Emeline Kelecom,
Inspectrice de police au sein de la zone de police de Namur

Interview réalisée en janvier 2018

Pourquoi être entrée à la police ? 

C’est durant mes stages d’assistante sociale que j’ai pris conscience qu’il me manquait un cadre un peu plus clair pour aider les gens. En effet, je trouvais plus intéressant de travailler dans un cadre « judiciaire » où on pouvait utiliser la contrainte. Je me suis alors dirigée vers un master en Criminologie dans l’idée, éventuellement, de rentrer à la police. J’ai alors suivi la finalité intervention et j’ai fait mes stages à la police de Louvain-la-Neuve et au service « enquêtes » de la police de Namur. C’est ce qui m’a décidée : pouvoir aider les gens, intervenir dans des situations d’urgence, etc. C’est un service de première ligne comme dans tout travail social, sauf qu’ici on a la loi derrière nous, ce qui nous offre un peu plus de possibilités et de légitimité. 

Quand j’étais en criminologie, j’ai postulé pour travailler dans l’aide aux victimes sur base de mon diplôme d’assistante sociale. J’ai passé les tests et je les ai réussis. Comme c’est une formation spécialisée, j’ai été placée dans une réserve de recrutement dans laquelle les différentes zones de police pouvaient venir piocher et faire passer des entretiens d’embauche. C’est par ce biais-là que j’ai eu la possibilité d’entrer en tant qu’inspectrice. C’est ce qui m’intéressait, car la base du travail policier est d’être sur le terrain et je pense que c’est la meilleure porte d’entrée pour pouvoir évoluer par la suite. Je suis entrée à l’Académie juste après mes études, en tant qu’aspirante-inspectrice de base. J’ai suivi une formation d’un an. Quand je suis sortie de l’Académie, j’ai postulé auprès de la zone de police de Namur, mais le temps de passer mes entretiens d’embauche et d’être engagée, j’ai travaillé pendant 5 mois à la police judiciaire fédérale de Dinant en tant qu’opératrice labo pour la police technique scientifique. C’est un travail très spécialisé.  

Cela fait maintenant 3 ans et ½ que je suis sortie de l’Académie et, dans un mois, je commence les cours à l’école des Officiers. Entretemps, j’ai passé des concours pour devenir commissaire et je les ai réussis cette année. 

Quelles sont les principales missions exercées par l’inspecteur de police ?

Dans le travail policier, il y a 50% de relationnel et de communicationnel et 50% de travail administratif. Le travail consiste avant tout à donner suite aux fonctions de base de la police :  accueil, intervention urgente, aide et assistance aux victimes, fonction de roulage, police de proximité, maintien de l’ordre public, enquêtes et recherches. La priorité de notre travail reste de répondre aux demandes du citoyen. 

En quoi consiste votre activité au quotidien ? Pouvez-vous décrire une « journée type » de travail ?

Je suis inspectrice dans un service d’une centaine de personnes appelé « police secours ». Je travaille en soirée, les weekends et les nuits, il s’agit d’un horaire variable « à pauses ». 

Quand je prends mon service, je dois être prête à quitter mon poste en urgence pour aller sur le terrain. Une journée type en intervention consiste à répondre aux appels de la population (112/101). Cela nous amène à intervenir dans tout type de situations donnant lieu à la réalisation d’un dossier judiciaire (violences intrafamiliales, suicides, coups et blessures, litiges, vols, viols, meurtres…), mais également à intervenir dans des situations nécessitant un conseil, un avis ou une mise en garde (tapages, conflits de voisinages, problèmes de droit civil).

En dehors des appels, nous patrouillons sur l’ensemble de notre zone et sécurisons les lieux en fonction de missions données. Nous essayons de répondre aux demandes et besoins ponctuels de sécurité de la vie quotidienne. Il faut être réactif et dynamique.

Aujourd’hui, par exemple, je suis en « service variable », ce qui signifie que mon horaire est susceptible d’être modifié en cours de semaine afin de combler l’une ou l’autre absence dans les autres services. Durant cette journée, les missions sont avant tout administratives (rédaction de PV, audition de suspects, missions fédérales, suites d’enquêtes, etc.).

Quels avantages tirez-vous de votre profession ?

Cela dépend évidemment de la personnalité de chacun mais, pour moi, le fait d’avoir un travail assez bien balisé tout en ayant la possibilité de travailler aussi bien proactivement qu’en réaction à un évènement est un avantage. J’aime également beaucoup le travail en équipe. Nous sommes plusieurs à intervenir. C’est très enrichissant ! Nous tissons des liens assez forts entre collègues peut-être davantage que dans d’autres secteurs d’activités. 

Le contact avec le citoyen et le sentiment de pouvoir aider les gens est pour moi un autre avantage.

Et comme inconvénients ?

L’inconvénient est de travailler « à pauses » avec tout ce que cela peut impliquer : fatigue, problèmes de santé, burn-out, problèmes familiaux, etc. Il y a aussi, bien évidemment, le danger que peut représenter ce type de boulot, il faut en être conscient. 

Il faut aussi travailler avec une arme. Défendre les gens et pouvoir se défendre, c’est le principe même de notre fonction. Il ne faut pas avoir peur de cela.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Bien s’informer sur le boulot et être sûr de se lancer dans la bonne direction. Si on préfère le travail solitaire et ne pas avoir de contacts avec le citoyen, c’est que ce n’est pas la bonne voie. 

Nous ne sommes pas là uniquement pour aider les gens. Nous sommes d’abord et avant tout les garants du maintien de la Loi. A ce titre, nous pouvons utiliser la contrainte et devons l’appliquer correctement. Il faut être bienveillant dans beaucoup de situations. 

Est-ce un secteur porteur d’emplois ? 

Oui, il y a un engagement continu pour les inspecteurs au niveau fédéral. Il est ensuite toujours possible d’évoluer sur base de l’expérience, voire d’un diplôme. C’est surtout l’expérience professionnelle qui prévaut. C’est un métier qui nécessite de bien connaitre le fonctionnement du système judiciaire, l’actualité, le fonctionnement et la politique locale/nationale en matière de sécurité.

Au sein de la police, il y a moyen de faire mille et un métiers. Si on démontre un intérêt et une motivation dans un secteur particulier, je pense que tout est possible. 

Pour plus de renseignements, vous pouvez vous informer sur le site Jobpol.be.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.