Graphiste dans une imprimerie

Interview d'un opérateur "Mac" d'une imprimerie de trente personnes. 

Quel est votre travail  ?

Mon travail principal consiste à réaliser les mises en page des commandes de clients. Cela comprend deux aspects. Soit je dois respecter les consignes du client à la lettre : il établit exactement ce qu’il désire. Je passe alors mon temps à mettre le travail sous le format adéquat. C’est un travail fastidieux car les copies fournies par les clients sont souvent de mauvaise qualité, bourrées d’erreurs que je dois corriger. Soit je peux réaliser un travail de création. Je peux, dès lors, donner libre cours à mon imagination. C’est, bien entendu, le plus passionnant.

Quelles sont les contraintes lors de la réalisation d’un travail créatif ?

Les contraintes principales sont dictées par les possibilités techniques et par le budget du client. Il faut alors connaître parfaitement les possibilités de travail du conducteur de presse afin de pouvoir fournir le meilleur résultat au moindre prix : combien de couleurs, combien de passages à la presse  ? Tout le plaisir consiste à savoir jongler avec ces paramètres.

Quels sont les aspects négatifs de votre travail ?

L’aspect le plus négatif est l’impératif du temps. Tu as envie de faire plein de choses mais tu n’en as pas souvent la possibilité. Les imprimeurs passent leur vie à rattraper le temps perdu par le client. Ceux-ci réalisent un travail qu’ils fournissent en pensant qu’il n’y a plus qu’à l’imprimer. Malheureusement, ce n’est jamais le cas. Ils ne sont jamais au courant des impératifs de notre travail. Pourtant la date de livraison du résultat du client est fixe. Dès lors, il faut courir en permanence pour respecter les délais.

Est-il facile de trouver chaussure à son pied quand on travaille dans une imprimerie ?

Au début, il faut accepter n’importe quel boulot. Le patron donne les mêmes types de travaux à tout le monde. Mais, petit à petit, les travaux qui te conviennent le mieux te seront confiés. Le travail est tellement diversifié que c’est facile de trouver des commandes qui procurent réellement du plaisir. Il est donc assez facile de trouver chaussure à son pied, c’est dans l’intérêt de tout le monde : du patron comme de toi-même. L’important est de savoir faire sa place en fonction de sa personnalité.

Quelles sont les qualités à posséder pour travailler comme opérateur « Mac »  ?

Le plus important est de bien s’entendre avec ses collègues de travail. Il faut pouvoir communiquer toutes ses connaissances et ses données aux autres : où se trouve tel fichier, comment utiliser tel programme. La collaboration est indispensable afin de gagner du temps. Si la communication n’est pas présente au sein de l’atelier on perd énormément de temps à se débrouiller seul. Il faut également être très ordonné avec le matériel récent ; on peut travailler au centième de millimètre : il faut donc être très méticuleux.

Depuis vos débuts, comment a évolué le métier  ?

Au début, on travaillait encore manuellement. En fait, j’ai commencé quand les imprimeries ont entamé leur informatisation. Depuis, l’évolution des programmes et du matériel est constante. Nous travaillons sur cinq à six programmes seulement, mais ils sont en constante évolution. Le matériel progresse régulièrement également. Il faut donc apprendre constamment. C’est un des aspects très intéressants du travail. Ceci dit, la production n’attend pas. Dès lors, il est très difficile de se mettre devant son ordinateur pendant une heure ou deux afin d’appréhender une nouvelle manière de travailler. Il nous faut donc beaucoup improviser quand un nouveau programme arrive. Bien sûr, les chefs d’entreprise prévoient une formation continue, mais les heures de cours ne sont pas vraiment suffisantes pour maîtriser tous les nouveaux paramètres.

Une évolution difficile à suivre lorsqu’on est hors du circuit professionnel ?

Aujourd’hui, ce n’est plus très onéreux de s’équiper à son domicile : un « Mac » ne coûte plus qu’une cinquantaine de milliers de francs. Malheureusement, les programmes coûtent toujours très cher. Il n’est donc pas facile d’investir suffisamment d’argent pour suivre l’évolution professionnelle.

Est-il difficile de trouver un emploi ?

Ce qui est clair, c’est que l’évolution se dirige vers un regroupement des tâches en direction de l’opérateur « Mac ». Nous prenons de plus en plus en charge le travail des autres employés ou ouvriers de l’entreprise. Ainsi, avec la digitalisation, le montage se fait directement par l’opérateur « Mac ». Des métiers disparaissent ou sont en voie de disparaître. Par exemple, la profession de monteur. Nous sommes donc de moins en moins nombreux à travailler dans les imprimeries. Néanmoins, cette évolution a ses limites, les opérateurs « Mac » ne pourront assurer perpétuellement ce surcroît de travail, faute de temps. Il faudra donc, à terme, engager du nouveau personnel au sein du « pré-press », pour le traitement informatique des données. Je pense donc qu’il y aura toujours de l’emploi mais que la réduction de l’emploi pour les personnes ne possédant pas de qualifications informatiques est dramatique.

Un autre aspect est que nous n’avons plus le temps de prendre un apprenti sous notre aile, comme cela s’effectue encore régulièrement pour les jeunes conducteurs de presse. Il faut donc, pour les jeunes, s’efforcer d’être directement opérationnel. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout connaître pour avoir une chance d’être engagé, mais il faut posséder les bases minimales afin de pouvoir se débrouiller et d’apprendre seul, par soi-même.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune se présentant sur le marché de l’emploi ?

D’être le plus polyvalent possible et, surtout, passionné par son travail. La motivation est la chose la plus importante. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.