Fabian Vervier, Improvisateur

Interview réalisée en avril 2011  —  Interview 934

Après avoir fait de l'impro à Bruxelles, Fabian a fondé l'Association Carolo d'Improvisation en 2003.

Pourriez-vous nous présenter votre association en quelques mots? Qu'est-ce que vous y proposez?


L’association existe depuis huit ans, bientôt neuf. Nous sommes présents sur Charleroi sous plusieurs formes. Dans le domaine du spectacle à proprement parlé, nous donnons une représentation une fois par mois à la Ruche Théâtre de Marcinelle. C’est véritablement la vitrine de l’association grâce à laquelle les jouteurs de l’association montrent le résultat de leur entrainement, de leur formation et donc, de leurs progrès. Nous donnons également des cours en soirée, trois fois par semaine. Nous travaillons beaucoup avec les maisons de jeunes car cela crée une bonne dynamique au sein de ces associations et au niveau de la ville également. Nous initions donc les personnes à l’improvisation en leur apprenant les différentes techniques qui doivent être mises en œuvre pour pouvoir bien improviser. Nous organisons également un festival international avec la Suisse, le Québec et la France (tournante tous les ans) qui attire beaucoup de monde. Nous avons aussi un service qui propose des animations, des spectacles, des évènements, etc. pour des entreprises. Ce service ne fonctionne pas uniquement avec les membres de l’association. Selon la demande, je fais aussi appel à mon réseau d’artistes ou d’acteurs pros ou semi-pros et je sers de relais à ces initiatives. 

En quoi consiste l'improvisation?

Il s’agit de construire, raconter, faire vivre une histoire entre deux personnes qui improvisent sur un thème donné, encadré par un arbitre qui est véritablement le garde fou d’une bonne improvisation. Par rapport à la thématique et aux contraintes données, les deux équipes ou improvisateurs ont vingt secondes avant de monter sur scène afin de mettre leurs idées en place et de trouver une piste pour commencer. Cela requiert une grande rigueur car il y a des fautes à éviter : manque d’écoute (infos déjà données, pas ou mal utilisées…), retard de jeu (l’histoire n’avance pas assez vite, on tourne en rond…), cabotinage (faire rire les gens exprès, sans apporter d’informations concrètes), fautes de « déjà vu » (l’improvisateur reproduit des choses déjà faites ou déjà utilisées dans d’autres situations comme les répliques d’un film par exemple), etc. La liste des fautes n’est pas exhaustive, je ne vous cite ici que les bases. Chaque faute sifflée apporte un point de pénalité pour l’équipe et une fois qu’elle accumule trois fautes, elle cède un point à l’autre équipe. Le public vote pour l’équipe plébiscitée à la fin de chaque improvisation qui peut durer vingt secondes comme elle peut durer dix minutes !

L’improvisation, ce n’est donc pas uniquement monter sur scène et faire rire les gens. C’est donner une information, aller le plus loin possible dans le jeu et ouvrir l’histoire au maximum. Il faut vraiment créer et innover tout en donnant du plaisir au public et à soi-même également.

Quelles sont les qualités à posséder pour être un bon improvisateur?

Outre la rigueur, je dirais la culture générale. C’est important de pouvoir parler un peu de tout, rebondir sur des informations que l’on reçoit. Il faut aussi être extraverti, être à l’aise avec soi-même, oser parler devant un public, avoir de l’aisance pour communiquer avec quelqu’un d’autre…Il s’agit pour moi des pré-requis. Le reste s’apprend, se travaille en coaching.

Qu'apprend-on pendant les coachings?

On apprend à créer des lieux, des personnages, à jouer sur l’émotion, le non verbal, les attitudes. Toutes ces techniques permettent de se mettre en zone de sécurité lorsque l’on monte sur scène et que l’on n’a pas forcément d’idée. On aborde ainsi une improvisation de manière plus concrète, de façon moins démunie. Comme dans la pratique d’un sport, il faut s’entrainer afin de créer des automatismes. Il y a des choses qui doivent se travailler, se répéter. Le fait de se réunir chaque semaine en groupe permet aussi de créer un esprit d’équipe, une cohésion.

C’est véritablement une formation continue. Même les improvisateurs les plus avertis ont besoin de continuer à s’entraîner.

Quel est votre parcours?

J’ai un graduat d’assistant social mais je n’ai jamais exercé dans le domaine. J’ai travaillé comme commercial chez Belgacom pendant six ans et cela fait sept ans que je suis account manager chez Canon. Je fais de l’impro depuis une bonne dizaine d’années maintenant. J’ai commencé à Bruxelles et deux ans après, j’ai fondé l’asbl à Charleroi. Cette activité me prend évidemment beaucoup de temps puisque je gère tout l’aspect administratif, les coachs, les abonnements, les spectacles, la promotion, les contacts avec la ville, la province, les demandes de subsides…

Peut-on vivre de ce métier?

Sans subsides, c’est très difficile. Certains y arrivent mais en donnant des cours dans les écoles par exemple. Ceci dit, il y a différents profils. Il existe des personnes comme moi qui ont un boulot et qui font de l’impro « à côté » et d’autres qui se lancent complètement dans l’aventure, peu importe les conséquences (notamment d’un point de vue financier) que cela implique. 

Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire de l'impro?

J’ai toujours été quelqu’un d’extraverti. J’ai découvert la discipline lorsque j’avais environ 20 ans, à la Doudingue à Waterloo, où les professionnels jouaient. Ca m’a plu mais je n’osais pas sauter le pas car je pensais que c’était destiné uniquement aux acteurs professionnels. Vers 25-26 ans, j’ai découvert qu’il y avait des possibilités en amateur. Je suis donc entré dans une association à Bruxelles et j’ai suivi les formations.

Qu'est-ce qui vous plait le plus dans le métier d'improvisateur?

J’aime la rencontre avec les gens de tous horizons, de profils différents. Dans l’impro, il n’y a pas de barrières, tout le monde est détendu. Au fil du temps, on fait connaissance et on découvre ces personnes de manière différente. Tout le monde apprend à s’apprécier, à se connaitre et des groupes d’amis se forment.

Et le moins?

L’administratif est un peu plus rébarbatif mais pourtant nécessaire pour que tout se mette en place correctement.  

Quels seraient les conseils que vous donneriez à un jeune qui voudrait faire de l'impro?

Il faut se lancer, faire le pas. Oser et croire en soi.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.