François de Brigode,
Journaliste et présentateur du journal télévisé

Interview réalisée en avril 2014

François de Brigode, journaliste et présentateur du journal télévisé de la RTBF.


Vous êtes la figure emblématique du JT de la RTBF. Était-ce un rêve d’enfant ou bien êtes-vous arrivé là un peu par hasard ? 

Ni l’un ni l’autre. Moi, j’ai toujours voulu être journaliste. Point. La présentation du JT est arrivée naturellement, à la suite des remplacements que j’assurais comme jeune journaliste. À force d’en faire, je me suis piqué au jeu et je me suis rendu compte que j’aimais vraiment ça. 

Quel a été votre parcours ? 

Originaire de Charleroi, j’ai fait mes études à l’Athénée de Châtelet. J’ai eu la grande chance de pouvoir y faire mes premiers pas dans l’audiovisuel. Avec le matériel de l’école, nous faisions des petits JT, des montages vidéo… Ça m’a donné le virus de l’info en images. Ensuite, je suis parti à l’ULB pour y faire mes études, car le cursus proposé permettait de faire des stages pratiques. 

Un présentateur de JT est-il toujours un « vrai » journaliste ?

Bien sûr ! Je suis journaliste avant d’être présentateur. Vous savez, même pour présenter l’info, je garde toujours en tête les « 5 W »  ! Je suis persuadé que, quand on a été journaliste un jour, il est très difficile de cesser de l’être. Notre esprit, notre raisonnement et notre système de pensée sont façonnés d’une certaine façon… à vie. 

Le terrain ne vous manque pas ? 

Si, ça me manque. Les émissions en extérieur, les reportages… Tout ça me manque forcément. Mais je suis réaliste. Je sais que j’ai beaucoup de chance et qu’on ne peut jamais tout avoir. Je suis un privilégié de l’info. 

Comment se passe votre journée de travail ?

Elle commence dès le réveil, dans mon lit. J’écoute les flashs d’information et, mentalement, je sélectionne les infos que nous pourrons traiter dans le JT. Ensuite, à 8 h 45 a lieu la réunion de rédaction. Nous faisons une présélection des sujets, susceptible de varier tout au long de la journée. Ce qui est important de bon matin ne l’est plus nécessairement à 19 h ! Nous suivons les évolutions de l’actualité tout au long de la journée. 

Quelles sont les qualités d’un bon journaliste ? 

Pour moi, un bon journaliste doit, avant tout, être imaginatif et créatif. Il doit arriver avec de bonnes idées, tout en gardant toujours une logique d’enquêteur. 

Et l’objectivité ? 

Je n’y crois pas ! Nous sommes tous le produit de notre éducation et de notre environnement, qui nous ont façonnés à leur image. Je suis honnête et je fais mon métier honnêtement, mais je n’oserai jamais me prétendre objectif !

Et les qualités d’un présentateur de JT ?

Il doit surtout mettre en valeur le travail des autres, des équipes de terrain et de studio. Il y a une dimension de spectacle dans l’info télévisée. Mon rôle est aussi de créer l’envie, de faire « monter la sauce », si je peux me permettre l’expression. La difficulté est de savoir rester journaliste en toutes circonstances. 

Comment a évolué le métier, depuis vos débuts ?

Aujourd’hui, nous sommes coincés dans une logique de rapidité. Il faut toujours être les premiers sur la balle, ce qui entraîne malheureusement une certaine superficialité dans le traitement de l’info. 
Heureusement, le JT n’est qu’une vitrine et il existe d’autres émissions qui creusent les sujets et les traitent en profondeur. 

Quels sont les aspects les plus positifs de votre travail ?

Ce que j’aime particulièrement, c’est cette sensation de créer quelque chose au quotidien. Le monde bouge sans cesse et chaque jour apporte son lot de nouveautés, bonnes et mauvaises.

Et les aspects négatifs ?

Cette rapidité et la superficialité qu’elle entraîne. Le côté un peu éphémère de ce que nous faisons. 

Quels sont les événements qui vous ont le plus marqué au cours de votre carrière, positivement et négativement ? 

Les interviews des hommes politiques, leur stress quand ils sont sur le grill. J’aime aussi travailler sans filet, quand des événements de dernière minute surviennent. J’aime cette montée d’adrénaline. J’aime improviser, mais, ne vous y trompez pas, je suis toujours préparé au pire…
Sur un plan plus personnel, je dirais que j’ai été particulièrement marqué par les funérailles de Julie et Mélissa et l’émission Bye Bye Belgium, qui annonçait la fin de la Belgique. 

Avez-vous des sujets de prédilection ? 

Je suis un journaliste politique dans l’âme. Comprendre les institutions, décoder les stratégies des hommes politiques. Voilà ce qui me passionne vraiment !

Que pensez-vous de cette citation : « Je suis journaliste. Je suis partout. J'écoute tout... J'écris tout ce que j'entends et j'invente ce que je n'entends pas ». (Francis Blanche et Pierre Dac) ?

Ah ah ! C’est drôle ! Je souscris pleinement ! Comme je dis toujours en boutade : donner une fausse info n’est pas grave. Car en la démentant le lendemain, vous avez deux informations pour le prix d’une ! C’est un métier difficile et il faut savoir reconnaître quand on s’est trompé.  

Comment sont les conditions financières dans votre métier ? 

Par rapport aux pays voisins, c’est très mal payé. Quand je parle avec des collègues français, j’ouvre des yeux ronds ! Et encore ! Ils sont eux aussi mal payés par rapport à ce qu’on leur demande. Mais je ne me plains pas, comme je l’ai dit, je suis un privilégié.

Est-il facile de concilier vie professionnelle et vie privée ? 

On fait ce qu’on veut de la notoriété. Moi aussi, quand j’ai commencé, je me sentais un peu le roi du monde, mais, si on est bien entouré, la famille et les amis se chargent de vous faire vite retomber sur terre. C’est très important d’être bien entouré !

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui voudrait se lancer dans les études, puis la profession ?  

Avoir envie et tout faire pour réussir. Déjà, quand j’ai entamé mes études, on me disait que devenir journaliste était compliqué. C’était vrai et ça l’est plus encore aujourd’hui. Les journalistes actuels doivent être multiformes et polyvalents. Il existe un nouveau type de journalistes qu’on appelle JRI (Journalistes Reporters d’Images). Ces malheureux doivent tout faire eux-mêmes : textes, images, son… Bien sûr, c’est impossible. C’est du journalisme low cost et ça ne peut pas marcher. 
Le public est de plus en plus exigeant et on ne peut plus le tromper très longtemps, grâce au développement phénoménal des moyens de communication. Une information de qualité, ça se paie, comme dans tous les domaines…

Comment voyez-vous votre avenir ? Comptez-vous présenter le JT tout le reste de votre carrière ?

Non. J’espère un jour avoir ma propre émission politique. Mais, en attendant, je suis très bien où je suis.   

Avez-vous des regrets ?

Non, c’est le plus beau métier du monde… Ou plutôt, oui ! Un seul et très léger regret : j’aurais aimé être grand reporter et parcourir le monde. Malheureusement, quand j’ai commencé le métier, il était déjà trop tard. Les budgets sont devenus tellement serrés que ce journalisme-là a pratiquement disparu de nos jours.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.