Fabrice De Zanet,
Psychologue du sport

Interview réalisée en décembre 2008

Pour Fabrice De Zanet, la psychologie sportive permet de « favoriser l’accomplissement personnel et d’optimiser les performances sportives pour aider un athlète à atteindre le objectifs sportifs qu’il se fixe ». Il a déjà accompagné une septantaine d’athlètes.

Monsieur De Zanet, pouvez-vous nous rappeler votre parcours scolaire et professionnel ?

Je suis licencié en psychologie, diplômé de l’Université de Liège. A la fin de mes études, je me suis formé aux outils de la psychologie du sport et du coaching. En 2006, j’ai complété ma formation par un certificat d’hypnothérapeute Ericksonien auprès de l’Institut Milton Erickson de Liège.

Je suis reconnu comme psychologue du sport par la « Société Belge Francophone de Psychologie du Sport » (S.B.F.P.S.). Je suis également membre de l’« European Network of Young Specialists in Sport Psychology » (ENYSSP).

Ces dix dernières années, j’ai eu l’occasion d’apprendre et de développer mes méthodes et outils auprès des athlètes et entraîneurs avec qui j’ai collaboré. Depuis 1994, j’ai accompagné plus de 70 athlètes, la majorité d’entre eux évoluant au niveau international dans des disciplines très différentes telles que la course automobile, le badminton, le basket, le BMX, le bowling, la course d'orientation, le cyclisme, le VTT, l’équitation, l’escalade, l’escrime, le football, le golf, le handball, le jet-ski, le judo, la moto, la natation, le patinage artistique, le squash, le taekwondo, le tennis ou encore le tennis de table.

Mon parcours professionnel est aussi marqué par mon travail en tant que chercheur en psychologie organisationnelle. A l’heure actuelle, je mène des activités de recherche, de formation et de conseil dans le domaine des ressources humaines au sein de l’École de Gestion de l’Université de Liège (HEC-ULg).

Pour en revenir à mon job de psychologue sportif, je travaille en collaboration avec Xavier Lechien au sein de « Optimum coaching ». Je m’occupe plus particulièrement de l’accompagnement des athlètes et des entraîneurs tandis que mon collègue participe aux coachings d’équipes.

Selon vous, à qui s’adresse la psychologie sportive et comment la concevez-vous ?

Elle s’adresse aux athlètes, aux entraîneurs et aux équipes sportives. L’objectif final est de favoriser l’accomplissement personnel et d’optimiser les performances sportives pour aider un sportif à atteindre les objectifs qu’il se fixe. Plus précisément, le but est de dépasser les limites mentales que tout athlète a spontanément tendance à se construire et qui diminuent voire même empêchent sa performance. Ainsi, quiconque pratique son sport dans un but de performance est confronté à 4 défis majeurs : le défi de la compétition, de la préparation, de la confiance et de l’accomplissement personnel. En compétition, le défi est de se montrer plus fort que ses adversaires. Durant sa préparation, il tentera de se forger un mental de vainqueur. Acquérir la confiance en soi est fondamentale pour accomplir des performances. Il doit aussi être à même d’oublier l’échec éventuel pour ne pas hésiter à prendre des risques. Le cas échéant, il doit apprendre à vivre avec la défaite, la digérer et relativiser ses déconvenues. Enfin, via son sport, l’athlète cherche un accomplissement personnel. Il donne le meilleur de lui-même, fait éventuellement des sacrifices tout en veillant à maintenir son propre équilibre, qu’il soit familial ou autre.

Pour rencontrer ces quatre défis majeurs, je cherche à développer chez le sportif huit compétences :

  • l’action : la capacité à focaliser son attention et ses actions sur ce qui est nécessaire ici et maintenant pour obtenir une bonne performance ;
  • l’émotion : l’aptitude à utiliser ses émotions et non les subir. Certains athlètes ont en effet besoin de se mettre en colère ou d’avoir peur pour être performant. Il faut donc apprivoiser ses réactions ;
  • la progression : la propension à s’investir dans un travail à long terme de développement et d’entraînement des aptitudes physiques, techniques, tactiques et mentales ;
  • l’intensité : la volonté à s’entraîner avec une intensité élevée pour développer l’ensemble de ses aptitudes ;
  • le challenge : la capacité à envisager les incertitudes du sport et de la compétition comme des challenges ;
  • la résilience : la faculté à rebondir face aux difficultés ;
  • l’engagement : la capacité à donner du sens à son projet sportif et à s’y investir pleinement ;
  • l’équilibre : la tendance à mettre son investissement sportif en perspective.

Pour tendre vers l’excellence, chaque athlète doit adopter à l’entraînement, en compétition et dans sa vie quotidienne des attitudes et comportements d’athlète de haut niveau. En cela, la préparation mentale à la performance sportive ne peut se limiter à un ensemble de techniques.

Où avez-vous suivi des formations complémentaires pour devenir spécialisé dans le sport ?

Lorsque j’ai réalisé ma licence en psychologie (1994), il n’existait pas à proprement parler de formation en psychologie du sport en Belgique francophone. J’ai toutefois réalisé mon mémoire de fin d’études sur le thème de la gestion du stress dans le sport et cela a été le premier pas. Par la suite, j’ai suivi divers séminaires afin de développer mes compétences. Les lectures, les échanges avec d’autres professionnels, la participation à des conférences et bien évidemment le travail avec les athlètes et les entraîneurs ont largement contribué à ma formation.

Comment se déroule le coaching mental d’athlètes ?

Chaque psychologue a sa propre manière de travailler. Pour ma part, je propose dans un premier temps un coaching limité dans le temps, soit maximum dix séances. Celles-ci visent un objectif précis et doivent permettre à l’athlète de prendre conscience de comment le mental influence sa performance. Ce coaching permet déjà de mettre en place des stratégies pour optimiser ses performances. Dans un second temps, si l’athlète souhaite approfondir sa préparation, nous définissons ensemble de nouveaux objectifs et la formule la plus adaptée à ses besoins. Les séances durent généralement 45 minutes. Un coaching sur le terrain et/ou à distance est possible en complément du coaching en face-à-face. Je pratique également le coaching collectif. Il est organisé sous la forme de modules thématiques (d’une demi-journée minimum) qui combinent théorie et applications pratiques. Cette formule, concentrée dans le temps, s’adresse à plusieurs athlètes en même temps et peut être combinée à un coaching à l’intention des entraîneurs.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret de coaching individuel ?

Imaginons qu’un athlète souhaite améliorer la façon dont il gère une journée de compétition. On va travailler ensemble sur les différentes étapes à respecter pour arriver dans les meilleures conditions, tant physiques que mentales. On peut par exemple organiser son emploi du temps le jour de la compétition pour qu’il arrive détendu et reposé. On peut également préparer de manière plus précise l’heure ou les minutes qui précèdent la performance. Dans ce cas, on construit une routine où l’athlète va systématiquement poser les mêmes actes avant sa prestation. En fait, plus le temps de la performance est court (ex : un sprint) et plus la préparation doit être précise.

Utilisez-vous une technique de coaching particulière ?

J’utilise notamment l’hypnose. Une personne « sous hypnose » est complètement absorbée, concentrée par quelque chose. Par exemple, quand on lit un livre et qu’on ne voit pas le temps passer, on est dans un processus d’hypnose. C’est un état de concentration que les athlètes cherchent souvent à atteindre et à reproduire. J’utilise alors l’hypnose pour que le sportif parvienne à lever les obstacles qui l’empêchent d’être concentré à 100% sur son objectif. Attention : cela n’a rien à voir avec l’hypnosespectacle telle qu’on la voit à la télévision, il s’agit plutôt ici d’auto-hypnose, soit une technique que l’athlète va apprendre à utiliser de façon tout à fait autonome.

Comment travaillez-vous avec les entraîneurs ?

La plupart du temps, je pars de l’expertise de l’entraîneur. Nous réfléchissons ensemble à des comportements et attitudes qui lui permettront de rencontrer les défis de son métier. Ces sessions peuvent être individuelles et/ou collectives et peuvent également être combinées à un coaching individuel ou collectif avec un ou plusieurs de ses athlètes.

Et avec les équipes ?

Le but de ce coaching d’équipe est essentiellement de renforcer la cohésion. Il s’adresse aux sports collectifs et individuels où les athlètes doivent s’entraîner ensemble dans un esprit de progression commune. Car, au-delà de la performance individuelle d’un athlète, il y a aussi et surtout la performance d’une équipe. Le coaching d’équipe peut se faire de manière continue ou ponctuelle. Les interventions continues visent à accompagner un entraîneur et son staff dans la gestion de leur équipe sportive. Ce coaching, à l’échelle d’une saison, vise à mieux prendre en considération la dimension collective dans un but d’amélioration des performances. Les interventions ponctuelles prennent la forme de stages de « Team Building ». L’objectif est de permettre aux sportifs de prendre conscience du rôle de chacun dans la dynamique du groupe et de transférer les acquis de ces stages dans les situations d’entraînement et/ou de compétition.

Lors de ces stages, nous proposons des exercices de groupe (défis physiques, mises en situations, discussions de groupe, …) visant à faire prendre conscience de l’interdépendance et de la complémentarité de chaque membre d’un groupe. Ces stages se terminent par un débriefing facilitant le transfert vers la « vie de tous les jours ». Ils se déroulent généralement sur un à trois jours avec la possibilité d’une formule résidentielle. Le programme est élaboré en étroite collaboration avec l’entraîneur en vue de définir précisément les objectifs à atteindre et le type d’exercice à mettre en place.

Des sportifs amateurs font-ils parfois appel à vous ?

La grande majorité des sportifs qui font appel à mes services visent un objectif de performance. A priori, ils ne pratiquent pas leur sport dans un but de loisir. Certains de ces sportifs sont professionnels. Mais beaucoup d’entre eux sont amateurs. Il m’arrive de travailler avec des sportifs qui veulent relever un défi et qui sentent que la dimension mentale est cruciale. C’est par exemple le cas d’un nageur qui s’est donné comme défi de traverser la manche à la nage. C’est aussi le cas de plusieurs sportifs d’ultra-endurance.

Avec quels athlètes travaillez-vous ?

Comme tous les psychologues, le psychologue du sport est soumis au secret professionnel. Certains sportifs acceptent de témoigner pour expliquer ce qu’est la préparation mentale. Car, généralement, les sportifs ont une mauvaise représentation de ce qu’est la préparation mentale. Sur mon site web (www.optimumcoaching.be), je propose ainsi l’interview de deux sportifs.

Est-ce possible de n’être que psychologue sportif et en vivre totalement ?

A ma connaissance, en Belgique francophone, la toute grande majorité des psychologues du sport exercent une autre activité (à titre principal ou complémentaire). Dans mon cas, depuis 1994, date à laquelle j’ai commencé à exercer, la psychologie du sport a toujours été une activité complémentaire.

Comment créer sa « patientèle » ?

Il est très difficile d’établir une règle générale. Je pense que beaucoup de psychologues du sport exercent une autre activité et se donnent le temps de développer petit à petit leur pratique en tant que psychologue du sport. Utiliser son expérience sportive peut aussi être un moyen de lancer son activité.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait exercer votre métier ?

Je pense qu’il est important d’être patient… et passionné ! Travailler comme psychologue du sport est captivant. Cela prend toutefois du temps pour acquérir de l’expérience. Pour cela, je pense qu’il est très utile de se montrer curieux et ouvert d’esprit. Ne dit-on pas qu’il faut dix années d’entraînement pour atteindre le plus haut niveau dans un sport ?

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.