Franz Lemaître, Interprète

Interview réalisée en janvier 2010

Franz Lemaître est interprète salarié à la Commission européenne à Bruxelles. Il interprète l’allemand, l’anglais, le néerlandais, le suédois, le hongrois et l’espagnol vers sa langue maternelle, le français.

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai fait une licence en traduction-interprétation en néerlandais-espagnol. Par la suite, j’ai travaillé durant cinq ans comme interprète free-lance. Sous ce statut d’indépendant, j’ai notamment pu travailler pour les institutions de l’Union européenne grâce aux tests d’aptitudes que j’ai réussis. Toutefois, j’ai très vite remarqué que je n’avais pas l’âme d’un indépendant et c’est pourquoi j’ai passé plus tard un concours général pour devenir fonctionnaire au sein
de la Commission européenne, épreuves que j’ai réussies également.

En quoi consistait ce concours ?

Les concours sont toujours ciblés. Celui que j’ai passé exigeait une connaissance parfaite de trois langues communautaires : dans mon cas, ce furent l’allemand, l’anglais et le néerlandais. J’ai d’abord dû passer une épreuve écrite. Il s’agissait d’une dissertation ayant pour thème "L’écologie et l’économie au XXIe siècle". Ensuite, j’ai passé une épreuve d’interprétation consécutive et simultanée pour chacune des langues que je proposais, chaque épreuve étant éliminatoire. A présent, la nature et l'organisation des épreuves ont quelque peu évolué.

Y a-t-il souvent des concours ?

Très régulièrement. Il faut se tenir au courant. Généralement, ils sont annoncés dans la presse ainsi que sur le site www.europa.eu.int ou http://europa.eu/epso. Il pourrait y en avoir prochainement car il y a eu et il y aura de nombreux départs à la retraite d’interprètes.

Quelles sont, selon vous, les langues qui vont être demandées à l’avenir ?

Dans les institutions européennes, l’anglais est quasiment toujours indispensable. Ensuite, l’allemand mais aussi les langues des nouveaux états membres, surtout celles des pays de l’est. Le finnois et le suédois seront aussi fortement appréciés de mêmes que les langues plus rares telles que le turc ou le russe.

Pouvez-nous nous décrire vos activités ?

J’interprète le plus souvent en simultané. Au sein de l’unité de langue française qui est la mienne, il y a près de 60 interprètes fonctionnaires. Nous allons d’une salle de réunion à l’autre, d’une cabine à l’autre. En fait, chacun d’entre nous reçoit, tous les midis et/ou tous les soirs, son affection et son horaire pour l’après-midi qui suit et/ou pour le lendemain sur une messagerie vocale. Nous travaillons donc en cabine, le plus souvent par équipe de deux ou trois. On se répartit le travail. L’un interprète pendant que les autres écoutent. On se relaie toutes les demi-heures, si les langues parlées le permettent, sinon en fonction de la charge de travail. Comme les équipes ne sont pas toujours les mêmes nous changeons très fréquemment de collègues.

Avez-vous une spécialité ?

Non et c’est justement ça que je trouve intéressant. Un interprète doit se montrer curieux de tout. Il doit avoir une culture générale vaste. On peut passer d’un jour à l’autre à des sujets, à des réunions, totalement différents. Mais finalement, je trouve que les études en traduction-interprétation préparent bien à l’exercice de la profession dans la mesure où durant les premières années on reçoit une bonne formation générale dans différents domaines, que ce
soit l’économie ou le droit.
Bien sûr, nous ne pouvons connaître tout sur tout. Afin de combler nos lacunes, nous lisons des ouvrages de haute vulgarisation, nous regardons la télévision dans nos langues de travail, nous écoutons la radio… Bref, on essaie de se tenir informé !

Comment réagissez-vous si un mot vous échappe ?

Cela peut arriver. Maintenant, le plus souvent, le contexte permet de comprendre le sens du mot. Si c’est un mot technique, on peut se faire aider par les collègues en cabine. Si eux non plus ne savent pas, on profite de la moindre interruption de séance pour aller demander des explications à un spécialiste ou à l’intervenant lui-même.

La Communauté européenne fait-elle souvent appel à des free-lances ?

Oui très souvent. Elle couvre ainsi près de la moitié de ses besoins. Dans ce cas, ils sont payés à la journée, peu importe qu’ils travaillent une heure ou la journée entière.

Quels sont les avantages de votre profession ?

Le fait de rencontrer systématiquement des gens provenant d’horizons différents : des économistes, des juristes, des ministres… On apprend un tas de choses ! Comme autre avantage, je citerais les voyages. Généralement, on part à l’étranger une à deux fois par mois pour accompagner une délégation. Je me rappelle ainsi être déjà allé au Chili, au
Vietnam et dans le Golfe.

Et les inconvénients ?

On mène une vie frénétique. Très irrégulière en tout cas. Par exemple, ce soir je travaille à 18h30 mais ne sais pas à quelle heure je vais pouvoir rentrer chez moi. Ce n’est donc pas toujours évident de mener une vie sociale normale. Cet horaire se répercute sur l’hygiène de vie, l’alimentation… Une étude récente a montré que, parmi toutes les professions, l’interprétation était le 2e métier le plus stressant !

Quelles qualités doit avoir un interprète ?

Il ne doit surtout pas être timide. Il doit aussi parfaitement maîtriser sa langue maternelle. Une excellente connaissance des langues étrangères est aussi et bien évidemment nécessaire. Enfin, il faut avoir une culture générale assez étendue, l’esprit vif, de même qu’une curiosité permanente et de grandes facultés de concentration.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.