Fabienne Pyr, Zoothérapeute

Interview réalisée en décembre 2013

Quelles sont les activités réalisées par un zoothérapeute au quotidien ?

Ce sont des activités de stimulations visuelles, auditives, olfactives, sensorielles. Les patients nous sont référés par des centres spécialisés ou par des membres de leur famille.  Ces patients souffrent de troubles autistiques, de troubles de l’attachement ou de blessures psychologiques importantes.
 
La prise en charge a un but thérapeutique réel. Une visite préalable de la personne ou de l’équipe médicale qui nous réfère le patient est prévue. Le patient ne les accompagne pas lors de ce premier entretien. Nous identifions les lacunes qu’ils ne parviennent pas à combler avec la médecine conventionnelle. J’établis avec notre équipe un programme de soins spécifiques sous forme d’activités. Ce programme est ensuite proposé à l’équipe encadrant la personne référencée et à sa famille. L’établissement du programme de travail est une phase déterminante. Nous avons d’abord une phase d’observation de 4 séances. Ensuite, nous faisons le point pour voir s’il y a un intérêt à continuer et à persévérer dans ces activités. La difficulté avec les enfants à trouble autistique profond, c’est qu’ils ne savent pas s’exprimer oralement. Tout se passe dans le regard et dans les sensations. Les observations des éducateurs lorsqu’ils rentrent à l’institution sont précieuses. Ils nous donnent un retour et nous disent si l’enfant était apaisé, s’il dormait mieux, s’il était plus souriant, s’il se rapprochait plus des autres enfants ou des adultes.
 
Les séances se font de manière individuelle. Chaque patient est un cas individuel et unique, il n’y a pas de méthode. On reçoit le patient qui choisit lui-même son animal. Celui avec lequel il se sent le mieux. Cela peut être un lapin, un chien, un chat, un oiseau, une chèvre, un poney, un âne, etc. Il choisit celui avec lequel il se sent le plus à l’aise. Il choisit également l’éducateur ou l’éducatrice qui va le prendre en charge. C’est important de lui laisser le choix, de ne pas lui imposer quelque chose.
 

Quelle est votre formation ?

Je suis infirmière et je suis également moniteur sportif équestre.
    
La zoothérapie ne s’improvise pas, c’est une association de plusieurs professionnels. En Belgique, il n’y a pas de formation reconnue et spécifique. La première condition pour travailler avec les animaux est de s’associer à un vétérinaire comportementaliste. Parce que ces animaux, même un lapin, une chèvre, un chat ou un chien doivent être en ordre au niveau santé et doivent avoir suivi un dressage spécifique. Pour le bien-être animal, le comité d’éthique est très strict. Un animal qui est bien soigné, bien équilibré dans sa tête ne représente pas une source de danger. N’oublions pas qu’un chat griffe, un lapin griffe et mord, une chèvre donne des coups de tête, etc. Chaque animal a un potentiel à risque vis-à-vis des patients qu’il faut pouvoir maîtriser. Il faut également se soucier des pathologies liées à la zoonose. Ce sont des maladies dont l’animal peut être porteur et qui sont transmissibles à l’homme. Par ailleurs, pour encadrer le patient, avoir un diplôme paramédical est indispensable : éducateur spécialisé, infirmière, kiné, logopède, ergothérapeute, psychologue, médecin. C’est la base à avoir pour quelqu’un qui veut pratiquer la zoothérapie.
 

Quel est votre parcours professionnel ? Pourquoi avoir choisi la zoothérapie plutôt qu’une thérapie assistée par un seul animal ?

J’ai travaillé en milieu hospitalier en tant qu’infirmière. Je faisais du sport équestre de haut niveau mais un jour j’ai eu un accident de travail qui m’a contrainte à arrêter. Je me suis alors orientée vers des choses plus « théoriques » : la relation, ce que peut apporter un animal (à l’époque essentiellement des équidés). J’étais également moniteur équestre mais je ne voulais plus enseigner l’équitation dans un contexte traditionnel. Un jour on m’a demandé de remplacer quelqu’un dans un contexte d’hippothérapie. J’ai dit que je n’avais aucune expérience mais j’ai accepté le remplacement. J’ai trouvé la relation avec ces patients tellement riche et extraordinaire ! Tellement valorisante pour moi aussi ! On fait quelque chose d’unique. On donne une partie de soi-même et on reçoit beaucoup en échange aussi : le sourire d’un enfant, une accolade, le bonheur des parents, les larmes de joie des parents en fin de séance. On a travaillé avec un enfant diagnostiqué autiste profond. En théorie, il n’arriverait jamais à sortir de son état végétatif. Et pourtant, cet enfant  s’est mis à parler grâce à « grosse noisette » qui est un cheval extraordinaire. Ce sont des choses uniques qu’on a la chance de partager. Cela encourage à persévérer. C’est une passion.
 
Comme on était limités par les équidés, on s’est rendu compte que certains de nos patients avaient peur. Par hasard, j’avais un petit chien assez amusant et parfois quand je demandais à l’enfant « avec qui vas-tu t’occuper aujourd’hui ? » Il me disait « Lola ». Il n’avait pas d’intérêt pour les équidés mais bien pour d’autres animaux comme mon chien ou mon chat et je me suis dit « pourquoi pas » ! L’enfant était plus spontané et on arrivait à faire le travail relationnel, le travail de stimulation du langage ou le travail sur l’estime de soi. Chez les personnes qui présentent des troubles de l’attachement ou des troubles autistiques, ces petits animaux passaient beaucoup mieux. Il faut savoir qu’une chèvre et un mouton se dressent très bien. Aussi bien qu’un chien.
 
Je vais décevoir beaucoup de personnes mais c’est impossible d’en faire sa profession comme activité principale parce que les coûts sont élevés pour faire de la zoothérapie correctement en bonne et due forme. En séance individuelle, il faudrait 19 patients par jour, 6 jours par semaine pour avoir un revenu correspondant à un mi-temps pour un indépendant. C’est la raison pour laquelle on a créé cette association : au départ « les chevaux du bonheur » et ensuite « la petite bergerie du cœur ». Cela fait 13 ans qu’on est tous bénévoles sinon ce serait impossible de faire quelque chose de correct. Cela demande un investissement financier, un investissement physique (être présent, prester beaucoup d’heures) et une formation complexe. Un animal exige des soins toute l’année 7 jours sur 7 pour le gérer, l’entretenir, le préparer, veiller à son bien-être, à son confort et à son entrainement spécifique.
 
Pour les fermes pédagogiques c’est différent car il n’y a pas d’ambition thérapeutique. Ce sont des ambitions de loisir et de bien-être. Des subsides sont octroyés aux propriétaires ou aux exploitants de fermes qui reçoivent des classes ou qui organisent des stages. 
 
Je m’intéresse aussi aux personnes âgées dans les homes. Il y a un nouveau décret qui est passé et ils doivent avoir des activités d’ergothérapie. Avec le professeur Misson, on souhaite y intégrer de la zoothérapie. Les effets bénéfiques du chat ont été prouvés pour les personnes qui ont des troubles cardiaques. Dans les troubles d’Alzheimer, il y a un effet bénéfique sur la mémoire pour renouer un contact avec la vie. Et donc, on a voulu lancer ces activités en maison de repos. Il y avait une association appelée « Cœur à cœur » qui voulait introduire des chiens dans une institution mais ils ont abandonné. Il y a beaucoup de freins : il fallait un local technique, que le personnel médical accepte et soit collaborant, ils n’ont ni le personnel ni le temps, beaucoup d’institutions se retranchent derrière la législation qui interdit d’avoir des animaux en institution à cause du risque de zoonose. Or, il y a une demande.  
 
Actuellement, en parallèle au bénévolat en zoothérapie, je suis cavalière et entraîneur. Je ne travaille plus en milieu hospitalier. 
 

Quelles sont vos motivations ?

C’est un choix de vie. Se consacrer quelques heures par semaine à ces activités, c’est mettre à disposition de personnes défavorisées ou malades, nos connaissances et compétences dans les domaines concernés. C’est également apporter un mieux-être aussi bien aux personnes qu’aux animaux. Ce sont souvent des animaux qui allaient être euthanasiés ou envoyés à la boucherie mais qui étaient en bonne santé. Apporter du bonheur aux personnes défavorisées, cela donne du sens à ma vie. 
 

Quel est l’horaire de travail avec les patients ?

On met en place des activités à partir de 9h et jusqu’à 17h. Les patients doivent retourner en institution et suivre des horaires spécifiques, les familles doivent rentrer à la maison pour assurer d’autres charges et d’autres enfants. Les parents doivent aussi assumer leurs obligations professionnelles.
 

Quelles difficultés rencontrez-vous dans votre pratique ?

La difficulté est législative et administrative. Il n’y a aucune réglementation et donc il y a des abus. Des personnes sont parfois confrontées à des institutions ou à des centres équestres qui rentabilisent leurs chevaux de manège et qui n’ont aucune compétence pour faire des séances à visée thérapeutique. Une journaliste qui a fait une enquête m’a relaté avoir vu des enfants attachés aux selles avec du papier collant à quinze les uns derrière les autres. Les parents payaient 40 euros la séance. Ils veulent ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants car c’est prouvé scientifiquement que l’hippothérapie fait du bien mais ils sont démunis. L’aspect commercial sans protection de la personne handicapée ou défavorisée est une porte ouverte aux abus. Malheureusement, actuellement en Belgique, quiconque a un vieux poney dans son jardin peut s’improviser hippothérapeute.
 
On a essayé de remuer ciel et terre avec l’appui de l’université de Liège, avec d’éminents professeurs de la faculté de psychologie. On a dit « attention, il faut des personnes formées, que cela se fasse en toute sécurité, dans des installations conformes et sécurisantes ». Mais l’Etat n’a pas d’argent et il n’y a pas de subsides. Généralement, ce sont de petites institutions qui se mobilisent. Par exemple, il y a plus de 20 ans, une association d’enfants mongoliens a créé  « La fermette ». C’est l’institution spécialisée elle-même qui organise en son sein des activités avec des ânes, des chèvres, etc. Ils ont ainsi des personnes diplômées qui encadrent les enfants. Evidemment, il faut avoir les moyens et le matériel pour le faire. Une institution installée au cœur de Bruxelles ne pourrait pas ouvrir une petite ferme pédagogique pour ses pensionnaires.
 

Quelles sont les qualités personnelles nécessaires pour exercer ce métier ?

C’est la disponibilité, l’envie d’apporter quelque chose aux autres, d’apporter une relation supplémentaire qu’on ne sait pas rencontrer dans un milieu hospitalier classique. En zoothérapie, on a du temps à consacrer aux patients. 
 
Evidemment, il y a aussi la passion pour le bien-être et la relation avec les animaux. Il faut également le courage et la détermination pour mener à bien ses objectifs.
 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite devenir zoothérapeute ?

De partir se former à l’étranger. En France, au Canada, en Suisse, en Angleterre, il y a des formations officielles diplômantes.  Ils vont en ressortir riches en connaissances et avec l’agrégation officielle reconnue au niveau européen pour exercer dans n’importe quel pays. On est en retard de 15 ans par rapport à ces pays.
 
C’est un métier qui se fait par passion et non par ambition financière. Quelqu’un qui est intéressé devrait d’abord s’inscrire comme bénévole dans des associations avant de partir se former à l’étranger. C’est une bonne école de vie. 
 
Officiellement, il n’existe que 2 ou 3 centres de zoothérapie en Belgique. Il existe également des fermes pédagogiques qui proposent un travail de qualité. Il faut appeler le responsable et demander s’ils accueillent des personnes à mobilité réduite et handicapées, s’ils ont besoin d’un soutien pour leurs activités ou leurs stages.
 
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.