Géraldine Fontaine,
Journaliste d'entreprise

Géraldine Fontaine (28 ans), attachée à l'Administration de la communication et de la promotion (ADCP) aux Cliniques Universitaires Saint-Luc - UCL (www.saintluc.be)

Le journal d'entreprise est destiné à ceux qui y travaillent. Ce qui le distingue du reste de la presse, c'est que les lecteurs sont les sujets des informations qui y figurent. Cette presse méconnue est en plein essor et touche des milliers de personnes sans passer par les librairies.

Pourriez-vous nous décrire brièvement le BIC ?

Le BIC ou Bulletin d'Informations des Cliniques est un journal bimestriel et gratuit édité par les Cliniques universitaires Saint-Luc. Il compte entre 28 et 36 pages et a un statut particulier puisqu'il s'adresse à la fois au personnel de l'hôpital et au public. Son but est d'informer le personnel et le public (patients et visiteurs essentiellement) de ce qui se passe dans l'hôpital : faire part aux infirmières des nouveautés dans les cuisines, annoncer l'ouverture d'une nouvelle consultation pour enfants trisomiques, faire état de la recherche sur le cancer de la peau... Les rubriques sont multiples : cela va de l' «Echo des services» (avec un dossier sur la Direction des ressources humaines par exemple) à l' «Agenda» en passant par l' «Officiel» (avec les nominations, les naissances, etc.).

Quelle est votre fonction et votre statut ?

En ce qui concerne la conception du journal, ma collègue et moi faisons tout : de la rédaction des articles jusqu'à la mise en page sur QUARK XPRESS. Nous adaptons la maquette du journal en fonction des articles, en essayant petit à petit de la moderniser. Nous réalisons certaines photos tandis que d'autres, plus techniques, sont réalisées par le photographe du centre audiovisuel des Cliniques Saint-Luc. Notre mode de fonctionnement est assez artisanal, avec les moyens du bord. Nous soumettons nos sujets à un comité de rédaction qui les valide et fait des suggestions. La nature scientifique des articles nous oblige à une grande vigilance : leur vulgarisation nécessite une relecture et une correction rigoureuses.

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

J'ai fait une licence en journalisme orientation communication à l'ULB. J'ai suivi des formations poussées en néerlandais et en anglais. Puis, je suis partie à Athènes pendant 6 mois avec le programme Erasmus. A mon retour, j'ai trouvé du boulot chez Feprabel (Fédération des Professionnels de l'Assurance en Belgique) afin de gérer le journal de la Fédération. J'y suis restée pendant 2 ans. C'est là que j'ai appris toutes les ficelles du métier : mise en page avec Quark XPress, gestion d'un journal, gestion des annonces publicitaires, post-production avec les imprimeurs. J'ai ensuite fait un petit saut à la SNCB pour m'occuper de la communication dans les ressources humaines. Je travaille à l'UCL et aux Cliniques Saint-Luc depuis novembre 2000.

Quelle est la différence entre journalisme de presse et journalisme d'entreprise ?

Dans la presse quotidienne, il faut tout le temps être «sur la balle», rédiger vite et travailler continuellement dans l'urgence. L'information est immédiate : on a à peine le temps de la traiter. Il faut prendre de court les autres médias et accrocher le lecteur. Le journalisme d'entreprise, au contraire, permet de traiter l'information plus en profondeur et, de travailler davantage en collaboration avec les personnes interviewées. C'est un métier plus calme, plus analytique. La différence fondamentale est, à mon sens, l'analyse et la manière de traiter les informations qui sont plus intemporelles, moins vite «périssables». Le style est également différent : s'il est important d'accrocher le lecteur, il n'est pas nécessaire de le faire via des titres "racoleurs".

Comment pensez-vous être perçue par le reste du personnel ?

Je me sens toujours un peu en porte-à-faux vis-à-vis du personnel et de la direction. Puisque le BIC est lu par un large public, la direction souhaite donner une image positive de l'entreprise. Or, la réalité est parfois différente, tout n'est pas toujours rose. Quant au personnel, il voudrait un discours plus franc, plus critique. Il faut jongler avec tout cela et ce n'est pas toujours évident. Je préfèrerais plutôt être vue comme un messager qui transmet les infos «du haut vers le bas» et vice-versa. L'idéal serait que le personnel perçoive le journal comme le moyen grâce auquel il pourra se faire entendre par la communauté.

Le journalisme d'entreprise est-il synonyme de journalisme positiviste ?

Pas nécessairement. Je pense que cela dépend des objectifs qu'on assigne au journal d'entreprise et du public auquel il s'adresse. Le journalisme d'entreprise reste de l'information objective : on présente les nouveautés, les nouveaux services. Mais, il est clair qu'on ne parlera pas d'une agression. On aborde néanmoins des sujets graves, sinon on ne serait plus du tout crédible. On en parle, mais d'une manière plus posée, plus calme. On aborde le problème différemment en disant : voilà, il y a eu tel problème mais il a été résolu de telle manière... Le but n'est pas de jeter un pavé dans la mare, même si parfois on en a envie. Nous ne sommes pas à la recherche de sensationnalisme.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans le journalisme d'entreprise ?

Choisir une entreprise oeuvrant dans un domaine qui le passionne ou du moins l'intéresse. C'est important pour rédiger de bons articles et cerner le sujet. Aimer rencontrer les gens, faire preuve d'esprit analytique, être organisé et capable d'une grande autonomie.

Quels sont les aspects positifs de votre fonction ?

  • La diversité des sujets traités : j'en apprends tous les jours
  • Le dynamisme : je bouge beaucoup et ne reste pas confinée entre mes quatre murs
  • Les relations avec les gens : j'ai régulièrement l'occasion de rencontrer des gens différents
  • L'indépendance en matière d'organisation du travail
  • Par ailleurs, je peux prendre le temps de me concentrer sur un sujet pour y réfléchir, me documenter, le décortiquer et, en fin de compte, rédiger.

Et les aspects négatifs ?

  • La dépendance à certains impératifs « institutionnels ou de marché» et « stratégiques »
  • La méfiance de certaines personnes face aux journalistes.

Auriez-vous une anecdote amusante à nous raconter ?

Bien souvent, les gens pensent au stylo à bille quand on leur parle du BIC.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.