Gaëlle Kroonen, Géomètre

Interview réalisée en avril 2013

Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’études ?

Je suis licenciée en géographie, option géométrologie. Je n’ai pas fait d’études d’ingénieur parce que j’ai très vite réalisé que cela était trop abstrait pour moi que ce soit les études ou les débouchés.
A 16 ans, j’hésitais entre ingénieur et l’hôtellerie. Je suis restée dans l’enseignement général mais sans savoir du tout ce que j’allais faire de mes maths « 8 + 2 ». Et un jour, j’ai découvert les programmes de géographie-géométrologie-géomatique. C’est une formation qui, d’emblée, m’a plu. Très varié, le programme comprend de la géographie, du droit, de l’architecture, tout ce qui est lié à la cartographie. 

Quelles sont vos fonctions dans l’entreprise ?

D’une société à l’autre, l’organisation du travail des géomètres peut être très différente. Il existe des entreprises dans lesquelles le responsable envoie les géomètres sur chantiers. Ils prennent les repères et les transfèrent au bureau où tout est traité par une équipe.
Chez Galère, nous traitons notre chantier de « A à Z » ; c’est-à-dire que nous gérons le contact avec le client, avec le conducteur et le travail sur le terrain, de la préparation au bureau à la finalisation.
Nous avons un responsable qui distribue les chantiers et répond à toutes nos questions techniques mais nous travaillons de manière indépendante et tout à fait autonome.

A partir de quel moment intervenez-vous sur un chantier ?

Du début à la fin ! Nous sommes quasi les premiers à intervenir mais aussi les derniers sur chantier. Pour bien comprendre, au niveau hiérarchique, il y a le chef de projets qui gère plusieurs chantiers à la fois puis le conducteur. Le premier est plus lié à l’aspect financier et à l’organisation. Le conducteur gère les équipes et réalise la construction en tant que telle. Le géomètre met des repères indiquant où va se faire la construction.
Pour la majorité des chantiers, des terrassements sont nécessaires. Nous devons donc lever le terrain tel qu’il est pour pouvoir en faire une modélisation 3D. Puis, selon l’évolution du chantier, on lève à nouveau pour cubature (Calcul des volumes de manière fiable et précise pour déterminer les mouvements de terre d’un projet (déblais et remblais)) .
Je vais d’abord placer des repères avec des piquets de façon à ce que l’équipe puisse situer le projet dès la première visite. Ils réalisent alors les terrassements. Ensuite, je vais implanter, c’est-à-dire, matérialiser sur le terrain un futur emplacement.
La procédure habituelle est la suivante : je reçois un plan, je calcule, je prépare, je matérialise sur le terrain puis j’envoie un rapport au conducteur. Il est quotidiennement sur le terrain, suit le chantier et donne les instructions aux équipes d’ouvriers.
Ma phase de préparation, de calculs se fait au bureau puis je vais sur le terrain pour matérialiser des repères qui permettront de construire et pour cela, je dois faire un rapport expliquant les points implantés. Tout cela s’applique à un bâtiment, une voirie, un pont, etc.
Par exemple, si on doit creuser à dix mètres de profondeur, on ne peut le faire tout droit parce qu’il y a des terres qui vont tomber et cela peut être dangereux. On fait donc un talus qui varie selon la nature du terrain. Le géomètre calcule les entrées en terre, indique où creuser et selon quelle inclinaison.
Mon travail ne s’arrête pas là. Une fois que les équipes ont réalisé le trou, il faut mettre une couche de béton maigre qui va solidifier le sol. Il s’agit d’un béton dit « béton de propreté » moins solide et moins cher qu’un béton ordinaire.
Selon l’implantation, j’adapte la précision. D’abord centimétrique avec des piquets pour les terrassements. Ensuite millimétrique avec des clous pour les ouvrages et bâtiments. Ce travail prend plus de temps.
Chez Galère, nous sommes trois géomètres et chacun s’occupe de ses chantiers de « A à Z ». Le nombre de chantiers varie selon leur importance et cela peut aller jusque dix. Quand j’ai commencé, je travaillais sur la ligne du TGV vers l’Allemagne. Un chantier de 14 kilomètres qui a exigé 2 géomètres à temps plein pendant 3 ans et 5 conducteurs. Un énorme chantier avec 24 ponts construits !
En ce moment, dans mes chantiers, j’ai 4 stations d’épuration, 2 de voiries, 1 bâtiment et le reste en égouttage. 
C’est un bel avantage du métier : c’est très varié, on passe du bâtiment au génie civil, au travail de bureau. Il y a peu de géomètres qui ont la chance d’avoir un tel panel de travaux.

Avec quel type de matériel travaillez-vous ?

Au bureau, nous utilisons le logiciel Covadis, il s’agit d’un logiciel de dessin spécifique. Sur le terrain, nous avons des stations totales topographiques robotisées. Il s’agit d’appareils de mesures de haute précision, ils permettent de stocker les mesures effectuées sur une carte mémoire. Leur précision est inférieure à 3 millimètres. J’ai aussi un GPS. Celui des voitures de monsieur tout le monde permet une précision de 10 mètres, le mien a une précision de 2 à 3 cm ! Je peux arriver n’importe où, j’allume mon GPS et il me donne directement la position dans le système de coordonnées belges. Je me contrôle sur un point et je peux directement travailler. Toute la Wallonie est couverte par ce système.
Au tout début d’un chantier, les points de contrôle sont donnés normalement par le client. Il faut vérifier les plans et cibler les demandes : quel type de chantier, quelle sont les priorités, recevoir les plans et préparer son travail. J’effectue aussi un état des lieux des abords du chantier. Au début des travaux, on ne sait pas si la maison d’à côté ou le chemin qui va être utilisé pour transporter les matériaux vont rester tels quels ou pas. On acte par ce travail d’éventuels dégâts.

Travaillez-vous en équipe ?

Oui et non. Etant donné que le matériel est robotisé, je travaille seule.
Chez Galère, nous sommes trois géomètres dans un même bureau. J’ai, bien sûr, des contacts avec le chef de projets qui me fait des demandes, avec le conducteur mais aussi avec les ouvriers quand je suis sur le chantier. Ce qui permet, et c’est vraiment très chouette, d’avoir des contacts à tous les niveaux de la société.

Quelle est la proportion terrain/bureau dans votre boulot ?

Environ 65 % sur le terrain et 35% dans le bureau. Cela varie, j’ai travaillé sur un chantier qui a exigé trois mois complets d’étude au bureau. On pourrait résumer en disant que c’est un métier qui paraît solitaire mais dans lequel on rencontre beaucoup de gens !

Est-ce vous qui organisez votre emploi du temps ?

Oui, nous gérons notre emploi du temps. Il faut néanmoins être souple dans ses horaires, gérer les impondérables et avoir une solide organisation.

En combien d’étapes intervenez-vous sur un chantier ?

On peut les résumer de la façon suivante :
- Les points de référence
- Le levé général
- Une implantation grossière
- Des implantations plus précises (il peut y en avoir de 2 à 5 sur un chantier)
Ensuite, quand le chantier est terminé, je vais tout relever, prendre des points sur le terrain qui vont me permettre de dessiner sur l’ordinateur tout ce qui a été réalisé, tout ce qui est visible extérieurement - bâtiments, chemins, avaloirs, etc. C’est ce qu’on appelle le plan « as built » que l’on soumet au client qui le vérifie. 

Quelles sont les responsabilités du géomètre ?

Le géomètre n’a pas droit à l’erreur. Lorsqu’il y a un souci sur chantier, la première personne mise en cause est le géomètre. Il doit toujours pouvoir prouver qu’il ne s’est pas trompé et ce, grâce à tous les relevés et croquis. Cette responsabilité entraine un stress certain qu’il faut être capable de gérer. Voici un exemple : dans la construction d’égouts, on utilise le fonçage, un égouttage souterrain sans creuser de tranchées à ciel ouvert. La technique consiste à pousser les canalisations à l’arrière d’un tunnelier, d’une fosse à une autre. La distance entre ces fosses est variable. En prenant une distance de 700 mètres si mes calculs sont faux et que je me trompe de 2 cm au début de l’orientation, j’arrive à 1,40 m à côté de la fosse de réception. Notre travail n’est pas, ou peu, contrôlé. J’ai mis les clous, je suis responsable. Sur les très grands chantiers, le client peut amener son propre géomètre qui contrôlera les géomètres de notre société.

Quelles sont les conséquences concrètes de votre travail ?

Le travail de géomètre de chantier permet de savoir où construire les choses, les étapes de la construction et les visualiser.

Quels sont vos horaires de travail ?

Les horaires de chantier : de 7h30 à 16h30. Moins, non… Plus, oui ! Ces horaires permettent une vie de famille, même si on déborde souvent.

Comment est perçue une femme dans ce secteur majoritairement masculin ?

C’est la belle vie ! Mes collègues masculins sont jaloux !
Pour une fille dans les métiers de la construction, géomètre est, à mon avis, le plus facile pour la bonne raison que notre travail est un service : contrairement aux conducteurs on ne doit pas diriger des équipes. Quand on débute, il faut y aller avec humilité, montrer du respect pour en recevoir.

Que pensez-vous de votre formation par rapport à la réalité du métier ? Y a-t-il adéquation ?

Il y manque clairement de pratique mais la formation universitaire permet de retomber sur ses pattes. Aujourd’hui, durant les études, il y a un mois de stage en entreprise, ce qui n’existait pas à mon époque.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

Le principal avantage est le travail à la fois en intérieur et en extérieur, un travail intellectuel et pratique.
Comme inconvénient, on peut noter que, on travaille, en hiver, sous la neige ou la pluie. Et il faut soulever une masse de cinq kilos pour planter ses piquets quel que soit le temps. Mais j’aime ce côté un peu scout, un peu baroudeur du métier.
Passionnée par ce que je fais, j’y vois fort peu d’inconvénients. Le seul qu’il faille citer et qui n’est pas négligeable est la gestion du stress.
Il faut aussi savoir que c’est un métier qui évolue beaucoup et vite, notamment, dans ses moyens techniques. Chez Galère, je suis responsable des systèmes de positionnement sur les machines. Certaines, comme des bulldozers ou des niveleuses, sont équipées d’ordinateurs. Le géomètre du chantier réalise un projet en 3D que l’on transfère dans l’ordinateur de l’engin. L’opérateur peut ainsi se situer sur le chantier et suivre le terrassement à réaliser. S’il y a le moindre souci sur la machine, on m’appelle pour régler le problème. Soit je peux le régler par téléphone en indiquant la marche à suivre soit je dois me rendre sur place.

Auriez-vous un conseil à donner à un jeune qui envisagerait ce métier ?

Si j’avais un seul conseil à donner à un étudiant, c’est de rencontrer un géomètre dès que possible et de le suivre sur ses chantiers. Un étudiant qui n’a cours ni le mardi, ni le vendredi, m’accompagne de temps en temps sur le terrain.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.