Goulven Rigaux,
Vétérinaire en faune sauvage

Interview réalisée en septembre 2015  —  Interview 1203

Pourriez-vous retracer votre parcours ?

Après mes études secondaires à Tournai, j’ai suivi les études de vétérinaire à Liège. Ensuite, je suis parti travailler en France, où je m’occupais d’une clientèle mixte. Je soignais donc autant les chats et les chiens que les vaches et les cochons. Mon but était de travailler avec un éventail le plus large possible d’espèces.

J’avais un deuxième objectif qui était de travailler en Afrique avec la faune sauvage. J’ai alors suivi un master complémentaire en « Gestion des ressources animales et végétales en milieux tropicaux », organisé à Gembloux et Liège. J’ai arrêté en cours d’année car j’ai été engagé au zoo de Maubeuge en tant que vétérinaire directeur. J’ai exercé cette fonction pendant 10 ans avant de me recentrer sur le métier de vétérinaire pour le parc et de commencer à enseigner à la HELHA à Fleurus.

Aujourd’hui, en plus du zoo de Maubeuge, je travaille aussi à la réserve d’animaux du Domaine des Grottes de Han et en tant que vétérinaire libéral pour la faune sauvage.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir vétérinaire, et plus particulièrement dans un zoo ?

J’ai toujours eu un attrait pour la faune sauvage, depuis tout petit. J’avais plein d’animaux à la maison, dont des NACs.

Pourriez-vous décrire votre travail ? Les différentes tâches que vous effectuez?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le travail d’un vétérinaire dans un zoo n’est pas principalement un travail d’intervention mais plutôt de prévention. C’est l’aspect zootechnique qui prime sur le curatif. Le but est de prévenir les pathologies et donc, on travaille beaucoup sur l’environnement de l’animal, ses conditions d’hébergement, son comportement, sa relation aux autres animaux dans son groupe ou entre espèces, son alimentation, etc. Si nous intervenons en cas de maladies, c’est que l’état de l’animal est déjà à un stade avancé. On s’en aperçoit tardivement car les animaux de faune sauvage cachent leurs symptômes et il est donc très difficile de diagnostiquer les maladies. On rencontre donc plus d’échecs par rapport à une clientèle classique.

Parfois, on possède le bon traitement, le bon diagnostic mais c’est la façon d’administrer le traitement qui va être compliquée. On ne peut pas facilement leur mettre un comprimé dans la gueule, ou leur faire un pansement, comme on le ferait pour un animal domestique ou de rente. Il faut donc sans cesse chercher des solutions pour détecter la maladie, poser un diagnostic et administrer le traitement.  Pour travailler avec la faune sauvage, il faut davantage avoir une vision d’éleveur.

Dans mon métier, il est important d’être entouré de bonnes équipes. Seul, je ne peux rien faire. Le travail en collaboration avec une équipe de soigneurs animaliers bien formés est donc essentiel. Ce sont eux qui suivent les animaux au quotidien et qui peuvent donc donner l’alerte et relayer l’information en cas de changements d’attitude chez les animaux.

Un autre développement important pour les soins, c’est l’entrainement médical. C’est très particulier et propre aux parcs zoologiques. Il s’agit d’entrainer l’animal à participer à ses propres soins. Il ne s’agit pas de dressage ni de domptage mais de conditionnement en douceur, d’un apprentissage. Nous le pratiquons avec de plus en plus d’espèces aujourd’hui.  

Par son travail, le vétérinaire de zoo participe également à la conservation et à la protection des espèces et de l’environnement au sens large. On contribue à améliorer les connaissances sur les animaux sauvages et on participe à des programmes d’élevage et de réintroduction. C’est un volet très intéressant de ce métier.

Est-ce que vous vous occupez d’une espèce en particulier ?

Non, je m’occupe de toutes les espèces. La pratique acquise en clientèle mixte me sert aujourd’hui pour pouvoir m’adapter aux différentes espèces. Cela me permet de soigner à la fois un mammifère, un oiseau ou un reptile. De plus, à Maubeuge, je suis le seul vétérinaire du parc. A la réserve, nous sommes deux en relais.

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre travail en tant que vétérinaire?

J’ai l’avantage de travailler avec des animaux fascinants. J’apprécie aussi le rôle éducatif que je remplis à travers les missions des parcs. J’ai la chance d’être multi-spécialiste, d’avoir une vue globale sur la santé. Contrairement au travail en clientèle, il n’y a pas de pression des propriétaires et on n’a pas cet aspect commercial dans la relation avec l’animal.

Nous pouvons également suivre l’évolution des animaux tous les jours, ce que le travail en clientèle  ne permet pas vraiment.

Parmi les aspects négatifs, je relèverais la frustration que l’on peut parfois ressentir suite à des échecs thérapeutiques ou de mauvais diagnostics, de par la complexité de l’espèce ou un manque de connaissance de l’animal, notamment. Il y a aussi toujours ce dilemme de travailler avec des animaux en captivité alors qu’on les préfèrerait libres dans leur milieu naturel. C’est pour cela qu’il est important de travailler chaque jour à l’amélioration de leur bien-être.

Selon vous, quelles sont les qualités à posséder pour devenir vétérinaire dans un zoo ?

Il faut être fasciné par les espèces sauvages. Pouvoir travailler en équipe avec les soigneurs, être à leur écoute. Il faut aussi être patient et aimer la variété.

Vous enseignez également. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous tourner vers l’enseignement ? Qu’est-ce que vous enseignez concrètement à vos étudiants ? 

J’enseigne à la HELHa, dans la finalité Technologie animalière du bachelier en agronomie. Je forme des soigneurs animaliers et je leur apprends à avoir une meilleure compréhension de l’animal, de son fonctionnement, pour qu’ils puissent s’en occuper efficacement.

J’ai eu envie d’enseigner car je voulais avoir un impact sur la vie de l’animal en captivité, en formant de vrais professionnels.

Comment expliquez-vous l’engouement pour les métiers en lien avec les animaux, et plus particulièrement le métier de soigneur en parc animalier ?

Il s’agit de nouveaux métiers qui n’existaient pas avant. Il n’y avait pas de formation spécifique, on devenait soigneur « par accident ». Si on voulait travailler avec les animaux, il n’y avait que la formation de vétérinaire, pas forcément accessible à tout le monde.

Je pense qu’il existe un attrait de plus en plus fort pour les animaux et leur bien-être. Les parcs zoologiques fonctionnent de mieux en mieux et ont une véritable utilité dans le contexte environnemental actuel.

Cependant, il est important pour ceux qui veulent travailler dans ce domaine de bien se rendre compte de la réalité des différents métiers. Etre soigneur, par exemple, ce n’est pas donner le biberon toute la journée. Le métier de soigneur consiste surtout en la préparation des rations, le nettoyage des boxes, dans des conditions météo parfois difficiles et selon un horaire exigeant (les week-ends et jours fériés compris, ouverture tardive pendant l’été, etc.). Il faut être conscient de cela.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait faire le métier de vétérinaire en parc zoologique?

Si c’est son rêve, il doit le poursuivre mais raisonnablement. Il n’y a pas beaucoup de places mais il y en a quand même. Je lui conseillerais de voyager un maximum, l’idéal étant d’observer l’animal dans son milieu naturel, et aussi de faire des stages dans les parcs zoologiques, dans les cabinets vétérinaires.

 

 

 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.