Elise Ancion, Costumière

Interview réalisée en juillet 2010

D'abord costumière au théâtre, Elise Ancion est maintenant passée au cinéma et poursuit sa carrière au théâtre en tant que metteur en scène.

Quelle est votre formation?

En humanités, j’avais choisi l’option «art d’expression» dans laquelle il y avait notamment du théâtre, de l’histoire de l’art et pas beaucoup de maths! Ensuite, j’ai fait l’INSAS en mise en scène. Dans cette section, il y a une formation à la scénographie. C’est là que j’ai commencé à faire des stages de costumière en théâtre. Je n’ai donc pas suivi de formation spécifique.

Quel a été votre parcours professionnel à la sortie de l’INSAS?

Après l’INSAS, j’ai travaillé – et je travaille toujours d’ailleurs – en tant que metteur en scène en théâtre. J’ai été l’assistante d’un metteur en scène pendant longtemps et je faisais les costumes en même temps. Ensuite, j’ai travaillé pour d’autres spectacles en tant que costumière. Puis j’ai rencontré mon mari, Bouli Lanners, qui travaillait sur son second court-métrage «Muno» et qui m’a proposé de faire des costumes en cinéma. Maintenant, je ne fais plus de costumes en théâtre. Je fais uniquement de la mise en scène.

Concrètement, en quoi consiste votre travail de costumière? Comment s’organise-t-il?

Cela dépend d’un film à l’autre mais généralement, je reçois d’abord une proposition, un scénario. Je procède ensuite à un dépouillement, c’est-à-dire que je recense le nombre de personnages, les conditions de tournage (en extérieur, en intérieur, en hiver, sous la pluie, etc.). Je dépouille vraiment tout, jusqu’aux scènes de bagarres dans lesquelles les vêtements vont être déchirés, par exemple. Il faut donc prévoir plusieurs exemplaires de ces vêtements là. Ensuite, je rencontre les comédiens, je les mesure. Quand je n’ai pas le temps, cela se fait par téléphone! Et puis, c’est parti pour les essayages. Après chaque essayage, j’envoie des photos au réalisateur pour voir si c’est dans sa lignée. Il faut savoir que, souvent, en cinéma, les délais sont courts. Je dois parfois être prête six semaines après!

Comment préparez-vous votre travail?

Quand j’ai lu le scénario, j’aime bien présenter au réalisateur les grandes lignes. Je fais alors des recherches pour lui parler de couleurs, de matières. Je cherche dans des revues ou sur Internet et je présente des petites maquettes. Ensuite, je pars en magasin pour trouver tout ça. Mais rien de tel que l’essayage sur les comédiens.

Etes-vous présente lors du tournage?

Oui j’aime bien, quand c’est possible. J’aime être sur le plateau car on a beau avoir prévu le maximum, il y a des choses qui peuvent s’inventer sur le plateau. Et puis, j’aime aussi le contact avec les comédiens, l’habillage ou le «HMC» - Habillage Maquillage Coiffure - comme on appelle ça dans le cinéma.

Votre travail est-il différent au cinéma et au théâtre?

Oui, c’est très différent. Au théâtre, la préparation est très différente puisque les costumes se font en parallèle aux répétitions. On a les comédiens à disposition, on essaie, on revient le lendemain, on essaie autre chose…Tandis qu’au cinéma, il faut être beaucoup plus réactif et beaucoup plus rapide. On n’a pas beaucoup d’essayages et une fois que le film est parti, il est parti! Il ne faut pas se tromper dans la continuité puisqu’on ne tourne pas un film dans l’ordre chronologique. Il ne faut donc pas qu’un matin, le comédien ait un t-shirt d’une couleur et l’après-midi un d’une autre couleur! Aussi, un costume au théâtre s’use beaucoup plus.

Travaillez-vous seule ou en équipe?

Ca dépend vraiment des projets, des budgets, du nombre de comédiens à habiller, du temps imparti… Quand je peux, je travaille avec une assistante mais sinon je suis seule. Pour ce qui est de la couture, je fais moi-même les retouches nécessaires. Mais s’il faut faire une pièce spécifique alors je fais appel à un couturier ou une couturière. Pendant le tournage, dans la mesure du possible, je délègue l’entretien quotidien parce qu’il faut faire ça de nuit…

D’après vous, quelles sont les qualités nécessaires pour devenir costumier/costumière?

La patience, la mémoire. Il faut comprendre ce que recherche le réalisateur ou le metteur en scène. Il faut aussi comprendre l’acteur et bien garder à l’esprit que le corps d’un acteur n’est absolument pas le corps d’un autre. La façon dont lui se voit n’est pas forcément la façon dont il est vu! Quoiqu’il arrive, c’est lui qui est à l’écran. Parfois, le réalisateur a une idée sur un personnage mais ça ne correspond pas avec le corps de l’acteur ou à ce qu’il dégage.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre travail? Les points positifs et négatifs?

J’aime le fait qu’un jour n’est jamais l’autre. C’est super créatif puisqu’on ne part de rien et qu’on construit tout un univers. J’aime aussi que le costume ne se voie pas trop. J’aime tout le travail de recherche, le contact avec le comédien, etc.

Au niveau des inconvénients, je dirais la fatigue parfois. Et puis physiquement, il faut tenir le coup aussi. C’est lourd des vêtements! Sinon, je ne vois rien d’autre car j’ai le plaisir de choisir les projets que je fais et avec lesquels je suis en accord.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers ce métier?

Je suis née dans un théâtre de marionnettes à Liège. Mes parents étaient marionnettistes, le théâtre était dans une partie de la maison et donc, j’ai vraiment grandi là-dedans. J’aidais ma mère qui avait toujours sa machine à coudre sur la table pour faire les costumes des marionnettes.

Que diriez - vous à un jeune qui souhaite se lancer dans le métier?

Que s’il aime vraiment ça, il doit y aller sans hésiter. Je pense que les métiers artistiques sont des métiers pour lesquels il ne faut pas attendre. Il faut très vite se construire une famille pendant les études, rencontrer des gens, il ne faut jamais être dans l’attente. Il faut aller de l’avant, commencer par des petits projets et puis, de rencontres en rencontres, les opportunités se mettent en place. Ce n’est pas parce que l’on a un diplôme qu’on va trouver du boulot en tout cas!

Quels sont vos projets en cours, futurs?

Je travaille donc actuellement sur le prochain long métrage de Bouli Lanners qui s’appellera «Les Géants». En théâtre, en tant que metteur en scène, j’ai toujours un spectacle qui tourne et qui s’appelle «Causerie sur le Lemming».

Une anecdote?

Dans le film «Eldorado», à un moment donné, il y a un personnage qui est nu! En réalité, il n’est pas tout nu, il a un chapeau et des sandales car il n’allait pas marcher pieds nus, ni conduire pieds nus! Ca a été ajouté et ça ne se voit absolument pas à l’écran. Tout le monde croit qu’il est vraiment tout nu!

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.