Françoise Van de Pontseele,
Inspectrice principale de police au service « Armes » de la zone de police de Mons-Quevy

Interview réalisée en avril 2018

Quelle était votre motivation pour entrer à la police ?

C’est ma soif de justice ou plutôt mon aversion pour l'injustice, le mensonge, les méfaits et délits que peut commettre l'être humain.

Quelle est votre formation de base ?

Les injustices que j’ai vécues durant mon enfance et mon adolescence m’ont amenée à me diriger vers les études d’assistante sociale. Mon objectif était d’aider les autres et, plus particulièrement, de les protéger contre l’injustice. 

Quel a été votre parcours professionnel ? 

J’ai travaillé dans un premier temps comme éducatrice dans un « home pour enfants » placés par le juge. Ensuite, j’ai travaillé au bureau des salaires dans une usine. Enfin, j’ai été engagée comme assistante sociale à la prison de Mons où j’ai travaillé pendant trois années.

Par la suite, j’ai eu l’opportunité d’entrer à la police communale de Mons comme assistante de police. Mon travail consistait principalement à venir en aide aux enfants victimes de maltraitances ou d'abus en tous genres et aux adolescents en difficultés relationnelles avec leurs parents.

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

Il faut, avant tout, avoir un bon esprit d'analyse (car il faut parfois prendre des décisions capitales en quelques secondes), avoir de l'empathie et un bon sens de l’écoute, avoir une bonne capacité d'écriture et de synthèse (car les constatations doivent être relatées de manière objective dans des procès-verbaux sur base desquels les autorités judiciaires vont prendre une position adéquate quant aux agissements du "suspect").

Selon le service dans lequel on est affecté, il faut aussi savoir travailler en équipe et être prêt à assurer des pauses ou des rôles de garde.

Il faut également être disposé à faire des heures supplémentaires. En effet, quand on est policier, on sait quand on commence sa pause, mais jamais quand elle se termine.

Quelles sont les principales missions exercées par l’inspecteur·rice principal·e de police ?

Les missions des policiers de terrain (police-secours, service d'enquête et de recherches, etc.) consistent principalement à constater les infractions, délits et crimes commis par la population.

Il y a aussi des missions de sécurisation ou d’intervention dans des situations difficiles (lors d’une prise d'otages, un braquage, par exemple).

Les policiers affectés au service roulage (agents de police) s'occupent uniquement des situations liées au roulage (excès de vitesse, vélomoteur gonflé, accident sans blessés, etc.).

Il y a les missions dévolues à l'inspecteur de quartier qui s'occupe des domiciliations, des problèmes de voisinage, de vérifier si le RGP (règlement général de police édité par sa commune) est respecté, de faire de la prévention (en étant présent aux sorties d'écoles notamment), de relayer vers les services compétents les demandes formulées par ses administrés (par exemple, des trous dans la chaussée ou encore un éclairage public défectueux), etc.

Il y a quelques policiers affectés à des tâches plus administratives. En effet, personnellement, je gère le service « Armes » de ma zone de police, ce qui consiste non seulement à constater les infractions commises par rapport à la loi sur les armes mais aussi à traiter administrativement les demandes des citoyens qui veulent acquérir des armes à feu.

Certains collègues gèrent les horaires, d’autres le flux des PV qui émanent de notre zone de police, d’autres zones de police ou du Parquet.

Les missions de l'inspecteur principal consistent, en général, à superviser une équipe et à servir d'intermédiaire avec la hiérarchie ou les autorités judiciaires et/ou administratives. Il effectue également du travail de terrain (par exemple, dans le cas du maintien de l'ordre, lors de matchs de football) et rédige des procès-verbaux.

Pouvez-vous décrire une journée ou une nuit de travail ?

Je suis affectée au service « Armes » de ma zone de police et je suis la cheffe de service. Je gère une équipe de deux personnes, à savoir un inspecteur et un agent administratif.

Mes journées de travail commencent à 7h30 et se terminent à 17h00.

Mes tâches principales sont de répondre au téléphone, recevoir les personnes désireuses de détenir des armes à feu (tireurs récréatifs, tireurs sportifs, chasseurs), de rechercher les infractions relatives à la loi sur les armes (détention illégale), d'aider les familles (qui ont perdu un de leurs membres détenteur d'armes à feu), à effectuer les démarches utiles dans les délais prescrits pour la reprise des armes à feu (donc leur éviter la détention illégale), à contrôler les agréments de collectionneurs/les stands de tir et les armureries, à procéder à l'encodage dans le registre central des armes de toutes les autorisations de détention remises à nos concitoyens, etc.

Les tâches à accomplir sont multiples et nombreuses. Elles requièrent attention et vigilance afin de ne pas commettre d'erreur quant aux explications données à la population et aux différents devoirs à effectuer pour éviter à cette dernière de tomber dans l'illégalité.

Pouvez-vous citer quelques cas extrêmes auxquels vous avez été confrontée ?

Je n'ai pas réellement vécu de situations extrêmement dramatiques. Il y en a, cependant, une qui m'a fortement marquée : j'étais alors affectée au service d'assistance aux victimes.

Un samedi, veille de la fête des mères, j'ai été appelée par le gradé du service d'enquête et de recherche car une petite fille de 8 mois avait été retrouvée morte chez ses parents. Les urgentistes intervenus sur place ont suspecté le "syndrôme de l'enfant secoué" et ont donc appelé la police.

Ma tâche consistait à permettre aux parents de voir leur petite fille une dernière fois avant que l’autopsie ne soit effectuée. Par la suite, le gradé responsable de l'enquête m'a demandé de bien vouloir assister la maman pendant son interrogatoire.

Cet interrogatoire s'est déroulé d'une façon telle que j'en ai eu "les sangs retournés" et que j'en ai la chair de poule et les larmes aux yeux rien que de l'évoquer. Finalement, la maman, qui avait été plus que bousculée (en paroles) lors de son interrogatoire, a été relaxée car l'autopsie a révélé que l'enfant était décédée de la mort subite du nourrisson. Le lendemain, c'était la fête des mères et j'ai pleuré quand ma fille me l'a souhaitée car je pensais à cette maman qui venait de perdre son enfant, qui avait été injustement accusée de l'avoir tuée et qui, plus jamais, ne serait fêtée par sa petite fille. 

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

L'avantage principal de ce métier, c'est que, grâce aux heures supplémentaires, aux nuits et aux weekends prestés, nous bénéficions d'un bon revenu.

Néanmoins, ce métier présente des inconvénients comme les horaires (matin, après-midi, nuits, weekends), car lorsqu'on commence sa pause, on ne sait jamais quand elle va se terminer. En effet, nous sommes tributaires de ce qui arrive sur le terrain. 

Nous devons être exemplaires tant dans notre vie professionnelle que personnelle sous peine de nous voir mis sur le grill par les services chargés de nous contrôler. La vie de famille passe souvent au second plan et beaucoup de séparations surviennent dans notre corps de métier. Il faut être solide psychologiquement sous peine de tomber en dépression et d'en arriver parfois au suicide.

Enfin, le manque de considération d'une bonne partie de la population est souvent difficile à vivre car, sous l'uniforme, bat le cœur d'un être humain. Cet être humain a pour mission, et veut tout simplement, venir en aide à un autre être humain. Il n'attend pas grand-chose en retour : juste qu’on lui dise "merci".

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Le premier conseil que je donnerais serait, avant tout, d'oublier les feuilletons policiers américains et autres qui ne dépeignent pas la réalité du terrain ; d'avoir "la foi", c'est-à-dire être convaincu que l'on est fait pour ce métier (un vrai sacerdoce) et qu'on est prêt à en assumer tant les bons moments que les moins bons (qui sont malheureusement plus nombreux que les premiers) ; être prêt à se "sacrifier" pour les autres sans pour autant s'oublier soi-même ; de bien se préparer physiquement ; d’être vif d'esprit ; d’avoir du second degré et d’être fier de cette vocation qui permet de maintenir notre société dans le modèle démocratique.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.