Hugues Zabe, Déménageur

Interview réalisée en novembre 2008

A La Louvière, les Déménagements Zabé & Fils, c’est une histoire de plus de 80 ans. Cette entreprise familiale, active à l’origine dans le transport de bobines de films, a développé l’activité de déménagement après la guerre. Aujourd’hui, Hughes Zabé, petit-fils du fondateur, gère une équipe de huit personnes.

Peut-on en savoir plus sur votre formation, sur votre parcours professionnel ?

Au départ, je n’étais pas dans le domaine du déménagement. Après mes humanités, j’ai travaillé dans différents secteurs dont celui des magasins vidéos. En 2001, mes parents ont pris leur pension et, à 42 ans, j’ai repris la société avec mon frère et mon épouse.

Comment pourrait-on décrire votre profession ? En quoi consiste-t-elle ?

Ce n’est pas un métier facile. On travaille essentiellement avec des particuliers qui ont des exigences précises. Il faut bien connaître son boulot, qui comprend le démontage, l’emballage et le remontage. Le slogan de notre firme est d’ailleurs « Déménager sans angoisse ». Les clients connaissent notre réputation. Ils savent qu’on prend soin de leur mobilier comme si c’était le nôtre. De notre côté, nous savons que c’est une période délicate pour eux et qu’ils ont besoin d’être rassurés. En plus de la maison qu’ils quittent, il faut aussi être attentif à celle dans laquelle ils vont emménager. Les murs, les parquets… On place des tapis pour ne pas salir et quand on pose un élévateur, il faut éviter de détruire la pelouse. Les gens ont une valeur sentimentale pour leurs biens et leurs meubles, donc on est aussi soigneux pour déménager un cadre de photosqu’un tableau de 25 000 €.

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer cette profession ?

Une certaine psychologie est nécessaire car les gens sont présents derrière nous tout au long de notre travail. De plus, ils sont tristes de voir arriver le camion car cela signifie qu’ils vont devoir quitter la maison où ils vivaient. Le déménageur doit être poli, de bonne présentation, être polyvalent, être un bon bricoleur. Il doit être capable de démonter et de remonter tout type de mobilier (meuble, lit électrique,…), de débrancher et de rebrancher tout type d’appareil (lustre, machine à laver…). Il doit être à même d’emballer et de manipuler sans casse des cadres, des statues, du cristal, des vases,… et cela à l’aide de housses, de papier-bulle et de couvertures. Enfin, il faut savoir installer un élévateur. On forme lepersonnel à cela mais la Chambre Belge des Déménageurs le fait aussi.

Quels sont les avantages et inconvénients de cette profession ?

C’est tous les jours une nouvelle aventure! Chaque journée est différente même si, de prime abord, on pourrait croire le contraire. On voit en permanence de nouveaux lieux, c’est un travail en plein air et cela bouge beaucoup. Le revers de la médaille : c’est un métier dur, pénible. Il faut être courageux et costaud mais aussi polyvalent et flexible au niveau deshoraires.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Principalement le recrutement de personnel. On n’est pas une grosse boîte. Parfois, certaines personnes se présentent en s’imaginant que tout le monde sait faire ce métier. Or, déménager, ce n’est pas uniquement porter!
Être baraqué, cela aide mais travailler avec sa tête est aussi important que de travailler avec les jambes. Un piano ou un coffre-fort, c’est lourd, cela ne doit pas être soulevé ni transporté n’importe comment. De plus, il faut être un bon chauffeur, savoir se garer dans un trou de souris afin d’être le plus proche possible du lieu de déménagement.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Principalement le contact avec la clientèle. Il s’agit toujours de personnes différentes, il n’y a pas de monotonie.

Le matériel que vous utilisez est-il coûteux ?

Oui. Le matériel et les salaires sont les deux postes les plus importants dans notre budget. Notre flotte se compose de quatre camions, une camionnetteet trois élévateurs.

De quelle manière la profession a-t-elle évolué ?

La manière de travailler a évolué par rapport à l’image qu’on se faisait voici dix ans du métier de déménageur. Le matériel a considérablement changé. Notamment les élévateurs. Au début, il s’agissait de poulies puis d’élévateurs tractables (tirés sur des remorques) tandis qu’à présent ils sont intégrés aux véhicules. Ils peuvent monter jusqu’au 12e étage et les plus importants vont jusqu’à 30 étages. Quant aux camions, ils comportent un plateau hayon qui monte jusqu’à 6 mètres. Le matériel d’emballage a aussi évolué : on utilise des penderies en plastique, des cartons et des housses pour mettre les vêtements, les matelas et les chaises ainsi quedes cartons spécifiques pour les verres, les assiettes et les cadres.

Pensez-vous qu’il s’agit d’un métier d’avenir ?

Celui qui fait bien ce métier le fera longtemps! Mais je pense qu’il y a suffisamment de déménageurs aujourd’hui. Il faut dire que nous subissons une forte concurrence de la part de toutes les personnes qui effectuent des déménagements avec la camionnette de leur patron. Or, ce métier exigeun certain professionnalisme.

Quel conseil pourriez-vous donner à une personne qui se montrerait intéressée par ce métier ?

Je lui poserais plusieurs questions. A-t-il déjà travaillé dans ce secteur ? A-t-il suivi une formation technique ? Est-il en possession du permis adéquat pour la conduite de camions ? Aime-t-il le travail en équipe ? Est-il apte à raisonner un client ? Physiquement, se sent-il capable d’exercer ce métier ? En fait, l’idéal est d’apprendre sur le tas via un stage.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.