Hubert Laloyaux, Opérateur en scierie

Interview réalisée en septembre 2007

Hubert Laloyaux travaille depuis l'âge 15 ans dans l'entreprise créée par son arrière-grand-père en 1850 à Strée (Beaumont). Celle-ci est devenue une scierie mécanique en 1898.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

Je me suis formé essentiellement sur le tas, hormis des cours du soir en comptabilité et quelques stages d'affûtage à Saint-Hubert, au Centre belge du Bois, devenu depuis Valbois.

La scierie existe depuis 1850. A l'époque, mon arrière-grand-père était charron* en été et bûcheron en hiver. Ensuite, mon grand-père a développé le métier lorsqu'il y a eu l'essor de l'industrie du charbon et du chemin de fer et, en 1898, il a monté une machine à vapeur pour scier le bois car, auparavant, on n'utilisait que des scies manuelles.

Quelles sont les diverses professions qui peuvent être exercées dans une scierie ?

On distingue d'abord l'acheteur de matières premières, également appelé acheteur d'arbres.

Les grosses scieries comptent des agents affectés spécialement à cette tâche. Ici, c'est moi qui m'en occupe, car nous sommes une scierie artisanale spécialisée dans le débit.

Ensuite, lorsque les bois arrivent à la scierie, il faut une personne pour les découper et juger des longueurs de troncs à prélever dans chaque arbre : c'est découpeur.

Il y aussi le manutentionnaire (trieur de bois) qui classe les bois par qualité et par longueur ainsi que le chauffeur de clark (cariste) qui les transporte.

Puis, les bois doivent être découpés. C'est un scieur qui s'en charge, à l'aide d'une scie à grumes. Ce poste est très important et est souvent combiné avec celui d'affûteur, sauf dans les grosses unités où ce sont deux personnes différentes qui s'en occupent.

Enfin, les bois à retravailler vont à la scie à table (appelée aussi scie de reprise) où ils sont pris en charge par un scieur et un aide-scieur.

Comment pourrait-on décrire votre profession ? En quoi consiste-t-elle ? Quelles sont ses particularités ?

Cela consiste à acheter des arbres et à en faire du bois scié, des planches que l'on revend. On part de l'arbre qui est une matière assez brute et on en fait un bois un peu plus fini. C'est surtout le cas dans notre entreprise, où on scie du chêne. Les valeurs de produits finis peuvent varier assez fort suivant la qualité, donc il faut obtenir un maximum de produits à haute valeur ajoutée. C'est un métier fort intéressant mais l'avenir n'est pas des plus sûrs. On perd énormément de débouchés et l'évolution n'est pas vraiment en notre faveur. Le marché est mondialisé et il y a des pays où la main-d'oeuvre est moins chère, tels que la Chine qui nous concurrence très fort.

Ainsi, les chênes sont exportés en Chine par containers, entiers, non sciés et reviennent ensuite chez nous à l'état de produit fini et vendus bon marché. En fait, notre façon de travailler reste assez artisanale et demande beaucoup de main-d'oeuvre, ce qui entraîne un prix de revient élevé. Et puis, la demande pour le beau chêne n'est plus aussi importante, les gens préfèrent aller dans de grands magasins d'ameublement.

Dans la filière bois, à quel niveau vous situez-vous ?

On se situe au niveau de la première transformation, juste avant les entreprises de triage, mais qui peuvent aussi occasionnellement faire du sciage.

Le tranchage et le déroulage ne se font plus en Wallonie, contrairement à la Flandre et la France. Quant aux piquets, poteaux et tuteurs, cela se fait encore dans les Ardennes. De notre côté, nous scions pour les personnes qui font des bois sous rails, par exemple les billes de chemin de fer. Nos clients sont principalement des menuisiers, des négociants en bois ou des entrepreneurs.

Quelles sont vos tâches principales ? Comment se compose votre emploi du temps ?

Il s'agit de la direction de l'entreprise, l'achat des bois et les décisions de débit. Mon emploi du temps n'est pas très structuré car les journées ne sont jamais semblables. Ainsi, l'automne est synonyme de ventes de bois sur pied. Je dois alors aller en forêt pour estimer les bois et cela représente un surcroît de travail. L'entreprise compte quatre ouvriers, un employé et un gérant. On fait également du négoce tandis que d'autres activités sont sous-traitées comme le bûcheronnage, le débardage et le transport de grumes.

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer cette profession ?

Il faut aimer son travail et être volontaire. Avant, la force physique était encore importante mais, avec les machines qui existent actuellement, ce n'est plus le cas. Quant aux qualités techniques, je considère qu'elles s'acquièrent avec l'expérience. On peut être soit affûteur, soit scieur ou encore cariste. Mais quelqu'un qui a une formation de menuisier pourrait travailler ici, car il dispose de quelques qualités comme la connaissance du matériau et la destination du produit. Donc, cela peut s'avérer utile mais pas indispensable.

Présente-t-elle certains avantages ou des inconvénients (notamment horaires, risques pour la santé,...) ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

C'est un travail assez varié, ce n'est jamais la même chose. Les débits sont toujours différents et il n'y a pas deux bois qui se ressemblent. Les seuls inconvénients résident dans les risques d'accidents (coupures avec des outils, écrasement par chutes de bois,...), qui sont plus élevés que dans d'autres professions du bois car on est proche de la matière. On fait du débit artisanal, c'est spécifique à notre entreprise. On ne sait pas confier ce type de travail à une machine, on a besoin de la présence de l'homme. Ce n'est pas le cas dans les grosses unités.

Ainsi, dans les Ardennes, certaines scieries ne fonctionnent plus qu'avec des techniciens et des informaticiens ainsi qu'un ouvrier ou deux qui ne sont même plus en contact avec la matière. Quant aux difficultés, elles sont surtout d'ordre commercial. Il n'est pas évident d'écouler les produits finis.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Personnellement, c'est le débit des arbres et surtout des chênes, et essayer d'en tirer la quintessence. Il faut beaucoup d'expérience pour cela. Ce sont des choses qui ne s'apprennent pas de manière théorique. Il n'y a pas deux arbres identiques donc chaque débit est un cas particulier.

La profession a-t-elle évolué ? De quelle manière ?

Oui, elle évolue fortement. Comme je l'ai dit précédemment, les débouchés s'amenuisent. Et parallèlement, les coûts de production augmentent. Avant, il y avait davantage de possibilités car il y avait notamment davantage de billes de chemin de fer ou de châssis en bois. Or, ceux-ci sont de plus en plus souvent remplacés par du PVC et de l'alu. De fait, il y a une mécanisation mais elle touche davantage les scieries de bois résineux. Nous, nous travaillons le bois feuillu.

Pensez-vous qu'il s'agit d'un métier d'avenir ?

Je ne crois pas car c'est de moins en moins rentable, du moins à notre échelle. Notre main-d'oeuvre et nos frais d'exploitation sont trop élevés en regard d'un commerce aujourd'hui mondialisé. Le bois demande beaucoup de main-d'oeuvre donc nous sommes défavorisés par rapport à d'autres pays.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune intéressé par ce métier ?

C'est un beau métier. Toutefois, il faut être courageux, ne pas avoir peur de se donner du mal. Mais de là à mener une carrière dans ce domaine et être rentable, il y a une marge. Les perspectives peuvent changer mais, à l'heure actuelle, je ressens les choses comme cela.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.