Eric Gilson, Directeur de radio

Interview réalisée en septembre 2013

Pourriez-vous retracer votre parcours?

Je suis au départ licencié en philologie germanique (anglais / néerlandais).
Mais je n’ai enseigné que 2 ans à l’issue de mes études à l’Université de Liège, avant de bifurquer définitivement vers le média radio : il faut dire qu’à l’époque (vers 1978 / 1980), c’était l’éclosion de ce qu’on appelait les « radios libres » ou « radios pirates », qui venaient briser le monopole détenu jusqu’alors par le service public (la RTBF).

J’ai donc débuté comme animateur bénévole le week-end dans une petite radio locale (Radio Condroz à Ciney), dès 1977 en parallèle à mes études, puis à partir de 1980 à ma carrière d’enseignant. En 1982, j’ai quitté l’enseignement pour devenir animateur sur la radio FM Namur, lancée par le toutes-boîtes Publi-Namur : c’était une des premières radios « libres » à rémunérer ses animateurs ! J’y ai évolué en prenant progressivement des responsabilités. 

En 1987, cette radio et d’autres radios du groupe de presse Rossel (chaque journal de ce groupe avait lancé sa propre radio : à Namur, à Charleroi, Bruxelles et Liège) se sont fédérées pour devenir le réseau RFM : j’y ai été successivement « chef de station » à Namur et Liège, puis ai pris en charge la responsabilité des programmes et de la programmation musicale pour l’ensemble du réseau. J’ai progressivement abandonné l’animation antenne pour me consacrer au management.

En septembre 1991, ce réseau RFM a donné naissance à Bel RTL (avec le soutien de RTL-TVI, qui cherchait à promouvoir sa télé à travers une radio, et de RTL Paris) : une partie de l’équipe de RFM a été engagée dans cette nouvelle aventure. Personnellement, j’y suis devenu directeur d’antenne, en charge des programmes et de la production.

Douze ans plus tard, en février 2003, alors que Bel RTL était devenue la radio n°1 en Belgique francophone, j’ai quitté RTL – où j’estimais avoir fait le tour de la question - pour relever un nouveau défi et répondre à un appel à candidatures lancé par la RTBF dans le cadre d’une grande réforme de ses radios. J’ai été retenu comme directeur de VivaCité, la nouvelle radio qui a succédé en février 2004 à Fréquence Wallonie et Bruxelles Capitale.
Je suis toujours dans cette fonction, alors que VivaCité va fêter ses 10 ans en 2014…

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la radio ? Pourquoi avoir choisi cette voie ? 

La radio est une passion qui remonte à mon adolescence : quand j’avais 14 ou 15 ans, je m’amusais à animer dans mon grenier des émissions dont j’étais le seul auditeur. Je mixais des vinyles (il n’y avait pas encore de CDs à l’époque !) et des jingles radio enregistrés sur des cassettes audio, en superposant ma voix avec un micro de fortune. Je n’imaginais pas à l’époque qu’un jour j’en ferais mon métier…

La radio est un média d’une grande souplesse, qui permet de partager avec des milliers de personnes, dans un relatif anonymat, des passions, des émotions ou des centres d’intérêt : cette « magie » de la radio et sa puissance évocatrice / mobilisatrice sont sans doute les éléments qui m’ont séduit.


En quoi consiste votre travail au quotidien en tant que directeur? 

C’est une question que mes filles me posent souvent : mais que fais-tu toute la journée, à part être en réunion !?
En fait, le rôle du directeur d’une radio est de coordonner les différents services qui lui permettent de fonctionner : l’antenne (animation & info), la technique, la promotion, la gestion du personnel, les budgets… Il faut avoir en permanence un œil sur ces différents services et arbitrer au quotidien des choix stratégiques ou opérationnels : ok sur tel partenariat ? Sur tel animateur ou telle séquence / émission ? Sur telle campagne de pub ? Sur tel investissement ? Etc.

 

Quels sont les autres professionnels qui composent votre équipe et leurs tâches ? 

Le staff de base d’une radio comme VivaCité (qui emploie +/- 150 personnes) est constitué de :
- Un chef d’antenne (en charge de la gestion des émissions et des animateurs / assistants, de la production, de la programmation musicale, de la conduite pub, etc.). 
Vu l’ampleur de ce poste, le chef d’antenne est lui-même assisté de différents adjoints qui supervisent ces différents domaines, sous son contrôle.
- Un chef de rédaction : il est responsable de l’information sur VivaCité.
- Un responsable technique, épaulé par un adjoint : ils supervisent toutes les questions techniques, la planification des techniciens, mais aussi toutes nos émissions en extérieur (qui nécessitent des visites techniques préalables, des commandes de lignes et de matériel, etc.)
- Une responsable promo & communication : c’est elle qui rencontre les partenaires potentiels de la radio, s’assure des contreparties en visibilité qui nous sont octroyées en échange de notre soutien publicitaire. C’est elle aussi qui chapeaute la rédaction de notre newsletter, qui sélectionne notre merchandising, organise nos conférences de presse, etc.
- Un responsable RH et Budget : il contrôle à la fois les budgets de la chaîne et l’ensemble des problèmes RH (Ressources Humaines) : maladies, conflits, etc.
 

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre métier ? Le moins ?

Le plus appréciable est de travailler dans le monde des médias, un milieu en perpétuel mouvement. Et de gérer toutes les facettes d’une radio : car si l’auditeur a l’impression que tout arrive sur antenne de manière spontanée et naturelle… il y a en fait une majorité des équipes qui travaillent en coulisses pour faire en sorte que tout se déroule pour le mieux.
Enfin, l’aspect créatif (trouver de nouvelles idées d’émissions, surfer sur les tendances du moment, tenter de cerner les goûts des auditeurs…) et la remise en question permanente sont des aspects qui me plaisent particulièrement.

Le moins plaisant ? Sans doute la résolution des conflits occasionnels (inévitables dans une équipe de 150 personnes) et les aspects plus administratifs…

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ? 

Une des difficultés du service public est sans doute une certaine lourdeur de fonctionnement : même si cet aspect a profondément évolué depuis 10 ans (les circuits de décision ont été grandement simplifiés), tout changement fondamental doit être négocié avec les organisations syndicales…
Pour le reste, la concurrence entre radios publiques et privées est plus forte qu’auparavant, il faut donc sans cesse être vigilant et pouvoir se remettre en question.
 

La pression est-elle importante lorsque l’on occupe ce poste ? 

Il est clair que la pression peut être forte dans certaines circonstances (de mauvais chiffres d’audience, des tensions avec les syndicats ou au sein du personnel… par exemple).
Mais le fait d’avoir constitué au fil des années un staff solidaire et à qui je peux déléguer en confiance permet de franchir ces caps plus difficiles.

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ? 

Il faut tout d’abord avoir acquis une certaine crédibilité / légitimité à occuper ce poste, ce qui s’acquiert au fil des années et des expériences. Il faut ensuite rester créatif. Enfin il faut pouvoir se placer au-dessus des conflits personnels et rester autant que possible honnête et équitable dans ses relations avec les autres…

Votre métier a-t-il évolué au cours de ces dernières années ? Si oui, de quelle façon ?

Le média radio a fortement évolué depuis 10 ans : avec le développement d’internet et des réseaux sociaux, l’auditeur ne se contente plus d’écouter des experts qui lui délivrent la bonne parole ou leur savoir. L’auditeur veut participer, être entendu, donner son avis, parler de ses expériences personnelles… Bref, l’auditeur est devenu actif et exigeant par rapport à sa radio. De même, le ton a évolué : exit les animateurs trop mielleux ou trop consensuels, place aux personnalités sur antenne, ceux qui s’engagent et parlent vrai avec les auditeurs.

Les métiers de la radio ont également radicalement évolué – et vont encore le faire dans les prochaines années : un animateur, un technicien ou un journaliste ne se contente plus de jouer son rôle habituel. Il doit maîtriser internet et les réseaux sociaux, doit enrichir son contenu audio avec des images et du texte, doit interagir avec les auditeurs. Son travail est en quelque sorte démultiplié, prolongé bien au-delà de la seule émission écoutée sur antenne.

Et la mutation de la radio, qui va progressivement quitter la bande FM au profit du numérique, va amplifier ces changements : les transistors du futur auront sans doute un écran, sur lequel il faudra bien afficher quelque chose (une carte météo, la pochette des morceaux diffusés, des sms, etc.). Ce sera aux équipes radio à gérer ces nouveautés.

Et sans doute l’évolution des technologies nous réserve-t-elle encore bien d’autres surprises, qu’on a peine à imaginer aujourd’hui, mais auxquelles la radio devra bien s’adapter ! 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans ce milieu ?

Avant tout de conserver ou développer sa propre personnalité : il est essentiel de ne pas se laisser « formater », de ne pas se fondre dans un moule anonyme. Maîtriser les « techniques radio » de base est essentiel, mais il faut ensuite pouvoir en sortir et innover.

Ensuite, d’acquérir un maximum d’expérience, sur tout type de radio : c’est en pratiquant le micro qu’on devient un bon animateur, c’est en mixant des émissions qu’on devient un bon technico-réalisateur, c’est en investiguant qu’on devient un bon journaliste…

Enfin, d’écouter beaucoup la radio (les radios) pour s’en imprégner, en comprendre la richesse et la diversité…

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.