Infirmière en milieu hospitalier

Interview réalisée en janvier 2005

Infirmière hospitalière du service dialyse

Pourquoi ces patients n'optent-ils pas pour la dialyse à domicile ?

Être dialysé à domicile, ce n'est pas toujours possible. Il faut pour cela compter sur la présence d'un membre de la famille qui est disponible et qui peut assurer les mêmes soins que l'infirmière.

D'autres patients préfèrent délibérément opter pour l'hôpital : ils se sentent soutenus par le personnel et les autres malades. Quand ils rentrent chez eux, ils ne voient plus la machine qui leur rappelle la maladie.

Cependant, nous tentons de favoriser la dialyse à domicile. Deux infirmières de notre service assurent d'ailleurs la formation des proches qui le souhaitent. Elles apportent l'encadrement aussi longtemps que nécessaire. Ce n'est pas évident d'apprendre à piquer, à brancher l'appareil, à l'entretenir. Le conjoint n'a aucune notion de stérilité. Vingt-cinq patients du service ont opté pour la dialyse à domicile. Une équipe de techniciens leur livre la machine et assure son entretien. Les patients reviennent alors une fois toutes les trois semaines en polyclinique pour une visite chez le néphrologue.

Les infirmières bénéficient-elles également d'un écolage ?

Evidemment, parce que la dialyse ne s'apprend pas à l'école. Le service n'engage que du personnel gradué et chaque nouveau candidat bénéficie d'un écolage d'un mois ou deux. C'est d'ailleurs très difficile, quand nous sommes confrontés à une carence de personnel, de faire appel à des infirmières d'autres services parce qu'elles n'ont pas la compétence requise.

Personnellement, je serais favorable à l'instauration d'une spécialisation en néphrologie mais qui s'adresserait à un personnel polyvalent ayant déjà acquis une expérience dans d'autres services. Ce sont rarement de toutes jeunes infirmières, sans aucune expérience, qui sont affectées dans notre service.

Qu'est-ce que le métier d'infirmier au service dialyse implique ?

Il s'agit d'un rôle très technique qui attire d'ailleurs beaucoup de garçons. Notre service est un des rares de l'hôpital qui comptent autant d'hommes que de femmes (15 hommes pour 15 femmes). La mise en route de l'appareil, le respect des conditions de stérilisation indispensables pour éviter toute contamination au virus de l'hépatite B ou du SIDA ainsi que l'entretien de la machine requièrent des compétences techniques bien précises.

Toutefois, nous ne sommes pas que des techniciens. Notre rôle d'accueil est très important surtout vis-à-vis des patients qui sont admis pour la première fois dans le service. Nous devons jouer un rôle d'éducation des patients, dédramatiser la maladie et les aider à surmonter leur handicap.
Admettre sa maladie ce n'est pas facile. Nous devons également les informer sur les possibilités d'une greffe sans leur cacher la réalité. Certaines greffes peuvent se solder par des échecs et les délais d'attente sont parfois très longs.

De plus, l'infirmier joue un rôle de surveillance du patient durant toute la dialyse qui dure quatre heures. Il doit vérifier les paramètres de la machine toutes les deux heures et durant le déroulement de la dialyse, il joue un rôle de soutien et d'écoute très important. Les infirmiers tentent d'occuper le patient en leur proposant certaines activités (jeux, bricolage, lecture,...), mais il est vrai que pour la plupart, la télévision a remplacé la communication avec les infirmiers. Ce sont les infirmiers également qui veillent à l'entretien de la chambre, du matériel ainsi qu'à la distribution de collations. La continuité des soins vis-à-vis du patient implique que nous rendions un service complet. Par contre, contrairement aux autres services, nous n'effectuons pas les toilettes puisque les patients réintègrent leur domicile après la dialyse.

La structure du service implique également que les infirmiers peuvent être appelés dans d'autres services. Une infirmière peut se déplacer avec la machine vers les soins intensifs lorsqu'un patient présente une déficience rénale passagère suite à un accident ou à une longue intervention chirurgicale par exemple.
Il s'agit de conditions de travail beaucoup plus stressantes puisque le patient se trouve dans un état critique. L'infirmière doit s'adapter non seulement à un autre milieu de travail, mais il doit également surveiller les paramètres de la pression artérielle toutes les deux à trois minutes. Ces patients aigus, à la différence des patients chroniques, pourront toutefois espérer recouvrer une fonction rénale normale.

Quels sont les avantages et les inconvénients spécifiques à votre service ?

Il faut souligner un désavantage qui est commun à presque tous les services de l'hôpital: c'est l'insuffisance du personnel. Nous fonctionnons avec un cadre inférieur aux normes et ensuite, les salaires ne sont guère le reflet de ce que nous faisons surtout si nous tenons compte des risques encourus dans notre service. Par contre, nos horaires de travail sont beaucoup plus réguliers. Nous fonctionnons avec une infirmière de garde, joignable chez elle durant la semaine la nuit ou le week-end, trois fois par an.

De manière générale, nous ne prestons pas la nuit et les week-ends ; ce qui constitue un avantage pour la vie familiale. Les infirmières prestent 38 heures par semaine réparties sur trois journées, à raison de 13 heures d'affilée. C'est un service qui attire beaucoup de candidats pour ces raisons.

Toutefois, ceux-ci doivent faire preuve d'un sens d'adaptation au service qui est très particulier. Les infirmiers suivent les mêmes patients et répètent les mêmes gestes au fil des jours et des années. Certains n'aiment pas et croient avoir fait le tour du service, lorsqu'ils sont aptes à brancher la machine au bout de deux mois.
Je ne partage pas du tout cet avis. Pour moi, mon travail d'infirmière, c'est bien plus que d'être capable de brancher un appareil et par ailleurs, j'estime que celui qui le souhaite peut s'estimer en formation permanente. J'apprends encore aujourd'hui.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.