Dr et Professeur Bertrand Tombal,
Urologue

Interview réalisée en octobre 2014

Quel a été votre parcours de formation ?

J’ai réalisé mes études secondaires au collège Saint-Stanislas à Mons.

Ensuite, j’ai suivi les études de médecine à l’UCL. À l’époque, la durée des études était de 7 ans. Je me suis ensuite spécialisé en urologie durant 6 années avant d’entamer une thèse de doctorat (4 ans dont 2 à Baltimore aux États-Unis).

Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir exercer le métier d’urologue ?

Durant mes études secondaires, j’ai hésité entre l’architecture et la médecine. J’ai finalement opté pour la médecine. Ma mère était infirmière, cela a sans doute eu une influence. Avec le recul, je me dis qu’on ne choisit pas vraiment de devenir médecin. En fait, c’est une vocation, comme rentrer dans les ordres. Je dirais plutôt que c’est la médecine qui m’a appelé. Bien évidemment, je souhaitais avant tout aider, soigner, guérir. J’étais fort intéressé par les relations humaines.

Concernant le choix de ma spécialité, en fait, au départ, je me destinais à la pédiatrie. Durant mes études, alors que j’avais déjà fait pas mal de stages en pédiatrie, j’ai dû réaliser un stage de chirurgie. J’ai intégré un service d’urologie et ce stage fut déterminant car l’urologie est une spécialité médico-chirurgicale très vaste et qui touche tous les types de patients (hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux, …).

Cette spécialité satisfaisait pleinement ma curiosité scientifique et intellectuelle mais également mon goût pour le travail technique de précision.

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai toujours travaillé à la clinique. En fait, l’urologie se pratique peu en cabinet privé étant donné que vous avez besoin d’un plateau technique et d’une salle d’opération.

Après quelques années d’expérience, je suis devenu chef du service d’urologie. Je fais également de la recherche et à la suite de ma thèse de doctorat, je suis devenu professeur à l’UCL.

Y a-t-il pénurie dans votre spécialité ?

Pour le moment, il n’y a pas de pénurie. Chaque année, deux urologues sortent des universités et cela est suffisant pour répondre à la demande. Néanmoins, dans quelques années, le manque se fera sentir. En effet, les études en urologie sont contingentées et il y a seulement 4 places de stage disponibles pour les 3 universités.

Comment s’organise votre semaine de travail ?

Je travaille en général plus de 60 heures par semaine. Je commence mes journées à 7h00 pour les terminer vers 19h00.

Mon temps de travail est réparti entre les consultations (2 journées par semaine), la salle d’opération (1 jour et demi par semaine), la recherche, l’enseignement et les tâches administratives liées à ma fonction de chef de service. Sans oublier la formation continue (deux soirées par semaine de lecture scientifique), les voyages à l’étranger pour assister à des conférences ou participer à des colloques.

Pourquoi avoir choisi de travailler en milieu hospitalier plutôt qu’en cabinet privé ?

Tout simplement parce que cette spécialité nécessite de travailler avec un plateau technique important et d’avoir à disposition une salle d’opération. Certains praticiens développent une clientèle privée mais les actes chirurgicaux se feront de toute façon à l’hôpital.

Votre profession nécessite-t-elle des recyclages ?

Il est primordial et obligatoire de continuer à se former. Un médecin se doit d’être curieux et d’avoir envie de se former et de se tenir au courant des nouveautés. 5 à 10% de ma charge de travail sont consacrés à la formation continue. Je consacre deux soirées par semaine aux lectures scientifiques. Je voyage régulièrement pour participer à des colloques ou conférences. Je fais partie d’un groupe local d’évaluation médicale (GLEM).

Quels sont les aspects les plus positifs de votre métier ?

Quand on aime on ne compte pas. L’aspect positif c’est d’abord un contact humain avec les patients et avec le milieu professionnel. Je travaille avec d’autres professionnels de la santé : les gynécologues, les néphrologues, les chirurgiens.

Quels sont les inconvénients de votre métier ?

C’est le fait que vous ne pouvez pas vous empêcher d’être médecin. Quand vous fermez la porte de votre bureau, vous ne pouvez pas passer à autre chose. C’est quelque chose dont les gens ne se rendent pas compte mais par exemple, si vous êtes au restaurant en famille et qu’il y a un accident de la circulation, vous ne pouvez pas ne pas y aller. La médecine envahit toute votre vie.

Ensuite, il y a les astreintes, qui ont un impact sur votre vie sociale. Vous pouvez avoir une vie sociale mais vous ne pouvez pas boire de façon immodérée quand vous êtes d’astreinte. Travailler 80 heures par semaine nécessite une hygiène de vie parfaite. Vous n’avez jamais fini. Vous pouvez compenser cet aspect négatif si vous travaillez dans une grosse structure car alors les astreintes sont partagées mais pour les spécialistes qui travaillent dans des petites structures, ils sont d’astreinte un jour sur deux. Cela demande un tel investissement que vous ne pouvez pas le faire si ce n’est pas une vocation.

Un autre aspect négatif, c’est le fait d’être toujours confronté à la souffrance humaine. Les gens vous parlent toujours de leurs souffrances et à un moment donné, vous devez vous protéger, vous ne pouvez plus supporter les souffrances des autres. L’aspect « souffrance », au fil des années de carrière, devient pénible.  

Et puis, il y a les horaires. En moyenne, mes assistants doivent travailler 63 heures par semaine sur une période de 13 semaines. Régulièrement, pour atteindre cette moyenne, je suis obligé de les mettre en congé car ils ont déjà presté trop d’heures.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune souhaitant exercer le métier d’urologue ?

L’empathie est la qualité principale : pouvoir écouter pendant des heures des gens qui se plaignent, pouvoir expliquer mille fois la même chose, avoir la possibilité de s’énerver à l’intérieur mais ne pas le montrer.

Il faut aussi être rassurant pour ses patients. Que vous vous adressiez à n’importe quel patient, quand il est malade, il redevient un petit enfant à qui il faut donner la main car il  a besoin d’être rassuré.

Il faut également faire preuve de psychologie pour, par exemple, annoncer une mauvaise nouvelle à un patient. Autrefois, on considérait que la psychologie était innée chez le médecin. Aujourd’hui, on se rend compte que des cours sont bien nécessaires pour les jeunes médecins.

Il faut aussi être foncièrement honnête car la médecine est le métier où vous pouvez le plus abuser les gens car ils viennent vous voir en étant intimement persuadés que ce que vous allez leur proposer est pour leur bien. Quand on est dans un système de médecine à l’acte, il y a toujours le risque que ce que propose le médecin est pour son bien à lui. Il y a toujours un risque d’abus. La médecine est dans certains cas devenue un business. Il faut revenir vers une médecine honnête où le patient reçoit ce dont il a besoin. On le dit d’ailleurs dans le serment d’Hippocrate : « Tu ne rentreras pas dans la maison où on ne t’a pas appelé » et « Ne pas faire pire que mieux ».

Quels conseils donneriez-vous à un jeune souhaitant exercer le métier d’urologue ?

Courage et abnégation.

Il ne faut pas être intelligent pour faire la médecine. Il faut être intéressé, curieux, aimer les relations humaines et accepter de sacrifier le reste. C’est une vocation. Ce n’est pas plus difficile que ça. Ce ne sont pas les plus malins qui réussissent. En général, ce sont les mieux organisés et alors, ce n’est pas plus difficile qu’autre chose.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.