Hélèna Andry, Logopède indépendante

Interview réalisée en mai 2018

Pourquoi avez-vous choisi le métier de logopède ?

Lorsque j’avais environ 15-16 ans, j’ai eu l’occasion d’entendre une jeune dame discuter de son métier avec une amie à elle. A l’époque, ce que j’entendais ne me faisait pas penser à un métier connu en particulier mais je trouvais que ce qu’elle racontait avait l’air génial. Elle expliquait qu’elle était en train de créer un jeu et pensait à l’éditer. Ainsi, je lui ai posé diverses questions et elle m’a expliqué que son métier consistait à travailler avec des enfants en difficulté d’apprentissage et qu’il fallait essayer de trouver des « trucs », des « astuces » pour les aider à comprendre certaines choses. Depuis toute petite, j’ai toujours aimé bricoler, créer, inventer, aider les autres, transmettre mes savoirs… Ce métier collait parfaitement avec ma personnalité.

Quel a été votre parcours professionnel jusqu’à présent ?

J’ai commencé à travailler dans une polyclinique près de chez moi à Colfontaine il y a environ 5 ans (fin 2013). Ensuite, j’ai pu obtenir une place dans une école et, enfin, au sein de deux Centres : « Le Diapason » à Mons et « Repérage » à Hyon.

Vous travaillez principalement avec des enfants. Quelles sont les problématiques que vous rencontrez le plus souvent ?

De manière générale, les parents téléphonent en évoquant le fait que leur enfant parle mal ou ne lit pas bien. Lorsque l’on réalise le bilan logopédique, nous pouvons objectiver différentes choses. En ce qui concerne la sphère orale, l’enfant peut présenter un trouble articulatoire et/ou des difficultés phonologiques, lexicales, syntaxiques, pragmatiques… ce qu’on appelle « un trouble du langage oral » pouvant aboutir parfois, après plusieurs années de suivi, au diagnostic de « dysphasie ». Au niveau de la sphère écrite, le bilan peut mettre en évidence des difficultés en lecture (dans l’analyse phonologique, visuelle…), en écriture… ce qu’on appelle alors « trouble du langage écrit » aboutissant parfois au(x) diagnostic(s) de « dyslexie et/ou dysorthographie ».

Ce sont, pour ma part, les demandes les plus nombreuses avec celles concernant les difficultés logico-mathématiques (voir « dyscalculie ») et les difficultés d’organisation, de structuration, d’espace, de planification… (voir « dyspraxie »).

Il existe bien d’autres domaines pour lesquels une logopède peut intervenir dont je ne m’occupe pas comme les troubles de l’oralité chez les jeunes enfants, les troubles oro-myo-fonctionnels, les troubles de la voix, les aphasies, les dysarthries chez les patients plus âgés…

Concrètement, comment s’effectue la prise en charge d’une personne souffrant de troubles logopédiques ? Quelles sont les différentes étapes de travail ?

Les parents prennent contact avec nous. Nous organisons un rendez-vous pour réaliser l’anamnèse (ensemble des questions visant à connaitre l’enfant, son parcours…) ainsi que le bilan. Nous réunissons les différents documents nécessaires (QI, audiométrie…) afin d’envoyer le dossier auprès de la mutuelle pour obtenir un accord et avoir droit au remboursement des séances. Une fois l’accord reçu, nous planifions un horaire avec les parents. De manière générale, les enfants viennent 2x 30mins/semaine pendant quelques mois pour les troubles plus légers allant à quelques années pour les troubles plus sévères.

Quels sont les autres professionnels avec lesquels vous collaborez ?

Nous sommes régulièrement en contact avec des neuropsychologues (qui effectuent QI, bilans attentionnels, rééducations…), des neuropédiatres (qui posent les diagnostics, suivent les patients…), des ORL (pour les audiométries, prescriptions,…), des psychologues,…

La prise en charge s’effectue-t-elle toujours au sein du Centre Diapason ou vous rendez-vous parfois au domicile ou à l’école des patients ?

J’effectue mes suivis au sein des centres « Diapason » ou « Repérage » mais je ne prends jamais un même patient au centre et en école ou à domicile. Je n’alterne pas. Par contre, je suis des enfants dans des écoles mais je ne fais et n’ai jamais fait de domiciles.

Quelles sont vos conditions de travail (statut, horaires…) ?

Je suis indépendante totalement. J’organise mon horaire un peu comme je le souhaite en fonction des créneaux prévus avec mes collègues dans les différents centres. Je travaille du lundi au samedi. J’ai parfois de courtes journées (3-4 heures) et parfois de très longues journées (9-10 heures).

D’après vous, quelles sont les qualités requises pour être logopède ?

Je pense, tout d’abord, qu’il est important de faire preuve d’empathie et d’écoute aussi bien vis-à-vis des enfants que des parents. Ensuite, il faut pouvoir être patient et tolérant face aux difficultés rencontrées chez les enfants car ils n’évoluent pas tous de la même façon ni au même rythme. Il faut aussi pouvoir être flexible et créatif. Lorsque l’on se rend compte qu’une activité prévue ne convient pas, il faut pouvoir rebondir et changer d’activité. Enfin, il me semble essentiel de pouvoir se remettre en question régulièrement que ce soit en ce qui concerne notre attitude en séance, nos compétences professionnelles (bilans, pistes thérapeutiques…) et/ou l’utilité/l’utilisation de matériels, jeux… selon les difficultés.

Au niveau administratif, il est nécessaire d’être organisé et d’éviter au maximum la procrastination sous peine de se retrouver avec du travail en retard J.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans votre métier ?

Ce que je trouve le plus difficile à gérer, ce sont les contraintes administratives que nous avons au niveau des mutuelles c’est-à-dire que pour prendre un enfant en charge et qu’il bénéficie des remboursements, nous devons envoyer un dossier complet avec toute une série de documents en respectant certains délais afin que les parents ne perdent aucun remboursement. Les documents dont nous avons besoin doivent provenir d’autres thérapeutes chez qui les parents doivent prendre rendez-vous. Parfois, les délais des rendez-vous sont longs et ne nous permettent pas d’être dans les temps. Ainsi, les parents peuvent perdre le remboursement du bilan. De plus, nous avons un nombre de séances remboursé selon les troubles. C’est parfois frustrant pour nous de ne pas avoir pu récupérer l’ensemble des difficultés d’un enfant alors qu’il n’a plus droit aux remboursements…les parents peuvent continuer le suivi mais doivent quasiment payer l’intégralité des séances.

Hormis ces difficultés « administratives », il n’est pas toujours évident non plus de gérer au quotidien les attitudes, comportements, réactions des enfants mais aussi, parfois, de certains parents.

Aussi, nous avons beaucoup de travail à fournir en dehors de nos « heures » pour réaliser nos bilans, contacter les thérapeutes, les instituteurs… Nous devons gérer les retards de paiements…

Selon vous, est-ce important de continuer à se former ?

Pour moi, il est essentiel de continuer à se former. Lorsque nous sortons des études, nous pensons connaitre beaucoup de choses mais je trouve qu’une fois qu’on se lance, on ressent vraiment nos limites théoriques, pratiques… face aux demandes, bilans, difficultés observées, matériel, etc. Les formations nous permettent de recentrer et refixer les choses ainsi que d’approfondir certains troubles/domaines qui nous intéressent davantage.

En dehors des formations, il est nécessaire d’aller parcourir certains livres et/ou d’échanger avec des collègues. Cela permet d’avoir d’autres idées, d’autres points de vue.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Je n’ai pas d’anecdote qui me vient à l’esprit en répondant au questionnaire mais il n’est pas rare d’avoir d’agréables moments en séances.

Lors d’activités de langage, il arrive que des enfants nous disent des mots très drôles, ce qui aboutit souvent à des situations assez comiques. Cela arrive régulièrement et ce sont ces moments qui amènent beaucoup de plaisir dans ce métier.

Je terminerai en disant que, malgré les difficultés rencontrées et citées précédemment, le métier de logopède est vraiment un métier très riche socialement, humainement et intellectuellement parlant.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.