Graphiste dans une entreprise "pré-press"

Interview d'un opérateur « Mac » retraité ayant travaillé pendant 35 ans dans une des plus grandes entreprises « pré-press » de Belgique.

Quelle a été l'évolution de votre métier tout au long de votre carrière ?

Au début de ma carrière, aucun ordinateur ne peuplait les salles d'imprimerie. Tout le travail était réalisé manuellement. Ce n'est qu'il y a dix ans que les premiers moniteurs ont fait leur apparition. Depuis, la profession s'est emballée : les innovations technologiques n'ont plus cessé.  

Le métier de l'imprimeur a donc fondamentalement changé ?

Tout d'abord nous ne travaillons plus que devant notre écran d'ordinateur. Cela dit, la qualité du produit fini n'a pas réellement été améliorée. Le changement s'est surtout réalisé par rapport à la vitesse du processus de production. Aujourd'hui, l'important est d'aller toujours plus vite.

Quelles en sont les conséquences pour vous et pour le travail en imprimerie ?

Il est de plus en plus difficile de suivre l'évolution du matériel. Celle-ci est tellement rapide que personne ne connaît la totalité du matériel employé. Si une personne est absente pour cause de congé ou de maladie, la chaîne de production s'en trouve parfois paralysée. Personne ne sait comment faire fonctionner le système pour lequel la personne absente est spécialisé. Par rapport au travail quotidien, on a le sentiment d'être de plus en plus pressé comme des citrons. De ne plus avoir le temps de consacrer le temps que l'on voudrait à son travail.

Quelles sont les conséquences des difficultés économiques du secteur ?

Pour pouvoir investir à tout bout de champ et posséder une tête d'avance sur la concurrence, il faut continuellement réduire les coûts de production. J'ai travaillé pendant des années dans une filiale bruxelloise de ma firme. Le regroupement des activités a été jugé indispensable par la direction qui a fermé notre siège. A ce moment j'ai pris ma pré-retraite. Les autres ont dû accepter d'aller travailler très loin de chez eux pour conserver leur emploi.

Avec le recul, quel regard posez-vous sur votre profession ?

Je possède une grande amertume. Plus le temps passe, plus j'ai l'impression que mon métier est galvaudé. J'imagine que les jeunes, qui seront impliqués dès le début de leur carrière dans ce rythme de travail, ne posséderont pas cette nostalgie du passé. Ce qui est sûr, c'est que le travail s'apparente de plus en plus à un travail à la chaîne.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.