Guillaume Segovia,
Compositeur - arrangeur

Interview réalisée en juillet 2011

Guillaume Segovia est compositeur et arrangeur, il travaille sur des projets divers (préparation de comédies musicales, collaboration avec des maisons de disques, avec des chanteurs et des groupes...).

 

Quel est votre parcours? Votre formation?

Je n’ai pas suivi de formation musicale dans un conservatoire ou une académie. Je suis autodidacte. Quand j’avais 6 ou 7 ans, j’avais un clavier et je reproduisais ce que j’entendais à la radio. Plus tard, j’ai reçu un véritable synthétiseur sur lequel j’ai continué à évoluer. J’ai pris des cours dans une école  que j’ai quittée rapidement car cela ne me convenait pas. Ensuite, je suis parti vivre à Montréal avec mes parents pendant 4 ans. Là-bas, j’ai rencontré deux profs de piano et de solfège qui m’ont appris les bases de la musique, la technique du piano et où j’ai suivi des cours d’arrangements. Après cela, je suis revenu en France où j’ai tourné en tant que claviériste dans des orchestres professionnels pendant deux ans. Ensuite, je suis venu vivre en Belgique où j’ai rencontré un batteur qui s’appelle Toto et qui a joué avec Ray Charles, BB King, etc. Il m’a donné des pistons et m’a aidé à rentrer dans le métier en Belgique. Enfin, à l’âge de 16 ans, j’ai aussi appris la guitare, toujours en autodidacte.

 

Vous n'avez donc pas suivi de formation musicale, mais si c'était à refaire, le feriez-vous?

Oui, ne fut-ce que pour améliorer ma technique, pouvoir lire, écrire des partitions lorsque je travaille avec des violonistes. Je pense que j’aurais pu faire le conservatoire bien que ce soit une formation très classique, qui n’ouvre pas forcément l’oreille à d’autres styles.

 

Sur quels projets et avec quels artistes travaillez-vous?

En Belgique, j’ai commencé à travailler avec Curt Close, ce qui m’a ouvert des portes à Paris dans les maisons de disques notamment. J’ai d’ailleurs travaillé pour Universal à Paris. Il y a trois ans, j’ai sorti un projet avec une chanteuse qui s’appelle Gey et dont j’avais entièrement composé l’album. On a fait pas mal de festivals, le disque a tourné en radio, etc. Je travaille aussi avec Florian Etienne, qui a tenu le rôle de Marc-Antoine dans la comédie musicale « Cléopâtre ». Actuellement, je suis en pleine préparation d’une comédie musicale en France. Je m’occupe de la partie musicale, c’est-à-dire des compositions et des arrangements. Il y a des auteurs sur Paris qui se chargent des textes. Pour l’instant, j’ai un peu carte blanche. Cependant, je sais que le style sera plutôt « rock-symphonique », que je dois composer autant de slows et autant de musiques qui bougent plus, le tout en fonction du thème évidemment. 

 

Vous êtes également arrangeur. En quoi cela consiste-t-il?

Une fois la chanson composée au piano, il faut l’orchestrer, c’est-à-dire, la « repenser » avec d’autres instruments comme le violon, la batterie, etc. Dans mon studio, j’utilise des programmes informatiques pilotés via des claviers. Une fois l’arrangement réalisé, on repasse en studio avec des instrumentistes qui interprètent la chanson en fonction des arrangements. 

 

D'après vous, comment doit-on s'y prendre pour percer dans le milieu?

Je pense que c’est avant tout une question de chance et de rencontres. Les contacts que l’on peut créer dans le milieu sont très importants. Je prends l’exemple de Florian Etienne. Le jour même où je lui crée un Myspace en y intégrant quelques morceaux, Bruno Berbères, le directeur de casting de la comédie musicale « Cléopâtre », le repère et voit en lui le Marc-Antoine qu’il cherchait. Quelques jours après, Florian s’est retrouvé en studio avec Pascal Obispo, Kamel Ouali, etc. Son rôle dans la comédie musicale nous a ouvert des portes car il avait signé chez Universal, donc après, c’était plus facile. En tout cas, je pense qu’il ne sert à rien de « bombarder » les maisons de disques avec des maquettes. La plupart du temps, les producteurs n’ont pas le temps d’écouter.

 

Est-ce difficile de vivre de la musique?

Honnêtement, oui. Ce qui rapporte réellement de l’argent dans ce milieu, ce sont les droits d’auteur ou bien faire un maximum de concerts. Le problème c’est que les diffusions radio ne sont pas évidentes à obtenir, surtout pour un artiste qui s’autoproduit et qui n’a pas de producteur, d’attaché de presse pour assurer cette diffusion. Personnellement, cela va faire seulement trois ans que je peux prétendre pouvoir vivre de la musique. Avant cela, j’ai beaucoup galéré.

 

Avez-vous un style particulier?

Je suis plutôt variété française, même si j’écoute d’autres styles comme le jazz, le blues, la pop anglaise… Selon moi, c’est important d’avoir d’autres influences, d’écouter d’autres artistes, de façon à développer l’oreille et à ne pas rester bloqué sur un style en particulier.

 

Est-ce un métier plutôt solitaire?

Pour ma part, je préfère travailler seul. Je possède mon propre studio, ce qui me permet de travailler tranquillement. J’envoie mon travail à la production et si ça plait, tant mieux et si pas, je revois cela avec le producteur. C’est donc aussi un travail d’équipe. Chacun amène ses idées à partir de la base que je propose une fois qu’on est en studio.

 

Quelles sont les qualités à posséder?

Je pense qu’il faut beaucoup d’humilité. Ce n’est pas parce qu’on sort un single qu’il faut tout de suite se prendre pour ce que l’on n’est pas (encore). Il faut prendre beaucoup de recul, écouter les professionnels et se remettre en question. Il faut essayer d’apporter un truc en plus par rapport à ce qui se fait déjà. 

 

Qu'est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail? Le moins?

J’aime forcément le travail d’arrangement et de composition. Les rencontres, le travail en studio et voir l’évolution et l’aboutissement des projets. J’aime moins le fait qu’il s’agisse d’un milieu où il y a beaucoup de pression, de stress… Il faut vraiment prendre du recul par rapport à tout cela.

 

Quels seraient les conseils que vous donneriez à un jeune qui veut se lancer?

Il faut être prêt à galérer ! Il faut se faire des contacts, jouer partout (dans les bars, dans la rue, etc.) pour essayer de se faire repérer. Le talent ne suffit pas toujours. Il faut beaucoup de chance, être là au bon endroit au bon moment. Il n’y a malheureusement pas de règles pour le succès. Parfois, cela se joue à peu de choses. 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.