prêt à mettre des bandes dessinées ou des livres d'art sur Internet, contrairement aux journaux ou aux toutes-boîtes. Le côté «contact avec le papier » reste important. Enfin, la pub radio, TV ou par Internet se démocratise au détriment du papier, un constat davantage marqué chez les jeunes.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune intéressé par ce métier ?

Il faut être humble. On ne peut pas arriver en disant qu'on connaît tout. Il faut savoir se retrousser les manches et se montrer persévérant. D'autre part, il est nécessaire d'être un bon bricoleur, être ingénieux, savoir innover car c'est une industrie par définition lourde, fort conservatrice. Le secteur reste, selon moi, intéressant mais il est inutile d'y venir en espérant faire fortune, ce qui est propre au secteur industriel. Enfin, il faut développer un esprit d'équipe, ne pas être individualiste.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.