Guy Lebrun, Exploitant forestier

Interview réalisée en septembre 2007

A Lasne-Ohain, dans le Brabant wallon, Guy Lebrun exerce la profession d'exploitant forestier. Il est âgé de 54 ans et a créé Lebrun Bois S.A. en 1988.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J'ai fait une licence en sciences économiques appliquées ainsi qu'un peu d'audit international et, depuis 1978, je travaille dans le secteur du bois. J'ai démarré seul et j'y suis allé progressivement en vendant du bois de chauffage pour ensuite évoluer vers la grume de qualité.

Comment pourrait-on décrire la profession d'exploitant forestier ? En quoi consiste-t-elle ? Quelles sont ses particularités ?

L'exploitant forestier fait le lien entre la forêt (propriétaires de bois) et l'industriel, premier transformateur de bois et qui a un besoin en bois bien spécifique. Nous faisons de la livraison just in time aux scieries, trancheurs, dérouleurs, papeteries et fabricants de panneaux en fonction de contrats souvent annuels. Il ne faut pas confondre l'exploitant forestier avec l'expert forestier, qui organise des ventes de bois sur pied. L'un ne peut pas être l'autre, ce n'est pas compatible car cela pourrait générer des conflits d'intérêt.

Dans la filière bois, à quel niveau vous situez-vous ?

Je dirais que nous nous situons entre le producteur (propriétaire forestier) et l'industriel, premier transformateur du bois.

Quelles sont vos tâches principales ? Comment se compose votre emploi du temps ?

Nous réalisons des achats de bois sur pied. Cela prend beaucoup de temps pour être fait convenablement. Les experts désignent les arbres qui doivent être enlevés. Avec mon équipe, nous faisons des estimations ponctuelles, nous consultons des catalogues et nous allons voir directement sur place. A ce sujet, le prix d'un mauvais ou d'un bon chêne peut varier de 1 à 15.

La commercialisation prend également du temps mais il y a des habitudes qu'on acquiert car nous avons des clients fidèles d'une année à l'autre. Le travail comprend également le suivi des coupes, c'est-à-dire l'abattage et le débardage des arbres afin que nous puissions les expédier selon les demandes qualitatives et quantitatives de la clientèle.

Il faut être souple, s'adapter au client, au carnet de ventes mais aussi à la météo. Ainsi, l'abattage et le débardage ne peuvent se faire lors de mauvaises conditions climatiques (fortes pluies, sols détrempés, dégel). Dans ce cas-là, nous nous adaptons et faisons autre chose : estimations, contacts clientèle, travaux administratifs,... Je passe la majeure partie de mon temps en forêt, le restant étant des visites de clients et du travail de bureau.

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer cette profession ?

Il faut aimer le matériau bois et être un gestionnaire d'équipe. D'autre part, il faut savoir gérer un stock ainsi que l'aspect financier, comme toute autre entreprise.

La profession d'exploitant forestier comporte-t-elle des avantages ou des inconvénients ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Je considère que si on aime ce travail on n'y trouve que des avantages. Les inconvénients résident dans les conditions climatiques : pluie, froid,... Quant aux difficultés, elles sont essentiellement techniques mais il peut également y avoir des défauts de paiement avec les clients ou des contestations au sujet de la qualité du produit fourni. Or, le matériau bois n'est pas homogène. Enfin, il peut aussi survenir des problèmes avec des organisations écologistes. Il y a un manque d'information du public qui a tendance à croire que couper un arbre nuit à la forêt.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Pour moi, ce sont les achats, les estimations et les réceptions des grumes haut-de-gamme.

La profession a-t-elle évolué ? De quelle manière ?

Oui, il est en constante évolution en fonction des besoins des clients, du manque de matière, et de la poussée écologique qui entraîne des difficultés et contraintes d'exploitation. Donc, il est nécessaire de se spécialiser et d'affiner ses connaissances, par exemple à propos des maladies des arbres.

Mais il y a d'autres évolutions. Ainsi, la profession présente des risques financiers avec d'éventuels retournements de marché. Il faut s'adapter selon les augmentations ou les baisses de prix du bois. On peut aussi noter des phénomènes de mode. Certains types de bois suscitent un intérêt puis cela change subitement. Actuellement, c'est le chêne qui domine depuis deux ans. Enfin, il y a le marché asiatique qui devient incontrôlable.

Pensez-vous qu'il s'agit d'un métier d'avenir ?

Oui. Je travaille avec mon plus jeune fils et je lui dis souvent qu'il ne doit rien craindre car il y aura toujours des industriels du bois, qu'ils soient trancheurs, dérouleurs ou encore scieurs, qui s'adresseront à nous. La forêt est de moins en moins homogène et il faudra recourir plus fréquemment à des exploitants pour obtenir la quantité de bois demandée. D'ailleurs, ma clientèle augmente chaque année.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune intéressé par ce métier ?

Il est essentiel d'y aller progressivement. Il peut ainsi se faire engager par un exploitant forestier déjà reconnu pour débuter et comprendre le métier. Démarrer seul quand on est inexpérimenté n'est pas une bonne solution. L'âge moyen des exploitants augmente, sauf pour ceux qui ont déjà de la famille dans ce secteur. Une chose est toutefois certaine : il faut aimer le bois !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.