Geneviève Damas, Auteure

Interview réalisée en mars 2014

Pourriez-vous retracer brièvement votre parcours scolaire, professionnel ? 

Après mes études secondaires, je voulais faire des études de théâtre mais mes parents étaient inquiets que je m’engage dans une profession artistique sans diplôme en poche. Je me suis donc dirigée vers le droit et pendant mes années de licence (ndlr, aujourd’hui master), je suivais des cours de déclamation au Conservatoire de Bruxelles. Après le droit, j’ai fait 4 ans de théâtre à l’IAD. J’ai ensuite travaillé dans le milieu du théâtre, jeune public et adulte, en tant que comédienne, puis à la mise en scène. 
 

Comment êtes-vous venue à l’écriture ? Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire ?

Je ne trouvais pas toujours les textes que j’avais envie de jouer ou de mettre en scène. J’ai d’abord commencé par adapter des romans et ensuite à écrire mes propres pièces. Le plaisir d’écrire est donc arrivé au fur et à mesure, au départ du théâtre, jusqu’à ce que j’écrive des nouvelles puis des romans. 
 

Comment organisez-vous votre travail ? Quelles sont les différentes étapes de l’écriture par lesquelles vous passez ? 

Je ne réalise pas d’études ni de recherches très poussées en amont et je ne prends quasiment pas de notes avant de commencer à écrire. J’écris surtout sur la famille, les relations humaines, et donc, sur ce qui me passionne, ce que je connais, ce que j’observe. Si j’ai vraiment besoin d’informations à un moment donné sur un sujet particulier, alors je fais quelques recherches complémentaires. 
 
J’essaie d’écrire tous les jours. Je ne fais généralement relire mon travail à personne, sauf pour le 2e roman pour lequel j’ai demandé à deux personnes de confiance de relire. Cela a été bénéfique car un des deux relecteurs était passé à côté d’un élément important de l’intrigue, la maladie d’un des personnages,  parce que je n’avais fait que l’effleurer. J’ai donc retravaillé le texte pour le rendre plus explicite. 
 

Comment se passe concrètement le travail avec une maison d’édition ?

Tout dépend des éditeurs. Dans mon cas, j’ai travaillé, et je travaille toujours dans le cadre d’un recueil de nouvelles, avec les Editions Luce Wilquin pour la Belgique. Pour le 2e roman, je trouvais important d’effectuer un travail littéraire et de bénéficier d’une diffusion dans d’autres pays francophones. Ce qui n’est pas toujours aisé pour un éditeur belge. J’ai reçu l’opportunité d’être éditée chez Arléa, en France. Ce qui est intéressant dans la collaboration avec cette maison d’édition, c’est que nous avons de véritables échanges de nature littéraire, au sujet de l’intrigue, de la langue, de l’humour ou des quiproquos qui apparaissent dans le texte. Ils me font part de leurs réflexions, de leurs questionnements par rapport au texte et nous envisageons ensemble les modifications à apporter. Je ressens un véritable soutien de leur part et c’est important. Je ne porte plus le texte seule en cas de questions, de doutes. Mais tout dépend aussi de la taille de la maison d’édition et du temps que l’on peut vous accorder. 
 

Vous avez reçu le Prix Rossel en 2011. Pourriez-vous nous en parler ? Qu’est-ce que ça a changé pour vous ?

Il s’agit tout d’abord d’un très beau cadeau qui met en lumière tout un travail. Cela m’a permis d’accéder au « statut » d’écrivain, de jouir d’une certaine crédibilité. Ensuite, évidemment, cela a eu un impact positif sur les ventes. Il y a aussi un peu de pression suite à ce prix puisqu’il ne faut pas démériter, mais il s’agit d’une pression positive, qui pousse à écrire davantage. J’avais peur d’être coincée, de ne plus être capable d’écrire après cela, mais ça n’a pas été le cas. 
 
J’ai également reçu le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, attribué par un jury de grands écrivains issus de différents pays du monde comme Lyonel Trouillot, Jean-Marie Le Clézio, Lise Bissonnette, Vénus Khoury-Ghata. Il s’agit à nouveau d’une belle reconnaissance et cela m’a également permis de voyager (Sénégal, Mauritanie, Haïti, Roumanie, Algérie, Québec…)  et de vivre des rencontres passionnantes avec des écrivains engagés. Ce prix a changé mon regard sur la littérature, sur le monde. 
 

Que vous apportent les rencontres avec les lecteurs, les foires, séances de dédicaces… ?

Ces événements me permettent de faire de belles rencontres, de créer un lien plus personnel avec mes lecteurs. Pour moi, la littérature n’a d’intérêt que si un lien social se crée. Il y a des échanges qui sont vraiment beaux, qui ont une histoire et qui nous font réfléchir sur nos pratiques. Pour un écrivain, c’est essentiel de se connecter au monde.
 

Quelles sont, selon vous, les qualités et les compétences à posséder pour écrire ?

Il faut avoir envie, se faire plaisir et s’amuser. Etre tenace et pas trop vite satisfait de son travail. L’écriture s’améliore généralement au fur et à mesure que l’on avance. Il faut aussi aimer lire. Les écrivains sont des témoins qui rendent compte de ce qui les entoure. Il ne faut donc pas rester dans sa tour d’ivoire mais, au contraire, être proche des gens, de leurs existences qui sont souvent bien plus intéressantes que la nôtre !
 

Quel est l’impact du livre numérique sur votre travail ? 

Je ne m’inquiète pas vraiment pour moi. Les gens ont bien le droit de choisir leur support. J’écris sur un ordinateur, je ne vois pas pourquoi les gens ne pourraient pas lire sur une tablette. Par contre, je m’inquiète plus pour les libraires qui ne sont pas les distributeurs de ces ebooks. Ils doivent alors essayer de se démarquer des sites qui en vendent. La force des libraires c’est qu’ils garantissent toujours un accueil, un conseil, un lien social qui ne se trouvent nulle part ailleurs. Toujours est-il que selon les statistiques, aux Etats-Unis, là où l’ebook est apparu bien plus tôt que chez nous, il plafonne à 15, 20% des ventes, ce qui reste raisonnable. 
 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui rêvent d’exercer ce métier ? 

Lire, s’amuser, travailler beaucoup et s’accrocher. Marcel Proust disait que si on a envie d’écrire, il faut écrire quelque chose qui nous plait, car si notre histoire plaît à une personne, alors elle aura la chance de plaire à une autre aussi. 
 
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.