Grégoire Clerfayt,
Conseiller en environnement

Interview réalisée en janvier 2005

Grégoire Clerfayt, conseiller auprès du ministre bruxellois de l'environnement est le "Monsieur Energie" de son ministère. Formé à l'UCL comme ingénieur chimiste et des industries agricoles, il a planché pendant une dizaine d'années sur les problèmes énergétiques à l'IBGE avant d'être appelé au cabinet du ministre. Autant dire qu'il est en première ligne pour faire face au "troisième choc pétrolier" qui frappe la Belgique comme les autres pays développés. Le protocole de Kyoto (cf. ci-dessous) est entré en vigueur le 16 février dernier. 

Estimez-vous que c'est un tournant historique pour la planète ?

En effet, car il ouvre enfin la voie à une lutte globale contre ce qui pourrait se révéler le principal défi de l'humanité en ce 21ème siècle : le réchauffement climatique ! Très concrètement, pour nous, le triangle formé par la Flandre / Bruxelles, le sud des Pays-Bas et la région de la Ruhr figure parmi les zones où l'air est le plus pollué au monde. Les rejets les plus préoccupants sont les fameux gaz à effet de serre. En conséquence, on observe déjà à Bruxelles une nette augmentation de la température moyenne depuis vingt ans. Les répercussions de ces changements, notamment sur la santé, sont de plus en plus démontrées. Il est grand temps de redresser la barre ! Bruxelles devra diminuer ses émissions de CO2 de 1,160 000 tonnes/an entre 2008 et 2012. C'est la première urgence.

Par rapport au prix croissant des énergies fossiles, telles le pétrole et le gaz naturel, quelles mesures vous paraissent nécessaires ?

C'est la deuxième urgence. On peut penser que le pétrole et le gaz resteront à des coûts structurellement élevés. Il faut s'attendre à ce que notre facture énergétique augmente de façon significative, si nous ne réagissons pas pas. La Ministre Evelyne Huytlebroeck a d'ailleurs présenté une politique ambitieuse pour, à la fois, cultiver une "culture de l'énergie" auprès du public et l'inciter "au passage à l'acte" en favorisant de nouveaux comportements.

Très concrètement ?

Cela passe, par exemple, par des primes pour inviter les consommateurs à acheter des équipements économes en énergie. La région de Bruxelles-Capitale a également lancé un défi à 250 ménages qui se sont engagés à adopter une série de gestes simples tels que éteindre la lumière en sortant d'une pièce, diminuer le thermostat du chauffage d'un petit degré ou encore conduire sa voiture plus en douceur... Le but : produire une tonne de CO2 en moins par famille et par an. Ils seront suivis pendant six mois par deux associations spécialisées (le réseau Eco-consommation et Négawatt) qui leur prodigueront des conseils. Autre initiative : la création d'un corps de "facilitateurs" qui pourront aider les particuliers et les entreprises à résoudre des problèmes énergétiques épineux.

En tout état de cause, n'êtes-vous pas contraint d'agir puisque des directives européennes en la matière doivent d'ores et déjà être appliquées ?

Effectivement. C'est le cas de la directive sur la performance énergétique des bâtiments mise en oeuvre dès cette année. Celle-ci prévoit que toute nouvelle construction ou toute rénovation de plus de 1000 m² doit respecter un niveau de performance énergétique global. Par ailleurs, toute transaction immobilière, vente ou location, devra être assortie d'une certification énergétique. Ce qui signifie que de nouveaux emplois seront créés : nous aurons besoin de responsables d'énergie dans les bâtiments orientés vers l'efficacité énergétique et d'environ 200 "certificateurs" par an à Bruxelles, recrutés parmi des architectes, ingénieurs ou encore géomètres.

Il s'agit d'une véritable mobilisation pour mieux gérer l'énergie ?

Bien sûr. Elle ne s'arrête d'ailleurs pas là. En profondeur, nous développons le concept d'"éco-construction", c'est-à-dire la prise en considération de la santé humaine et du développement durable à tous les stades de la construction : depuis le choix des matériaux, en passant par la gestion de l'eau et des déchets pendant les travaux, l'intégration des bâtiments dans l'environnement, et naturellement la bonne maîtrise énergétique de l'ensemble. Ceci deviendra un secteur économique de plus en plus porteur nécessitant des compétences spécifiques. Comme toujours, ces savoir-faire et ce nouvel état d'esprit seront d'abord le fait de spécialistes pointus puis irrigueront tous les métiers existants de la construction. Autre innovation à citer : les certificats verts en faveur des énergies alternatives. Nous voulons soutenir les nouvelles installations produisant de l'énergie à partir de sources renouvelables. Le bénéfice environnemental de ces filières n'est plus à démontrer, mais leur coût de production est encore un frein à leur développement. C'est pourquoi, nous imposons aux fournisseurs d'énergie traditionnelle de distribuer un certain quota d'"électricité verte" à leurs clients.

Toutes ces initiatives supposent une politique de communication très active auprès des ménages, du secteur public, du secteur tertiaire et des industriels ?

Nous faisons régulièrement des opérations d'envergure : par exemple des week-end « Portes Ouvertes de l'Energie » pendant lesquels nous invitons le public à découvrir gratuitement, chez des particuliers, des entreprises ou des collectivités, des astuces pour économiser l'énergie. 

*Le protocole de Kyoto, adopté le 11 décembre 1997, engage les pays industrialisés à diminuer les émissions globales de gaz à effet de serre d'ici 2008-2012 de 5,2% par rapport aux niveaux de 1990. Ces objectifs sont répartis entre les pays en fonction de leurs niveaux d'émission. L'Union européenne doit réduire ses émissions de 8%, la Belgique de 7,5%.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.