Ingrid Van Oostenrijck,
Acheteuse en vêtements

Interview réalisée en janvier 2007

Ingrid VAN OOSTENRIJCK est acheteuse en vêtements pour Carrefour depuis 20 ans.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Chaque jour est différent. C’est un métier lié à un processus, chaque période est soumise à d’autres plannings. En février, par exemple, je travaille avec les stylistes sur les collections. En août, on fait des analyses de marché, on va voir des concurrents, on fait des études sur nos clients, on définit notre plan théorique. 70% de notre temps est consacré aux chiffres, au budget, à faire des plans théoriques d’achat. Le reste du temps consiste à choisir les fournisseurs, négocier les prix, négocier les contrats. Je travaille en équipe avec des assistants. La majeure partie de l’administration est gérée par les assistants. Je dois beaucoup planifier.

Je vais voir les nouvelles tendances de collections avec les marques internationales. 80% des achats se font à un niveau international avec mes collègues des pays voisins. Sur base de ce qu’on a vu et repéré, on décide ce qu’on achète et en quelles quantités. On dépense les budgets qui ont été définis et on répartit la marchandise dans les différents magasins. Il faut assurer la rentabilité, donner aux clients ce qu’ils attendent et tenir compte des espaces de vente en magasin.

C’est la gestion et la mode. Au fil des années, j’ai découvert que la mode était ma passion ! Je sais que j’ai un feeling pour choisir les collections et ça m’apporte beaucoup de satisfaction.

Quelles sont les qualités attendues dans votre profession ?

Il faut être analytique pour les budgets, les marchés, les clients. Il faut être ouvert et communicatif. Pour négocier, il faut pouvoir rester « petit » pour obtenir des résultats. Il faut avoir le contact facile, savoir ce qu’on veut, être résistant, négociateur. C’est un métier où on est continuellement testé, c’est très confrontant, car le chiffre d’affaires doit être là ! Il faut pouvoir tenir face à cette pression constante. Il faut aussi être un peu créatif, aimer les contacts internationaux, avoir l’esprit d’initiative, de la rigueur, savoir convaincre, ne pas être trop influençable, savoir écouter, être curieux, avoir de la mémoire, une bonne résistance physique (horaire de travail, stress), savoir organiser son temps de travail, savoir prendre des décisions, …

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

C’est un métier amusant et enrichissant qui permet de rencontrer beaucoup de gens, beaucoup de fournisseurs, de découvrir le marché, le business. Le désavantage, c’est parfois le stress car il y a les impératifs dictés par le chiffre d’affaires, l’équipe, les clients. Il faut apprendre à gérer le stress, les horaires de travail et la vie de famille. Pour une femme, c’est plus difficile que pour un homme. Il faut s’occuper de sa famille et gérer en même temps beaucoup d’argent. J’ai attendu longtemps pour avoir mon enfant car j’étais toujours en voyage, toujours occupée par des projets importants.

Quel est l’horaire de travail ?

J’ai déjà plusieurs années d’expérience, je fais à peu près 8h-18h. Certains jeunes restent jusque 20h ou 21h, ils doivent apprendre à gérer leur temps et à planifier leur travail, à décider des priorités.

Quelles formations avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

J’ai fait une licence en droit.

Quel a été votre parcours professionnel ? 

Après les cinq ans d’études de droit, j’avais envie de faire du concret, du commerce. Je pensais le faire seulement pendant quelques années, juste pour apprendre. J’ai commencé comme cadre universitaire chez GB dans une équipe de transformation d’enseigne de GB à Maxi. J’ai suivi ensuite une année de stage à la vente dans différents sièges. Après un an, je suis devenue directrice d’hypermarché. J’ai exercé cette fonction dans 3 magasins. Après cinq ans, on m’a contactée pour venir à l’achat. C’est comme ça que j’ai commencé comme acheteuse à la puériculture et aux articles de soins pour bébés. J’ai ensuite été responsable de la marque Boutchou avec laquelle on est devenu leaders du marché. C’était fascinant de créer les collections des bébés avec les stylistes. J’ai fait ça pendant cinq ans. Après ça, j’ai travaillé à l’enfant. Je devais analyser les ventes par magasin et en rentabiliser la surface. Je réalisais une étude approfondie par magasin et je communiquais à l’achat quel type de magasin devait recevoir quel type de marchandise. Après, j’ai été en maladie pendant un an, j’ai eu un cancer. Quand j’ai repris le travail, je suis revenue à mes premiers amours. J’ai demandé à être de nouveau à l’achat. J’ai commencé aux chaussures et maintenant je suis à la dame. Je suis responsable du nouveau projet « tex by Max Azria »  qui est un designer très connu en Amérique. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ? 

De bien se connaître soi-même. De suivre une spécialisation en mode (je pense qu’il en existe une à Lille) après des études d’économie ou de droit pour pouvoir tout calculer de A à Z. De travailler au niveau international, car là tout est encore possible. Et tant qu’on n’a pas de liens de famille, travailler au niveau international est important pour bien connaître ses clients et être au top !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.