Guy Mazairac, Médecin urgentiste

Interview réalisée en janvier 2005

Guy MAZAIRAC, médecin urgentiste et directeur du SMUR du Centre Hospitalier Régional de Namur.

Quelles sont vos responsabilités et vos activités principales dans cet hôpital ?

Je travaille en tant que médecin urgentiste à la fois au Service des Urgences et dans l'équipe SMUR. Je vois donc des patients à l'hôpital au Service des Urgences mais aussi à l'extérieur de l'hôpital quand l'équipe SMUR est appelée en urgence.
Le centraliste 100 dispatche les appels. En fonction de la gravité supposée de la situation, il envoie soit une ambulance simple sur les lieux soit une ambulance et un SMUR.

L'équipe SMUR se compose pour chaque intervention d'un médecin urgentiste, d'un infirmier SISU et éventuellement d'un stagiaire : brevet en médecine aiguë, étudiant en médecine, infirmier étudiant en spécialisation SIAMU, ambulancier.

Dans certains cas, la présence du médecin n'aurait pas été nécessairement indispensable mais il vaut mieux prévenir que de se rendre compte sur place qu'il aurait fallu un médecin. Dans ces situations, le délai est mortel.

Certaines missions sont directement clôturées à l'extérieur. Par exemple, un diabétique a appelé en urgence parce qu'il ne se sentait pas bien. On rétablit son taux de sucre.

Dans d'autres situations, l'état de la personne nécessite une hospitalisation suite par exemple à un accident de la route, pour cause de maladies cardiovasculaires, ou après un accident de travail.

Arrivé sur les lieux, je supervise l'intervention. Il y a des examens physiques à effectuer et certains traitements. On met ensuite le patient dans les meilleures conditions pour être transporté. On organise son séjour hospitalier en prenant contact avec l'hôpital où il veut être pris en charge. Il y a peu de lits aux soins intensifs, ce qui nécessite un contact préalable avec les réanimateurs.

On a certains moyens pour établir le diagnostic et en fonction de la pathologie découverte, on dirige le patient vers le service spécialisé. Par exemple, si on s'aperçoit que la personne a fait un infarctus très récemment, on l'emmène directement en cardiologie. Suite à une échographie, si on se rend compte que la personne a un anévrisme de l'aorte, on l'emmène en salle d'opération. On fait dès lors gagner du temps au patient en l'emmenant directement au lieu de traitement. Evidemment, tout doit se faire après contact et accord du spécialiste concerné.

De plus, j'effectue du travail administratif et de gestion en tant que directeur du SMUR et je donne des cours de réanimation et d'échographie. Dans mon rôle de direction, je gère le matériel, son entretien, les réparations, je participe à des études internationales, à des réunions internes et externes. Les urgences sont l'interface entre l'hôpital et la « vraie vie ». Le SMUR sort de l'hôpital. Je participe aussi à l'organisation sécuritaire pour les grandes manifestations.
Par exemple, si le Tour de France passe à Namur, le SMUR doit s'y préparer. J'ai aussi des relations avec les pompiers et la police. Je m'occupe de l'organisation de l'équipe au sens large, des cours et des réunions. J'effectue aussi du travail administratif, je gère la facturation, je veille à répondre aux normes légales, je m'occupe des documents demandés.

Quel est votre parcours de formation ?

J'ai d'abord fait mes études de médecine et je me suis ensuite spécialisé dans la chirurgie. En ce qui concerne la formation, c'est en train de changer. Pour le moment, il faut au minimum le titre de docteur en médecine et le brevet de médecine aiguë. Il y a aussi des médecins qui ont fait une spécialité de base : médecine interne, anesthésie, chirurgie, pédiatrie et 2 ans de soins d'urgence. Ce sont des médecins qui ont donc une compétence particulière en soins d'urgence.

Suivez-vous des formations continues ?

A ce niveau, il y a une accréditation pour stimuler les médecins. On suit des cours, on participe à des congrès, des séminaires auxquels des points sont attribués. On doit totaliser 200 points par an dont 30 points de cours d'éthique et d'économie.
On a notamment des modules de 2 jours de cours particuliers en réanimation cardiaque, en prise en charge des personnes polytraumatisées, en réanimation aiguë néonatale et pédiatrique, en prise en charge de personnes polytraumatisées en dehors de l'hôpital.

On apprend aussi à utiliser les techniques d'échographie aux urgences et en pré hospitalier. Les machines deviennent transportables et ne servent pas qu'aux gynécologues ou radiologues. Il y a une formation de 2-3 jours pour apprendre les premières bases de l'échographie qui s'intitule en Europe francophone : protocole rapide d'échographie du polytraumatisé.
On peut ensuite approfondir la matière par des modules de 2 jours en écho cardiologie, en écho abdominal, en écho musculaire.

Quels sont vos horaires de travail ?

Je fais des gardes de 24 heures. J'arrive le matin à 8h00 et je termine le lendemain à la même heure. Je fais en moyenne 80 gardes de 24 heures par an. Il faut adapter ce travail au mode de vie. On travaille la nuit et les week-ends, quand les autres se retrouvent en famille. On est souvent absent, ce n'est donc pas évident à concilier avec la vie de famille.
Pour le moment, il n'y a pas une valorisation correcte du travail de nuit et le week-end.
De plus, les formations et certaines réunions de service se font aussi le soir ou le week-end. La partie administrative de mon travail s'effectue, elle, les jours « normaux » aux heures « de bureau », en dehors et en plus de mes jours de garde.

Quels sont les inconvénients de ce travail ?

La pénibilité du travail de nuit et du week-end. On est confronté à ce qui perturbe tout le monde, partout où l'on va, on n'est jamais là au bon moment. L'urgence par définition n'est jamais prévue, on perturbe dès lors le programme normal des autres médecins. La situation les force à intercaler les choses, à rester travailler plus tard ou à se lever en pleine nuit. On n'est donc pas toujours bien accueilli.

Les patients ne sont pas préparés, les circonstances sont plus dramatiques. Ce qui leur arrive est imprévu, ça bouleverse leur projet, l'organisation de leur vie. Leur vie est brutalement perturbée, ce qui peut aussi être lourd à porter pour les médecins.
Quand on doit annoncer à la famille le décès brutal d'un de leurs proches, on se sent impuissant. On est formé à agir mais dans certains cas, on ne sait rien faire. On essaie d'adopter une attitude qui aide la famille, des paroles bienfaisantes.

On est de plus confronté à beaucoup de misères de la société : sociale, humaine, financière. Certaines personnes vivent dans des solitudes extrêmes, on arrive parfois trop tard. C'est perturbant pour l'équipe qui arrive sur place. Il n'y a pas grand chose de prévu pour le moment pour nous permettre de parler de ces vécus difficiles.

D'après vous, quelles sont les qualités essentielles d'un bon médecin urgentiste ?

Il faut aimer les horaires irréguliers, le travail de nuit et l'imprévu. On ne sait jamais à quoi s'attendre. Il y a une variabilité de l'intensité du travail. On doit alterner des heures de surcharges et des heures plus calmes où on n'est pas appelé en intervention. Mais ce n'est pas toujours dans le bon ordre, parfois on travaille pendant longtemps sans interruption alors qu'on aurait aimé soufflé et à d'autres moments, c'est l'inverse. Il faut donc pouvoir s'adapter à un rythme de travail irrégulier.

Il faut être ouvert à beaucoup de domaines de la médecine. Les pathologies qu'un urgentiste rencontrent sont variables. On intervient dans l'urgence pour ce qui appartient à toutes les spécialités des autres médecins (cardiologie, orthopédie,...). On doit avoir des compétences dans de nombreux domaines même si l'étendue est limitée puisqu'on s'occupe spécifiquement de la prise en charge en urgence. D'ailleurs certaines parties de la pathologie sont traitées par l'urgentiste et échappent donc à la spécialité. Notamment quand c'est la phase aiguë du trouble.

Des qualités humaines sont aussi nécessaires. Ce n'est pas propre à notre spécialité. La particularité, ici, est que le patient est souvent plus agressif. Il souffre. Il est obligé de venir aux urgences alors que ce n'était pas prévu. La douleur et l'inconfort de l'imprévu le rendent plus agressif. Il faut donc gérer la relation avec le patient en tenant compte de ces éléments.

Des qualités techniques sont requises, il faut une certaine habileté manuelle pour exercer certains actes en SMUR, dans des conditions difficiles. On n'a pas les mêmes conditions de travail que dans un hôpital. Par exemple, en hiver, on peut être amené à travailler au bord de la route dans le froid.

Il faut savoir prendre des décisions rapidement, on n'a pas le temps de réfléchir, peser le pour et le contre très longtemps. De plus, on ne sait prendre presque aucun avis, on est seul face à la décision, d'où l'importance d'être autonome.

En conclusion, quels sont les aspects positifs de ce métier ?

Comme pour beaucoup de professions, il est important de se connaître et d'être en adéquation avec les exigences spécifiques.
Ce qui paraîtra à certains comme le comble de l'insupportable, peut très bien être le comble du bonheur pour d'autres.

Les qualités et les défauts de ce métier en font les charmes, variabilité, imprévu, le monde de la nuit. Peu de routine.
De vraies satisfactions professionnelles, mais souvent à vivre en solitaire et à trouver au fond de soi, ne pas attendre trop de mercis, mais quelques vrais bonheurs. Le bilan de ces presque vingt ans me semble globalement positif.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.