Eric Nicolas, Eco-conseiller

Interview réalisée en janvier 2005

Interview de Eric Nicolas, directeur de l'institut Eco-conseil (www.eco-conseil.be)

Comment êtes-vous parvenu à votre fonction actuelle ?

Je viens du fond du Luxembourg ! Bien qu'issu d'une famille paysanne, j'ai aussi été marqué par les paysages industriels de ma région. J'ai obtenu un diplôme d'ingénieur des mines à l'ULB, puis j'ai commencé ma vie professionnelle à Liège dans les aciers spéciaux. J'ai ensuite été envoyé en Bolivie comme coopérant. Là, j'ai pris conscience de l'impact des activités industrielles sur la santé humaine et sur l'environnement. En rentrant en Belgique, je suis devenu éco-conseiller, d'abord en tant que formateur de salariés à la sécurité puis à l'IBGE (Institut Belge pour la Gestion de l'Environnement) où j'ai travaillé sur les problèmes de nuisances sonores. Depuis 2000, j'occupe le poste de directeur de l'Institut Eco-conseil.

Il est difficile d'obtenir des chiffres globaux sur les emplois dans le domaine de l'environnement en Belgique. En avez-vous pour ces généralistes de l'environnement que sont les éco-conseillers ?

Nous avons formé, à ce jour, 400 éco-conseillers, la moitié de femmes, la moitié d'hommes. Environ 35 personnes sortent diplômées chaque année et 90% trouvent un emploi dans l'année. Un quart d'entre elles travaille dans les administrations communales, un quart dans les autres administrations publiques, régionales et fédérales, un quart est recruté par les associations et le dernier quart travaille dans le secteur privé, entreprises, fédérations d'entreprises et bureaux d'études. Autant dire que le contenu de leurs postes varie énormément. Leurs rémunérations aussi d'ailleurs car il n'y a pas réellement de barème. Les éco-conseillers du privé sont plutôt rémunérés en fonction de leur diplôme de base. Dans les associations et les administrations, ils sont considérés comme du personnel de niveau 1, mais les salaires ne suivent pas forcément. Tout dépend de leurs structures et de leurs situations financières...

Le secteur économique de l'environnement et du développement durable vous paraît-il dynamique en Belgique ?

Les bureaux d'études, en général spécialisés dans l'un ou l'autre aspect tels que la pollution de l'air, le traitement de l'eau, les énergies renouvelables, ne sont pas actuellement débordés de commandes. Pour financer leurs recherches et trouver des subsides, ils doivent être dûment agréés par le ministère régional de l'environnement. En revanche, nous observons un foisonnement d'associations, indépendantes ou regroupées en fédérations. Elles ont pour caractéristiques d'être proches du terrain, très réactives et à l'écoute des besoins des citoyens. Par ailleurs, la dimension environnementale est de plus en plus prise en considération même dans les petites entreprises. C'est ainsi qu'une cellule d'éco-conseillers leur est spécialement dédiée pour les aider à mettre en place des systèmes cohérents de management environnemental. Elle est très souvent sollicitée.

Vous dirigez l'Institut Eco-conseil depuis cinq ans. Notez-vous une évolution des comportements chez les particuliers en matière d'environnement ?

La sensibilisation des citoyens aux problématiques environnementales se concrétise. Une illustration : les instances fédérales ont financé des campagnes d'envergure, dans les écoles notamment, pour inciter les particuliers à mieux trier leurs déchets. Et, aujourd'hui, la Belgique se trouve dans le peloton de tête européen en ce qui concerne non seulement le tri mais aussi le taux de recyclage des déchets. Un nombre non négligeable d'entreprises du secteur de l'économie sociale s'y sont mises. Elles créent des emplois en recyclant des vêtements, des meubles, de l'électroménager... Elles sont soutenues par les Pouvoirs Publics. Les Belges sont plutôt en avance sur leurs voisins français : ils ont même rattrapé les Allemands !

Et du côté des entreprises ?

Les petits entrepreneurs aussi bien que les industriels se rendent compte que leurs efforts pour mieux gérer l'impact environnemental de leurs activités se révèlent rentables et valorisants aux yeux du public. Environ 150 entreprises ont adopté les principes de système de management environnemental intégré (c'est-à-dire prenant en compte à la fois l'environnement, la qualité, la sécurité, les finances et les ressources humaines). Elles ont obtenu leur certification internationale ISO 14001 et l'enregistrement européen EMAS : elles répondent donc aux exigences du marché intérieur, européen et mondial. Là aussi, la Belgique a une longueur d'avance sur ses voisins.

Etes-vous aussi positif dans des secteurs comme l'énergie, la mobilité ou l'aménagement du territoire ?

Il est clair que la Belgique est plutôt à la traîne ou en panne dans ces secteurs ! Ses mauvaises performances s'expliquent plus par un manque de soutien financier et d'engagement des politiques que par incompétence ou absence de créativité dans les bureaux d'études ou les entreprises. Citons en vrac quelques dossiers. En ce qui concerne les économies d'énergie dans les bâtiments, nous sommes loin derrière les Allemands avec leurs « maisons passives » qui consomment 10 à 20 fois moins de combustible que les constructions traditionnelles.

En matière de mobilité et d'aménagement du territoire, c'est la catastrophe ! Les villages sont trop éclatés, on autorise les habitants à s'installer loin de toute infrastructure et de transport collectif, on ne crée pas assez de quartiers piétonniers dans les villes etc. Bref, la voiture est encore omniprésente sur notre territoire ! Autre mauvais point : les Belges ont été montrés du doigt par les instances européennes pour leur non-application des directives sur l'eau. Alors que la pollution des eaux, aussi bien en surface qu'en sous-sol, est notoire. Il s'agit même d'un véritable « stress hydrique » notamment dans le nord du pays.

On peut donc penser que de nouveaux emplois devraient être créés pour améliorer la situation dans ces différents domaines ?

Pour le moment, les emplois se développent plutôt dans les secteurs technologiques liés aux déchets professionnels et à « l'éco-construction », depuis la mise au point de nouveaux matériaux jusqu'à la réalisation de bâtiments selon des principes rigoureux d'isolation énergétique et phonique. De nouveaux savoir-faire sont nécessaires, aussi bien au stade de la conception que de la réalisation effective des constructions. Autre terrain d'action : le management du risque dans les entreprises. Je souhaite que les éco-conseillers s'attaquent à de nouveaux chantiers. Par exemple, dans les groupements d'entreprise, les centres commerciaux ou encore le secteur de la grande distribution.

Quel est le profil de l'éco-conseiller et plus généralement des personnes qui travaillent dans le secteur de l'environnement et du développement durable ?

Il y dix ans, ils se sentaient avant tout « militants » pour sauvegarder la planète. Aujourd'hui, tout en se reconnaissant acteurs de changement investis d'une mission sociétale de plus en plus reconnue, ils ont perdu la fougue des débuts. Leur engagement est plus réaliste, plus mesuré. C'est peut-être un signe de maturité. L'heure n'est plus à la contestation mais à la concertation avec toutes les parties prenantes. Et à l'action.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.