Eve-Marie Vaes,
Secrétaire de rédaction

Eve-Marie Vaes (33 ans), secrétaire de rédaction au magazine «Victor» www.lesoir.be 

Supplément hebdomadaire du journal «Le Soir», le magazine polysensuel «Victor» trouve son originalité dans le ton et l'approche des sujets. Nous avons rencontré celle qui fut la secrétaire de rédaction de ce magazine afin qu'elle nous parle de son métier.

Pourriez-vous présenter brièvement le magazine «Victor» ?

En termes de diffusion, le journal «Le Soir» du groupe Rossel est le premier quotidien francophone. C'est une publication généraliste et laïque qui comporte six suppléments hebdomadaires. Les sujets abordés dans Victor sont assez variés et tiennent plus de l'air du temps que de l'actualité proprement dite puisque les délais de bouclage sont de deux à trois semaines, délais qui permettent peu de souplesse vis-à-vis de l'actualité.

En quoi votre fonction consiste-t-elle ?

C'est avant tout un rôle de coordination : des journalistes bien sûr (pour décider des sujets), mais aussi des photographes, des illustrateurs, des graphistes... Nous discutons de la meilleure manière de mettre un article en valeur, d'avoir une mise en page originale, du nombre de pages à lui consacrer, de la photo ou illustration à ajouter. Il est important de bien briefer tous ces intervenants afin de garder une certaine cohérence dans le ton, le style, les idées, les témoignages.

Il faut également que je collecte les textes des journalistes afin d'y opérer un travail de correction : je vérifie si l'article correspond bien à ce qui a été demandé, je refais quelquefois le titre, le chapeau, l'attaque, la chute, les intertitres. Je dois également redimensionner les textes suivant leur emplacement dans la page, le nombre de caractères, la taille des titres, la présence éventuelle d'une publicité... Je dois être exigeante quant aux corrections afin de préserver la qualité du magazine.

Une fois les articles mis en forme, je les intègre dans le chemin de fer. Chaque rubrique, dossier et publicité doit y trouver une place harmonieuse en fonction des contraintes de place, de dates, de budget et de publicités. Les pages du journal sont donc organisées selon la place disponible et l'importance accordée à chaque information.

La fonction de secrétaire de rédaction permet-elle d'aller régulièrement sur terrain ?

Non. Tout se passe au bureau, et le téléphone sonne tout le temps !

J'écris encore de temps en temps pour «Victor» afin de «garder la main» et ne pas me couper complètement de la réalité.  Cela entretient également la crédibilité qui me permet de bien gérer les équipes.  Mais quand j'écris, c'est après 20 h ou le week-end !

Comment gérez-vous le stress ?

C'est un stress qui est plus lié à la masse de travail qu'à une obligation de résultat quotidien. Le travail ne s'arrête jamais : les dossiers sur la Saint-Valentin sont préparés en décembre, tandis que ceux de Pâques le sont à la Saint-Valentin. Plusieurs numéros sont traités simultanément. Nous travaillons aussi les jours fériés parce que fête ou pas fête, il faut cinq jours pour fabriquer «Victor» qui lui, ne fait pas le pont et sort chaque semaine, point à la ligne. C'est un stress diffus mais constant. Pour diminuer le stress et écarter les aléas il faut absolument de la rigueur, une intransigeance et une organisation sans faille.

Quel est votre parcours scolaire ?

A 12 ans, je voulais déjà être journaliste : je suivais l'actualité en lisant le journal régulièrement. C'était mon dada. Après avoir fait les candidatures en droit à Saint-Louis, j'ai fait la licence en journalisme à l'ULB. Je pense que les études universitaires sont nécessaires parce que le journalisme c'est, avant tout, une démarche intellectuelle, une ouverture d'esprit, un bouillonnement d'idées et que l'université est l'endroit par excellence pour apprendre ce genre de choses.

Quel est votre parcours professionnel ?

Au cours de ma deuxième licence, j'ai fait un stage au service jeunesse de la RTBF. Six mois plus tard, j'ai participé au casting de l'émission «Génies en herbe»... que j'ai présentée pendant sept ans. Même schéma au journal «Le Soir» où j'ai commencé à collaborer à «Eco-Soir» à l'issue d'un stage au service économique. J'ai commencé par écrire un article par semaine et petit à petit j'ai animé une rubrique qui portait sur la consommation, la publicité et le marketing. Progressivement on m'a proposé de faire des tâches de secrétariat de rédaction. Quelques années plus tard, j'ai été engagée pour lancer le magazine «Victor» que j'ai co-animé pendant trois ans.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait exercer cette fonction ?

Avant tout, bien se renseigner sur le métier que l'on veut exercer. Trop de jeunes se lancent dans des études et une profession qu'ils connaissent mal. Les stages d'observation dans les entreprises permettent de voir comment cela se passe véritablement, de discuter avec des professionnels, d'avoir une vision claire du fonctionnement et des contraintes réelles. Etre secrétaire de rédaction n'est ni idyllique (pas de reportage aux quatre coins du monde ni de rencontres avec des stars) ni un métier alimentaire : on vide ses tripes tous les jours et il ne faut vraiment pas se tromper de voie. Il ne faut pas non plus lésiner sur la formation. Etre journaliste à 22 ans, c'est difficile, il faut une certaine maturité.

D'autre part, les stages sont indispensables afin d'avoir déjà une expérience de la profession. C'est l'occasion pour le stagiaire de découvrir comment cela fonctionne de l'intérieur, de prouver sa motivation, sa débrouillardise, ses réactions face au stress. Dans mon parcours professionnel, les stages ont été déterminants.

Auriez-vous une anecdote amusante à raconter ?  

Le peu de marge de manoeuvre dont nous disposons crée forcément beaucoup d'imprévus. Peu de temps avant le lancement de «Victor», alors que tout était quasi prêt et que la date de sortie était fixée, nous n'avions pas encore trouvé de nom pour ce magazine. Et cela devenait vraiment urgent. Finalement, nous optons pour le prénom du premier directeur du journal qui s'appelait Victor Rossel. Quel soulagement d'avoir enfin trouvé un prénom qui en plus revenait à la mode, sonnait bien, avait un beau graphisme... L'équipe chargée de la communication se met au travail et c'est alors qu'un magazine d'alimentation pour chiens qui s'appelait déjà Victor a menacé de nous réclamer des indemnités astronomiques. Finalement une solution a été trouvée, mais nous avons tous eu très chaud.

Quels sont les aspects positifs de votre fonction ?  

La diversité de tâches et la liberté dans le choix des sujets à traiter. C'est un métier en prise directe avec l'actualité et la vie quotidienne : on n'est jamais déconnecté. Etre au c'ur de l'action est passionnant. Il faut rester ouvert à tout afin de trouver sans cesse de nouvelles idées.

Quels sont les aspects négatifs de votre fonction ?  

Ce n'est pas facile d'être intransigeant à l'égard du travail des autres si on veut que les délais soient respectés, de devoir dire aux journalistes que leurs articles sont à refaire. Il y a peu d'élus et les salaires sont bas. Le stress ne s'arrête jamais.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.