Freddy Mestdagh et Olivier Bouton,
Assembleurs de structures

Interview réalisée en décembre 2013

Quel a été votre parcours scolaire et professionnel ? 

Freddy :
Je suis dans l'aéronautique depuis 25 ans. J'ai commencé à travailler pour la SABCA sur des avions militaires puis sur des avions civils. Je procédais surtout à l'assemblage des panneaux du fuselage, des revêtements et je m'occupais aussi des étanchements. J'ai également dû procéder à quelques réparations d'usage (changer des rivets, changer les cadres…). A l'époque, le métier s'apprenait beaucoup sur le tas. Il n'existait pas toutes les formations que l'on peut trouver aujourd'hui, notamment au centre de compétence WAN spécialisé dans le secteur aéronautique. Il n'y avait pas davantage d'études supérieures orientées vers l'aérotechnique.  
Olivier : 
J'ai débuté ma carrière professionnelle dans l'industrie pharmaceutique. Ce n'est que bien plus tard que j'ai suivi une formation de technicien en aéronautique. Sitôt ma formation terminée, j'ai été embauché par la SABCA qui cherchait un technicien polyvalent. Je peux dire que j'ai fait un peu de tout : du démontage, du remontage…
Aujourd'hui, nous sommes tous les deux instructeurs au WAN dans la formation en assemblage. 

Comment assemble-t-on un avion ? 

Comme une voiture ou un meuble Ikea ! Même si forcément les outils et techniques utilisés sont différents. On assemble les pièces une par une jusqu'à ce qu'elles forment l'élément souhaité, comme un fuselage ou une aile par exemples. Evidemment le travail s'effectue en suivant des plans et des procédures bien strictes, des gammes opératoires en quelque sorte.  

Quelle pourrait être la gamme opératoire à suivre dans un assemblage de structures ? 

- Préparer la matière première (aluminium par exemple)
- En déterminer l'épaisseur
- Découper la tôle en utilisant l'outil adéquat (cisaille, scie à ruban, scie à mains, meule à bande…)
- Ajuster la dimension sur la butée de l'outil 
- Procéder ensuite au découpage en vérifiant l'exactitude des dimensions
- Après avoir vérifié le bon positionnement, tracer l'emplacement des rivets et en calculer le pas
- Positionner et fixer l'outillage et procéder au perçage.  

Quels sont les outils dont disposent les assembleurs ? 

Ce sont les outils traditionnels : foreuse, scies à ruban scies à mains, pistolets… Mais il y aussi les machines : plieuses, cintreuses, presses, fours… Dans le cadre de son métier, l'assembleur peut aussi utiliser des produits chimiques (acétone, produits de décapage…). Mieux vaut évidemment ne pas souffrir d'allergies. 

Et quelles qualités faut-il avoir ?

Il faut être consciencieux car on travaille sur des appareils qui transporteront des passagers et donc la sécurité prime sur tout le reste. Il faut évidemment être manuel, avoir de la dextérité mais aussi de la logique. Et respecter les procédures. 
Posséder des connaissances en mécanique, hydraulique et pneumatique est un réel plus.  En tant que formateurs, nous veillons à donner à nos élèves une formation la plus large possible car le secteur de l'aéronautique demande une certaine polyvalence. Nous ne nous contentons pas de leur faire faire que du rivetage. On leur enseigne l'ajustage, les bases en mécanique, la tôlerie, les différentes sortes de fixation… Pour renter dans le concret, nous leur proposons d'assembler complètement une aile d'avion dans notre atelier en utilisant les outils dont nous disposons et qu'ils utiliseront dans le cadre de leur futur job. Nous essayons de les mettre le plus possible en situation de travail réel. 

Quel est le profil des stagiaires que vous formez ? 

Il n'y en a pas un seul en particulier. Cela peut aller du menuisier qui souhaite se reconvertir au coiffeur, à l'éducateur ou au mécanicien. Nous avons déjà eu plein de stagiaires au profil différent. Avant la formation, nous faisons passer un petit test aux candidats pour voir s'ils ont les aptitudes nécessaires pour la suivre. S'il fallait dégager un profil bien précis, on pourrait dire qu'il faut être un "bon bricoleur". Nous ne formons que 12 personnes à la fois. Le stage est extrêmement important. C'est non seulement l'occasion de mettre un pied dans une entreprise mais aussi de mettre en pratique en situation réelle tout ce qu'ils ont appris dans notre atelier. Ils auront la chance, si tout se passe bien pour eux, de travailler sur des avions qui voleront. C'est quand même une belle satisfaction professionnelle !   

Les perspectives d'emploi sont-elles réelles ? 

Oui, certainement. Mais tout dépend aussi de la volonté du candidat. Ne faire que du rivetage est possible dans certaines industries mais, à notre avis, ce n'est pas très enrichissant car fort répétitif. Les entreprises aéronautiques demandent le plus souvent une grande polyvalence. En fonction des compétences que l'on aura acquises on pourra faire des choses plus diversifiées (ossatures, revêtements…).   

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.