Françoise Vanderkelen et Stéphanie La Rocca,
Statisticiennes

Interview réalisée en novembre 2015

Pouvez-vous nous présenter brièvement l’IWEPS où vous travaillez ?

F.V : L’Institut Wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique est une institution publique scientifique dont la mission principale vise à la production de connaissance et de conseil stratégique non seulement au service de l’ensemble du Gouvernement Wallon et des pouvoirs publics au sens large, mais également au service des forces vives de la Région comme les partenaires sociaux ou encore le monde académique.

Les statistiques, l'évaluation des politiques publiques ainsi que l'anticipation des phénomènes socio-économiques structurent l'ensemble des recherches menées par les chercheurs de l'Institut.

L’IWEPS comprend une cinquantaine de collaborateurs dont les trois quarts mènent des études statistiques, économiques ou sociales. 

Quels types d’études sont-elles réalisées par les statisticiens de l’IWEPS ?

S.L.R : Elles sont diverses et variées. Elles peuvent toucher à l’économie, la mobilité, le logement, l’enseignement, la santé ou encore la cohésion sociale. Voici quelques exemples d’études récemment effectuées :

- Etats des lieux de l’alphabétisation en Fédération Wallonie-Bruxelles ;

- Etude de prospective sur la transition énergétique ;

- L’emploi public en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles : cette étude répond à des questions sur le nombre de personnes travaillant dans des institutions régionales wallonnes, sur les statutaires, sur le régime de travail, la qualification des emplois, etc. ;

- Le poids économique des institutions culturelles et créatives en Wallonie et à Bruxelles, afin de mieux connaître le secteur et amplifier l’effet des politiques qu’ils mènent dans le secteur ; 

- Séries statistiques du travail : dans le cadre de la compréhension de l’économie wallonne, le suivi des indicateurs du marché du travail est fondamental. L’IWEPS analyse chaque semestre les dernières tendances dans ce domaine ;

- Les expulsions domiciliaires : l’IWEPS a réalisé un état des lieux sur les expulsions locatives en Wallonie, qu’elles soient administratives ou judiciaires.

Pouvez-vous nous parler plus spécifiquement d’un projet dont vous avez dû vous occuper ?

S.L.R :  Au cours de ma carrière, j’ai été amenée à travailler dans des projets d’analyse et de gestion de données. J’ai ainsi pris part au projet en amont de la mise en place du portail Walstat (walstat.iweps.be) qui reprend  toutes les données disponibles pour la Région wallonne.  

F.V : Pour ma part, j’ai récemment procédé à une analyse d’enquête de satisfaction des fonctionnaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles et actuellement je travaille pour un programme international d’enquêtes sociales statistiques regroupant 43 pays et dans lequel l’IWEPS est partenaire pour la partie francophone du pays. Il s’appelle « International Social Survey Program » (ISSP). Au fil des ans, ce programme a abordé différentes thématiques : les inégalités, la famille, la santé, l’environnement, les loisirs et sports ou encore l’identité nationale. Celle de cette  année est la citoyenneté et du sens du travail.

Que retrouve-t-on comme questions dans cette étude statistique et quelle est votre méthodologie de travail ?

F.V : Ce questionnaire d’opinion sur la citoyenneté et le sens du travail comprend différentes parties : le contexte (pour connaître la situation personnelle de la personne interrogée, le niveau d’études, etc.), la perception de la citoyenneté (ce que signifie être « un bon citoyen », les actions sociales à mener, etc.), le sens du travail (faits relatifs au travail, satisfaction quant au travail, discrimination, etc.) et enfin des questions sur la profession actuelle ou passée qui permettent d’interpréter au mieux les réponses données. Ces questions ainsi que la méthode à utiliser ont été définies avec les pays et institutions partenaires lors de meetings annuels. 

Pour ce qui concerne l’enquête en elle-même, on procède par échantillonnage aléatoire via un tirage au sort à partir du Registre national et ensuite on contacte les personnes, par téléphone, voie postale ou électronique. On estime généralement que 50% des personnes contactées répondront favorablement à notre demande de participation. Toutefois, pour être sûr d’avoir le taux de réponses souhaitées, on tire au sort deux fois plus de personnes que ce que l’enquête nécessiterait.

Une fois les questionnaires récoltés, on les traite. Cela passe au préalable par une vérification du bon remplissage : on effectue ce que l’on appelle un « contrôle de cohérence » qui nous permettra de détecter les anomalies qui pourraient apparaître notamment avec le Registre national. On fait aussi un travail de codification de chaque réponse. Ensuite on procède au traitement de la réponse. A ce stade, une autre tâche consiste en la constitution de groupes de personnes « homogènes » : par exemple des hommes de 20 à 35 ans qui ont un certain niveau d’études. On procède alors à l’ajustement de la répartition pondérée d’échantillonnage de manière à ce qu’elle soit conforme à la répartition connue de la population. C’est ce qu’on appelle la « post-stratification ».

Après l’étape « analyse descriptive des réponses » (calcul des totaux, des fréquences que l’on présente sous forme de graphes, etc.), on procède à l’analyse statistique des réponses : les différences significatives, les corrélations (par exemple entre hommes et femmes, jeunes et personnes plus âgées), les régressions, etc.

Le fruit du travail est ensuite présenté dans un rapport qui est ensuite transmis au(x) commanditaire(s).

Combien de temps peut durer une telle étude ?

F.V. : Pour cet exemple bien précis, la préparation de l’enquête (questionnaire, définition de la méthodologie, etc.) a duré six mois et l’enquête de terrain deux à trois mois. Il y a ensuite tout le travail de préparation et d’analyse des résultats à encore effectuer. En tout on peut donc dire que cela prend au minimum un an de travail.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

S.L.R. : Le fait de pouvoir traiter des thématiques très différentes. J’apprécie aussi le fait d’apporter des réponses à une question ou à un problème posé.

F.V. : Je fais le parallélisme avec la photographie : en statistique, comme en photo, on fait apparaître des choses. Mais au lieu d’utiliser du matériel de développement en chambre noire, on utilise des chiffres pour faire révéler certains éléments. De plus, je dirais qu’il est gratifiant de prendre part à la constitution de statistiques officielles.   

Et s’il fallait citer les qualités essentielles pour être statisticien ?

F.V. : L’écoute assurément : bien comprendre le thème et ses enjeux pour répondre clairement aux attentes du (des) commanditaire(s) de l’étude. Mais je citerais aussi la méticulosité et la curiosité (vu le grand nombre de sujets que l’on doit traiter dans une carrière). En outre, c’est un métier qui demande beaucoup de rigueur. 

S.L.R. : Je dirais également l’écoute et la rigueur auxquelles j’ajouterais le bon sens à garder tout au long du processus.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.