France Lambert, Parondontiste

Interview réalisée en décembre 2014

Quel a été votre parcours de formation ?

J’ai été diplômée en 2002 d’un master en sciences dentaires et en 2005 d’un master complémentaire en parodontologie.

Comment définiriez-vous le métier de parodontiste ?

C’est la partie chirurgicale de la dentisterie. Tout ce qui s’occupe des tissus autour de la dent.

Quelle différence fait-on entre un dentiste généraliste, un parodontiste, un stomatologue ?

Un stomatologue, c’est un médecin qui s’est orienté dans la dentisterie tandis qu’un parodontiste est un dentiste qui s’est spécialisé en parodontologie, qui est la spécialité qui s’occupe de tous les tissus de soutien de la dent et notamment qui touche à l’aspect chirurgical. Un parodontiste fait également de l’implantologie. L’implantologie fait partie intégrante de cette spécialité.

La parodontologie, tout comme l’orthodontie, sont les deux seules spécialités de la dentisterie qui sont officiellement reconnues en Belgique.

Concrètement, dans votre travail, que faites-vous ?

J’ai une carrière hospitalière et universitaire. Je suis chef de clinique au CHU de Liège dans le service de parodontologie et chirurgie bucco-dentaire. Je suis également chargée de cours en biomatériaux dentaires pour l’implantologie. 50% de mon temps de travail hospitalier est dédié à la consultation et au soin des patients, le plus souvent référés par des dentistes généralistes. Je suis également présidente de la Société Belge de Parodontologie (SBP-BVP).

Quel est le cadre de votre travail ? Travaillez-vous seule ?

Non, je collabore avec des dentistes généralistes.

Ma patientèle est composée essentiellement d’adultes mais je peux aussi recevoir des enfants. Chez les enfants, ce sont surtout des soins liés à l’orthodontie comme l’extraction de canines incluses, les freinectomies (ablation du frein de langue ou du frein labial), les greffes pour régénérer la gencive suite à un traitement orthodontique.

Quelles sont les pathologies rencontrées ?

La maladie parodontale ou la parodontite (le déchaussement dentaire), d’origine bactérienne, inflammatoire, qui détruit les tissus autour de la dent. 80% de la population présente un problème parodontal. Une bonne partie, c’est de la gingivite mais à partir du moment où les tissus autour de la dent sont détruits, on parle de parondotite. Une des grosses lacunes en Belgique par rapport à notre métier, c’est l’absence d’hygiéniste dentaire. C’est un métier qui est inconnu chez nous (tout comme en France ou en Grèce). Mais les choses sont en train de changer chez nous. La création d’une école formant des hygiénistes dentaires est en projet en Belgique. Le problème du parodontiste en Belgique, c’est qu’il est souvent contraint à devoir faire de la maintenance parodontale (du détartrage ou du nettoyage prophylactique), ce qui ne reflète pas du tout son expertise et sa spécialité et qui devrait être pratiqué par un hygiéniste dentaire. Cette formation d’hygiéniste dentaire serait de type bachelier professionnalisant (3 ans). L’hygiéniste dentaire travaillera en collaboration avec les dentistes généralistes, les orthodontistes,…

Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir exercer ce métier de parodontiste ?

D’abord, j'ai choisi la dentisterie car c’est une très belle association entre un travail intellectuel et manuel. C’est certainement une des spécificités de la dentisterie d'associer ces deux aspects. J'ai ensuite choisi la parodontologie plus spécifiquement pour l’aspect chirurgical. Ce choix s’est opéré durant mes études de dentisterie, en fonction des cours que je trouvais les plus intéressants et en fonction des stages que j’ai effectués. Je savais déjà que je voulais suivre des études en dentisterie lorsque j’étais en dernière année de l’enseignement secondaire.

Quelle option avez-vous suivi dans l’enseignement secondaire ?

Moi, je suis un peu un cas spécial car je n’étais pas très motivée en humanités et je n’avais pas d’option sciences fortes. Pour moi, la motivation et l’amour du métier furent les plus importants. J’encourage les jeunes à aller faire un stage dans des cliniques dentaires pour vraiment voir ce que c’est. Moi, j’ai fait ça avant de commencer. J’ai même fait un travail de fin d’études sur les implants dentaires. Tout le monde me décourageait de faire la dentisterie et pourtant, j’ai excellé durant mes études car ma motivation était très forte.

Quelle est votre charge de travail hebdomadaire ?

Je travaille beaucoup, comme tous les dentistes qui, en général, reçoivent les patients de 8h à 18h. Néanmoins, quand on travaille comme indépendant, on peut aussi aménager ses horaires pour consacrer plus de temps à sa famille, par exemple. Mais il est vrai qu’il y a énormément de demandes des patients et il n’est pas rare de terminer sa journée à 20h.

Quels sont les aspects les plus positifs de votre métier ?

Le contact avec le patient est quelque chose de très agréable. Comme je suis dans le milieu universitaire, ce qui me plait énormément, c’est la collaboration avec les autres spécialistes, la communication entre dentistes dans une grande équipe. Le dynamisme et l’interactivité amenés par le travail en équipe. Ce que je trouve aussi de positif et motivant, ce sont les résultats obtenus. Contrairement à d’autres spécialités de la médecine, nous, comme parodontistes, on voit le résultat du traitement que l’on a apporté.

Y a-t-il des aspects plus négatifs dans votre métier ?

L’absence d’hygiéniste dentaire, clairement. La plupart des cabinets privés se plaignent de devoir faire beaucoup de maintenance, des soins hyper simples alors qu’on est spécialisés pour faire des chirurgies fines.
J’aime beaucoup mon métier, donc, pour moi, c’est difficile de vous donner des aspects négatifs ou de trouver des inconvénients.

Quelles sont les principales qualités pour exercer ce métier de parodontiste ?

Il faut être curieux car une fois qu’on est diplômé, il faudra continuer à se former. Il faut savoir travailler finement avec ses mains, aimer le côté manuel de la profession. Il faut savoir bien communiquer car on est sans cesse en communication avec les dentistes référents (ceux qui envoient les patients chez le parodontiste), les autres spécialistes et bien sûr les patients.

Depuis le début de votre carrière de parodontiste, avez-vous vu une évolution dans votre pratique ?

Cette spécialité, tout comme l’implantologie, évolue très vite. Il y a énormément de nouvelles technologies, aussi dans le diagnostic. On travaille de plus en plus avec des ordinateurs.

 

 
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