Grégory Dereppe,
Ergothérapeute indépendant et responsable du service ergothérapie du Centre Hospitalier Neurologique William Lennox

Interview réalisée en avril 2018

Au départ, qu’est-ce qui vous a donné envie d’être ergothérapeute ?

Au terme de mes études secondaires, longue hésitation entre plusieurs disciplines paramédicales dont la psychologie, la neuropsychologie, la kinésithérapie. Dans le cadre de mes recherches, l’ergothérapie m’est alors apparue comme une profession plus diversifiée et « complète » (en ergothérapie, nous parlons d’une vision/approche holistique [1]de la personne), ancrée dans les habitudes de vie du patient.

Vous travaillez dans un Centre hospitalier neurologique. Quelles sont les pathologies que vous rencontrez le plus fréquemment ?

Nous prenons en charge des patients adultes et pédiatriques. Les pathologies principales sont les suivantes : l’accident vasculaire cérébral (AVC), le traumatisme crânien (TC), l’épilepsie, l’éveil de coma (les états altérés de la conscience) et les troubles cognitifs développementaux[2].

Quel est le rôle de l’ergothérapeute dans ce contexte ?

L’ergothérapie vise à favoriser le maintien ou l’accroissement de l’autonomie et de l’indépendance des personnes en situation de handicap (nommée restriction de participation) dans leurs activités et lieux de vie habituels.

La finalité de l’ergothérapie dans l’accompagnement de la personne est donc de permettre à celle-ci de retrouver ou de maintenir un fonctionnement optimal dans son milieu familial, social et professionnel, par l’utilisation d’activités concrètes et significatives basées sur les habitudes de vie de la personne.

Pour ce faire, au sein de notre service, nous intervenons à plusieurs niveaux :

  • nous évaluons les (in)capacités du patient, les éléments significatifs de l’environnement humain, matériel et physique et les situations de handicap lors de la réalisation des habitudes de vie de la personne dans le domaine familial, scolaire, professionnel et socioculturel ;
  • nous proposons des activités thérapeutiques spécifiquement choisies et des mises en situation de vie quotidienne pour favoriser l’amélioration des fonctions déficitaires (cognitive, sensori-motrice, communicationnelle…) et réduire les limitations fonctionnelles mais aussi pour développer les capacités résiduelles, solliciter les ressources d’adaptation et d’évolution ;
  • nous analysons les besoins d’aide humaine en vue du retour ou du maintien dans le lieu de vie ;
  • nous étudions les aides matérielles et les aménagements environnementaux nécessaires. Nous recherchons et conseillons le matériel et les aides techniques, puis nous guidons les essais et l’apprentissage de leur utilisation. Nous apportons un avis technique spécifique en intervenant auprès de la personne, de son entourage, d’associations, d’entreprises (réinsertion professionnelle), d’instances (AWIPH, mutuelles, …) ;
  • nous conseillons l’individu en difficulté et son entourage, nous sommes attentifs à permettre le transfert des acquis et favoriser l’intégration de la personne dans ses activités et son environnement.

C’est par son outil thérapeutique spécifique, l’Activité, dans ses différentes composantes cognitives, motrices, sensorielles, psychologiques, socioculturelles, et par la spécificité de son aire d’intervention, le cadre de vie de tous les jours, que l’ergothérapeute est apte à œuvrer dans une perspective de réadaptation globale. 

En effet, au sein de l’équipe pluridisciplinaire, le rôle de l’ergothérapeute dans l’accompagnement des patients est étendu. Son action, tout en étant spécifique, touche à celle de beaucoup d’autres intervenants : l’équipe de nursing en ce qui concerne la rééducation à l’indépendance dans les soins personnels, les kinésithérapeutes pour la rééducation sensori-motrice et fonctionnelle, la neuropsychologie dans l’impact des troubles cognitifs sur la réalisation des habitudes de vie, la logopédie pour les activités de communication, le service social pour la préparation du retour à domicile, etc… L’intervention de l’ergothérapeute s’inscrit donc particulièrement dans une approche pluridisciplinaire.

Votre service comprend deux départements : l’ergothérapie adulte et l’ergothérapie pédiatrique. Qu’est-ce qui les distingue ? En quoi le travail avec des enfants est-il différent de celui avec des adultes ?

L’ergothérapeute pédiatrique considère particulièrement l’approche thérapeutique tournée vers l’enfant et l’adolescent dans sa globalité plutôt que vers une partie du corps ou un symptôme en particulier. Cette spécialité paramédicale privilégie le modèle ludique pour les plus jeunes et s’appuie sur la pratique d’activités concrètes pour les patients plus âgés. L’éveil de la créativité est également préconisé à la fois chez les plus petits et chez les adolescents.

L’objectif de l’ergothérapie est de permettre à l’enfant de se développer, d’être autonome et « productif ». Il s’agit de lui faire prendre conscience de son corps, de favoriser les habiletés manuelles et cognitives, de l’éveiller à son environnement physique et social et d’interagir avec celui-ci en vue d’acquérir une plus grande indépendance et autonomie dans les activités de la vie journalière (manger, boire, s’habiller…).

Selon l’âge de l’enfant, l’ergothérapeute développe les prérequis scolaires, le transfert des acquis en situation écologique[3] en vue d’une intégration la plus harmonieuse possible. L’ergothérapeute est attentif à favoriser un développement harmonieux dans ces différents domaines tout en privilégiant l’épanouissement du patient dans sa vie et ses apprentissages.

Notre troisième service est le « Service préprofessionnel », il a pour objectif d’accompagner et d’aider les jeunes à organiser les ressources disponibles autour d’un objectif déterminé. Pour rencontrer cet objectif, nous mettons en relation un ensemble d’éléments. Nous évaluons dans un premier temps les compétences des jeunes (adolescents). Nous aidons ceux-ci à développer leurs potentialités, à remédier aux difficultés qu’ils rencontrent et à construire un projet concret s’inscrivant dans une prise en charge pluridisciplinaire. Le Service préprofessionnel n’a pas pour objectif un apprentissage systématique d’un travail bien spécifique mais de familiariser le jeune aux différentes réalités du travail.

Le service prend en charge des adolescents de 12 à 18 ans qui présentent des difficultés telles qu’une situation de décrochage scolaire, des difficultés d’ordre moteur, cognitif, comportemental, etc. Notre objectif est d’évaluer les capacités de ces jeunes et de leur permettre de poursuivre une formation à la pratique professionnelle ou d’envisager une réorientation.

En tant que responsable du Service Ergothérapie, en quoi consiste votre travail ?

Il comprend trois grands axes :

  • Gestion du service et des équipes. Gestion des ressources humaines, budgétaires et administratives du service ;
  • Représentation du service et de la profession au sein de l’hôpital ;
  • Développement de l’offre de soins spécifique en cohérence avec la mission générale de l’institution afin de répondre aux différents besoins (des patients et de l’hôpital).

Vous travaillez également en tant qu’ergothérapeute indépendant. La pratique du métier diffère-t-elle du travail en hôpital ?

Elle n’est pas différente dans la mesure où nous poursuivons le même objectif final, celui de permettre à la personne d’être autonome et indépendante dans ses habitudes de vie.

Elle est différente dans la mesure où l’ergothérapie est exercée au sein de l’environnement de la personne (versus l’environnement d’un centre de rééducation). Notre intervention peut alors être ajustée, non seulement à la personne mais aussi à l’environnement (physique et humain) qui est lui-même source d’obstacles et de ressources.

Mon avis personnel est que l’ergothérapie est nécessaire dans les hôpitaux (au sein des équipes pluridisciplinaires) et incontournable dans l’environnement de la personne en situation de handicap.

D’après vous, quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

  • Créatif (pas uniquement au sens artistique)
  • Empathique
  • Ouvert d’esprit
  • Souhait de fuir la routine professionnelle
  • Motivation pour le travail en équipe, en réseau
  • Capacités d’analyses et recherches de solutions

Quelles sont les principales difficultés rencontrées au quotidien ?

La plus importante difficulté reste sans nul doute le manque de (re)connaissance/valorisation de la profession bien que nous observions une amélioration constante ces dernières années.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui a envie de se lancer dans le milieu ?

L’ergothérapie est une profession aux multiples facettes, et en pleine évolution. Après 12 années sur le terrain, je reste convaincu que je ne pourrais pas trouver le même épanouissement professionnel dans une autre discipline paramédicale.

 

[1] L’approche holistique de la santé considère chaque personne dans sa globalité.
[2] Les troubles cognitifs développementaux affectent une fonction précise de la cognition et sont responsables de troubles spécifiques des apprentissages chez l’enfant.
[3] Situation écologique, c'est-à-dire proche de la vie quotidienne.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.