Eric Saintrond, Dirigeant sportif

Interview réalisée en décembre 2008

Ancien président d’un club de In-line hockey, Eric Saintrond occupe aujourd’hui un poste à hautes responsabilités au sein de la Fédération Internationale du Sport Universitaire (FISU) dont le siège est basé à Auderghem.

Avant d’occuper le poste qui est le vôtre actuellement à la FISU, vous avez longtemps été le président d’un club de roller in-line hockey.

De fait, je travaillais déjà au sein de la FISU depuis 1985 mais parallèlement je consacrais une bonne partie de mes loisirs et mes week-ends à gérer le club des Wolves Charleroi que j’ai fondé en 1995 avec des amis passionnés comme moi de hockey. Cette discipline, plutôt récente puisqu’elle n’est apparue que dans les années 90, a connu un développement phénoménal partout dans le monde. Il existe une équipe nationale et un championnat de Belgique qui rassemble des équipes francophones et flamandes dans quatre catégories juniors (-12 ans, -14 ans, -16ans, -18-20 ans) et dans trois divisions seniors (D2, D1 et division d’honneur). Le club des Wolves est rapidement devenu le plus important du pays avec ses 150 membres. Dès le début, nous avons axé notre politique sur la formation des jeunes. Les joueurs qui aujourd’hui défendent les couleurs des Wolves en division d’honneur sont d’ailleurs pour la plupart issus de notre école. Le club a remporté de multiples titres de champion et ce dans toutes les catégories d’âge et de division.

En tant que président, quelles étaient vos tâches ?

Le comité était très restreint, à savoir trois personnes : une secrétaire, un directeur technique et moi-même. Nous nous répartissions le travail. Quand on s’occupe d’un « petit club » comme celui-là, on fait tout ! Et avec le développement de ce sport et le nombre d’affiliés qui n’a cessé de croître, les tâches sont devenues de plus en plus nombreuses. En tant que dirigeant, la principale d’entre elles consistait à assurer la bonne santé financière du club. Cela passait notamment par des contacts permanents avec les responsables du centre ADEPS qui nous héberge, payer les charges… Je devais aussi coordonner l’activité de chacun des membres du comité mais aussi des bénévoles : en prévoir certains pour accompagner telle ou telle équipe, d’autres pour officier à la table d’arbitrage… Une autre de mes tâches consistait à trouver des sponsors, des partenariats pour pouvoir équiper nos joueurs et leur fournir le matériel adéquat. J’exerçais aussi une fonction de représentation auprès de la Fédération de In-line et auprès des pouvoirs politiques. Bref, j’exerçais une multitude de petites tâches qui me prenaient un temps fou. Souvent au détriment de ma vie de famille. Mais d’un autre côté, j’ai obtenu de très nombreuses satisfactions sportives avec les nombreux titres de champion de Belgique et les participations aux coupes d’Europe et humaines avec toutes les personnes que j’ai pu rencontrer. Ce que j’adorais tout particulièrement, c’était d’être en contact direct avec les membres du club, les bénévoles, les parents… Bref tout ce qui fait la vie d’un club sportif.

Quelle était la plus grosse difficulté à laquelle vous avez été confronté en tant que dirigeant de ce club ?

Assurer la promotion du club car le In-line hockey est encore une discipline relativement méconnue. Heureusement, nous avons décidé de confier les « relations presse » à un de nos membres. Il a fait un superbe boulot. Cela nous a permis de bénéficier d’un soutien massif de la presse locale et même de la RTBF qui est venue faire des reportages sur nous. De ce fait, nous jouissions d’une certaine crédibilité. Ainsi, petit à petit, nous avons pu nous faire connaître auprès du public mais aussi des pouvoirs politiques, peu enclins à aider des petits clubs comme le nôtre. La question « finances » était régulièrement inscrite à l’ordre du jour : j’avoue avoir mis pas mal d’argent de ma poche pour que le club puisse se fournir en matériel. Pas mal de dirigeants font de même.

Quand vous avez été nommé Secrétaire général de la FISU, vous n’avez pas hésité à quitter votre poste de président des Wolves ?

Mes nouvelles responsabilités au sein de la FISU allaient encore m’occuper beaucoup plus. Je n’allais plus pouvoir consacrer autant de force, de temps et d’énergie aux Wolves. Je n’avais plus le temps d’aller aux matchs, d’aller aux soupers… Bref, tout simplement d’être présent. Il valait mieux, pour le club et pour moi-même, que je cède la présidence à quelqu’un d’autre. Pour moi, un dirigeant se doit d’être présent au maximum dans son club. Et je ne pouvais manifestement plus l’être aussi souvent que
par le passé. Le choix s’est donc imposé de lui-même.

Pouvez-vous nous parler de la FISU et de ses activités et nous raconter comment vous en êtes devenu le Secrétaire général ?

La FISU a été fondée en 1949. Elle a pour objet de promouvoir et d’organiser des compétitions sportives amateurs au niveau mondial pour les étudiants des universités et élèves des établissements d’enseignement supérieur. Elle a son siège à Auderghem, au château de la Solitude, et est membre de l'Association générale des fédérations internationales de sports. La FISU comprend une assemblée générale qui représente les membres des fédérations sportives universitaires de 144 pays. Cette assemblée élit un Comité Exécutif pour une période de quatre ans. Sa mission est la supervision des Jeux Universitaires d’hiver et d’été ainsi que des championnats du monde universitaires :

  • les Jeux Universitaires sont organisés tous les deux ans dans une ville différente. Ceux d’été comprennent 12 sports (athlétisme, basket-ball, escrime, football, gymnastique, judo, natation, plongeon, water-polo, tennis de table, tennis et volley-ball) et d’autres sports optionnels choisis par le pays hôte. Le record de participants a été établi aux jeux de Bangkok en 2007 (9000) et nous avions 18 sports au programme ;
  • les Jeux Universitaires d’hiver, qui se déroulent aussi tous les deux ans, comprennent quant à eux huit disciplines (ski alpin, ski nordique, snowboarding, curling, hockey sur glace, patinage short-track, patinage artistique et biathlon) et trois autres optionnelles choisies par le pays hôte. Le record a aussi été établi en 2007, à Turin, avec 2500 participants ;
  • les championnats mondiaux universitaires sont organisés tous les deux ans dans une multitude de disciplines : tir à l’arc, badminton, baseball, beach volley, bridge, échecs, cross country, cyclisme, équitation, orientation, voile, tir, triathlon, squash, taekwondo, ski nautique… 

En 2008, la FISU a supervisé l’organisation de 32 championnats du monde pour un total de 6000 athlètes. Avant d’être nommé secrétaire général, j’ai exercé différentes fonctions à la FISU. Depuis l’Assemblée Générale de Bangkok en 2007, la fonction de Secrétaire général n’est plus un poste élu et c’est ainsi que j’ai posé ma candidature au même titre qu’une cinquantaine d’autres postulants du monde entier. Pour que celle-ci soit prise en compte, il fallait avoir une expérience d’une dizaine d’années dans le management d’événements sportifs. Au terme d’une première pré-sélection j’ai été retenu parmi les trois finalistes dont un anglais et un suisse. C’est finalement après la séance d’interview que le Comité Exécutif m’a confié ce poste le 27 octobre 2007.

Et quelles sont maintenant vos tâches précises ?

Elles sont multiples. Je me suis vu confier par le Comité Exécutif la responsabilité du management et la gestion courante des activités de la FISU tout en veillant à maintenir la philosophie de l’organisation et à être en concordance avec les missions qu’elle s’est fixée à sa création. Avec le comité financier, je dois superviser la collecte de fonds, établir des stratégies pour accroître les finances. J’informe le Comité directeur de tous les développements, problèmes ou autres activités concernant la FISU et je prends des initiatives pour améliorer son fonctionnement. C’est aussi à moi de recruter du personnel compétent et de définir clairement leur travail. Aujourd’hui, le staff de la FISU à Auderghem comprend 17 personnes, moi inclus. Même si elle est confiée en grande partie aux organisateurs des événements, la promotion générale de la FISU et de ses activités est également de mon ressort. J’ai ainsi signé un contrat avec des chaînes de télévision désireuses de retransmettre des compétitions. Les derniers Jeux à Bangkok ont ainsi bénéficié d’une couverture télévisuelle de 700 heures sur les onze jours.

A quelles difficultés majeures êtes-vous confronté à la FISU ?

La FISU doit s’assurer que les villes choisies pour accueillir les grands événements que sont les Jeux Universitaires et les championnats du monde soit prêtes le jour J. Et de nombreux imprévus en tous genres peuvent survenir. Je me souviens qu’il y a eu un coup d’état en Thaïlande huit mois avant les Jeux qui devaient se tenir à Bangkok. Il a fallu que l’on renégocie avec les nouvelles autorités. Il faut savoir que nous attribuons l’organisation des Jeux minimum six ans à l’avance. La situation dans les pays que nous choisissons peut considérablement changer dans ce laps de temps. Ce qui nous est arrivé en Thaïlande en est le meilleur exemple. D’un point de vue personnel, il est clair que mon mode de vie a totalement changé. Je vois beaucoup moins ma famille. Depuis que j’exerce cette fonction à la FISU, j’ai déjà fait à cinq reprises le tour du monde. C’est une fonction fatiguante et exigeante mais extrêmement passionnante !

Quelles qualités faut-il avoir pour être un bon dirigeant ?

Que ce soit pour une petite ou une grosse structure, elles sont les mêmes, à savoir bien répartir les tâches et les confier aux personnes adéquates. Il faut forcément bien s’entourer. Il ne faut pas vouloir tout contrôler mais plutôt superviser. Un dirigeant doit savoir déléguer. Il est aussi important qu’il veille à ce que chaque membre de son comité ou staff puisse s’épanouir dans sa fonction.

Les Jeux Universitaires pourraient-ils être un jour organisés en Belgique ?

Pourquoi pas ? Nous possédons à Bruxelles et dans d’autres grandes villes de notre pays les infrastructures sportives adéquates pour ce type de manifestation. Nous pourrions aussi profiter de cet événement pour en rénover d’autres. Le seul problème réside dans le logement des athlètes. Mais c’était également le cas lors des Jeux d’Izmir et ceux à venir de Belgrade. Nous pourrions peut-être construire de nouveaux bâtiments qui serviront ensuite à la population locale comme ce fut le cas en Turquie et comme ce le sera en Serbie.

Que diriez-vous au gouvernement belge pour le convaincre d’accueillir sur notre territoire ces Jeux ?

Ces Jeux Universitaires sont le deuxième événement mondial d’un point de vue du nombre de participants après les Jeux Olympiques. Des grands noms du sport international, et pas des moindres, y ont participé. Seuls nos Jeux Universitaires et les Jeux Olympiques permettent de rassembler autant de personnes, en l’occurrence des étudiants, en un même endroit. Ces événements sont donc un formidable lieu d’échange. Par ailleurs, le coût est sans commune mesure avec celui des Jeux Olympiques ou d’autres gros événements sportifs.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.