Giovanni Bozzi, Entraineur

Interview réalisée en décembre 2008

Giovanni Bozzi est une figure emblématique du basket en Belgique. Son palmarès mentionne 4 titres de champion de Belgique, 4 coupes de Belgique et une Super Coupe. Il fut également élu à 4 reprises coach de l’année. Aujourd’hui, il occupe les fonctions de Directeur technique à Liège-Basket.

Quelle est votre formation scolaire ?

J’ai fait une licence, qu’on appelle maintenant « master », en éducation physique à l’Université de Liège. Ces études se sont imposées à moi dans le sens où j’ai toujours été fortement intéressé par le sport.

Quelles sont les fonctions professionnelles que vous avez remplies jusqu’à ce jour ?

En sortant de l’université, mon but était d’enseigner. J’ai ainsi rempli deux intérims : chacun d’une durée de quinze jours comme professeur de gymnastique dans deux écoles secondaires. Ensuite, je suis devenu aussitôt entraîneur de l’équipe de basket de Pepinster, grâce à mes performances comme joueur car j’ai joué au basket pendant toute mon adolescence jusqu’à 25 ans. Par après, j’ai entraîné de 1994 à 2002 les Spirous de Charleroi, puis, de 2002 à 2005, l’équipe nationale. Parallèlement aux « Belgian Lions », j’ai coaché Liège-Basket jusqu’en 2007. Actuellement, j’occupe le poste de Directeur technique dans ce club.

La formation que vous avez suivie correspond-elle aux exigences du monde professionnel ?

Les bases que l’on m’a enseignées sont indispensables (tactique, techniques de jeu, connaissances anatomiques) mais il y a des manques, ne fût-ce que lorsqu’on a atteint la pratique de haut niveau. A l’université, lorsque j’y étais, aucune formation psychologique du sport n’a été envisagée. Pourtant, lorsqu’on joue, la tête est mise autant à contribution que les jambes : le fait de rater trois ou quatre paniers engendre des réflexions internes, parfois un stress, un doute de soi, une panique… Des réflexions intérieures qui conditionnent toute la suite du jeu. Le fait que j’ai été moi-même joueur de basket m’a permis de comprendre certaines de leurs réactions, paniques ou maladresses. Par cette expérience, je pouvais me mettre plus facilement dans leur esprit, contrairement à d’autres entraîneurs qui n’ont jamais été joueurs de haut niveau dans leur discipline. Le plus difficile pour un entraîneur c’est de savoir comprendre ce qui se passe dans la tête du joueur et de lui renvoyer ce qu’il a compris. Soit c’est l’entraîneur qui joue ce rôle de psychologue de l’équipe soit il faudrait dans l’idéal engager un psychologue du sport. Mais même si en Belgique le sport et ses métiers occupent une place de plus en plus importante, les équipes ne disposent pas encore de moyens financiers pour se permettre d’engager un psychologue attitré. Elles préfèrent s’entourer d’abord d’une structure médicale puisque les sportifs sont davantage professionnels et donc s’entraînent intensément : les risques d’accident sont plus élevés d’où l’utilité d’un médecin du sport à leurs côtés. Je tiens aussi à préciser que je lisais énormément, à la fois pour me constituer un bagage en psychologie (ex. : sophrologie du sport) et pour parfaire mes connaissances techniques.

Pouvez-vous nous décrire une semaine type lorsque vous étiez entraîneur ?

J’entraînais l’équipe deux fois par jour (de 11h à 12h30 ou 13h et de 18h30 à 20h) durant toute la semaine. Samedi, c’était jour de match : il fallait donc préparer la rencontre. Il s’agissait aussi de soutenir mon équipe lors de la prestation. Mais le rôle d’un coach ne s’arrête pas là. Il doit établir le contact personnel avec les joueurs afin de s’entretenir des problèmes ou difficultés éventuelles qu’ils rencontrent. En dehors des entraînements, il y a aussi le visionnage de l’enregistrement vidéo des matchs. Je les repassais trois à quatre fois d’affilée et j’essayais d’en tirer les enseignements (erreurs, stress …).

Coach, était-ce votre métier à plein temps ?

En quelque sorte oui, mais j’étais également employé par l’Université de Liège pour donner 6 à 7 heures de cours par semaine aux futurs licenciés en éducation physique. Durant mes loisirs, j’entretenais, et j’entretiens toujours d’ailleurs, ma condition physique en pratiquant du jogging, de l’aérobic, du cyclisme. Cet entraînement personnel est indispensable car le métier d’entraîneur est très stressant. On est continuellement sous tension (la presse, l’importance de l’enjeu des rencontres, les joueurs, les critiques du public …).

Comment avez-vous été engagé pour votre premier poste d’entraîneur ? Quels ont été les critères d’engagement ?

En 1987, l’équipe de Pepinster balbutiait et ne jouait que des play-downs, c’est-à-dire des rencontres qui lui permettaient à peine de se maintenir. L’entraîneur de l’équipe, sous pression, a préféré se retirer. Le comité du club m’a proposé de reprendre l’équipe afin de les dépanner momentanément. Ainsi je ne pouvais plus jouer. Les matchs gagnants se sont accumulés et l’année suivante j’ai été officiellement engagé comme entraîneur de l’équipe. C’est à ce moment que j’ai compris que ce métier me convenait parfaitement.

Quelles sont les qualités d’un bon entraîneur de basket ?

On ne devient pas du jour au lendemain entraîneur de basket et il ne suffit pas d’être attiré par la profession. Il y a d’abord la possession des qualités techniques, c’est-à-dire acquérir une technique de jeu que j’appelle la « philosophie de jeu ». Celle-ci n’est en fait qu’une combinaison de différentes techniques observées et expérimentées lors de la carrière de joueur de basket. J’ai eu la chance de côtoyer et d’être suivi par de très bons entraîneurs (sélection provinciale et nationale) en Belgique comme aux Etats-Unis. Mais avant de parler technique, il faut envisager le côté humain : ce ne sont pas les cinq meilleurs qui font des résultats, ce sont les cinq meilleurs amis. Pour cela, il faut aimer être le moteur d’une équipe, c’est-à-dire celui qui crée des liens entre les joueurs, qui tente d’instaurer un esprit de famille, un climat de confiance et d’intimité. En d’autres termes, avoir l’esprit de groupe. L’honnêteté de l’entraîneur vis-à-vis des joueurs est donc indispensable, j’entends par là le respect de la personne en reconnaissant et en sachant lui exprimer clairement ses erreurs ou ses qualités. Beaucoup d’entraîneurs jouent la carte de l’hypocrisie. Ensuite, il y a la vocation : je sens que je l’ai depuis le début.

Quels sont les avantages du métier de coach ?

Gagner sa vie en faisant ce que l’on aime est pour moi l’essentiel. Un autre agrément de la profession est de côtoyer en permanence des personnes très intéressantes, c’est-à-dire des sportifs de haut niveau, à travers le monde entier. Voyager fait partie des beaux côtés du métier.

Voyez-vous des inconvénients ?

Bien sûr, il faut supporter la pression et les critiques provenant du public supporter et des médias. Chacun d’eux représente un coach en personne : c’est parfois dur à assumer d’entendre autant d’échos et réflexions différentes pour un même match ou concernant une simple manoeuvre d’un des joueurs. Un atout pour éviter de perdre les pédales est de savoir faire le vide et acquérir la force de ne pas se laisser influencer. Il s’agit de savoir poursuivre son optique. Mais tout ceci est dérisoire à côté des bons côtés du métier. Pour ce qui concerne la famille, cela peut aussi poser problème. Il me semble primordial d’avoir une épouse et une famille qui comprennent et aiment le sport. Enfin, que les amateurs sachent que le métier d’entraîneur est aussi un métier à risques, car tout club qui engage un entraîneur exige des résultats. Si ceux-ci ne suivent pas, c’est-à-dire si les échecs s’accumulent, l’entraîneur risque d’en payer les frais et d’être mis à la porte, même si celui-ci a été un grand personnage de l’entraînement. Cette solution est parfois injuste car les échecs peuvent provenir des joueurs eux-mêmes.

Quelles sont les connaissances indispensables, complémentaires dans votre métier ?

Nous avons déjà parlé du côté psychologique : il me semble important d’inclure à sa formation de telles connaissances. A l’heure actuelle, dans le sport de haut niveau, le joueur doit avoir un physique. Par conséquent, la préparation de l’athlète est primordiale : aujourd’hui l’accent est mis davantage sur cet aspect que par le passé. Cette nouvelle facette du sport exige des entraîneurs d’élargir leurs connaissances par des stages ou lectures : il ne s’agit plus de s’intéresser uniquement au sport pratiqué ou enseigné mais également à toute la phase préparatoire en sachant que la préparation d’un athlète pratiquant un sport individuel est fort différente de celle d’un athlète faisant partie d’une équipe. Il faut aussi apprendre à tirer des enseignements des défaites régulières ou des creux dans la saison, savoir faire le bilan et s’en servir pour construire les autres victoires.

Quelle est votre idée de l’athlète de haut niveau ? Aviez-vous des exigences quant au style de vie que devaient mener vos joueurs ?

Le rôle d’un entraîneur ne consiste pas à jouer au gendarme, par exemple, à aller le vendredi soir vérifier si les joueurs sont tous rentrés chez eux. Non, il s’agit plutôt d’autodiscipline. C’est à chaque joueur de se responsabiliser. Certains de mes athlètes avaient une hygiène de vie très stricte : ils surveillaient leur alimentation par exemple. Par contre, d’autres menaient une vie moins restrictive. C’est une question de choix et de motivation. Bien sûr, j’avais des exigences mais uniquement professionnelles : horaires d’entraînement à respecter, rendement aux matchs, être en forme aux entraînements. Notons aussi qu’il y a des âges ingrats : à 18 ans, ce n’est pas facile de concilier exigences sportives et vie adolescente (sorties, vie affective…). L’entraîneur et la famille jouent un rôle important afin de convaincre le jeune de s’autodiscipliner. Très souvent, ils serendent compte d’eux-mêmes que leurs performances en seront améliorées.

La profession est-elle rentable ?

Depuis une vingtaine d’années, la profession d’entraîneur de basket commence à être bien payée. Auparavant, il y avait très peu d’entraîneurs professionnels.

Une femme pourrait-elle occuper ce poste ?

Il existe très peu d’entraîneurs féminins. Elles sont plus cantonnées dans l’entraînement des très jeunes. Je n’en connais pas les raisons car elles ont certainement la compétence. Un homme est-il plus imposant qu’une femme ? N’y croient-elles pas elles-mêmes ? Le milieu des entraîneurs étant essentiellement masculin les rebute-t-elles ? Est-ce une question de disponibilité ?

Jusque quel âge peut-on entraîner ?

La profession d’entraîneur peut forcément s’exercer plus longtemps que celle de joueur. La carrière de celui-ci n’ira que jusque plus ou moins 35 ans. Quant à l’entraîneur, il pourra remplir ses fonctions jusqu’à 55 ou 60 ans sans problème, mais sans doute pas dans le même club. 

Y-a-t-il eu évolution du métier d’entraîneur de basket-ball ?

Certainement, le basket est en pleine transformation et progression. La plus belle preuve, c’est l’engagement d’entraîneurs professionnels. Les médias se sont saisis du basket et en ont fait un sport plus populaire. Nombreux sont les articles et les publications sur ce sport. Si cela bouge autant, c’est grâce aux performances des joueurs, des clubs,de l’équipe nationale. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans ce métier ?

Une des meilleures voies pour devenir entraîneur d’un sport est d’être joueur soi-même dans cette discipline et de commencer tôt. Ensuite, débuter la profession par l’entraînement des jeunes, participer en tant que moniteur à des stages et surtout acquérir la qualité principale d’un entraîneur, à savoir l’esprit de groupe et la facilité d’écoute. Par après, si le jeune croit avoir la vocation, entamer des cours car ils permettent d’acquérir le bagage technique et tactique. Je lui conseillerais aussi de posséder un « note-book » : il y consignera son expérience au cours de ses années de pratique ainsi que les conseils des divers entraîneurs rencontrés. J’insiste sur le fait que mon expérience relève de l’extraordinaire et que la plupart des entraîneurs n’ont pas la chance de débuter, comme moi, en premièredivision.

Quelle est, selon vous, la formation adéquate ?

L'université n’est pas un passage obligé. D’autres filières sont tout aussi valables, notamment les formations de l’ADEPS et de l’Association Wallonie-Bruxelles de Basket-ball (AWBB)pour ce qui concerne mon sport. Chacun complète ses connaissances de base à sa façon.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.