Isabelle Cattelat et Fabienne Thomas,
La Maison de Couture à Bruxelles

Interview réalisée en juillet 2014

Pourriez-vous nous présenter la Maison de Couture ? Quelles sont ses activités ?

La Maison de Couture a ouvert ses portes en 2010. Elle propose des activités en lien avec le tissu, utilisé dans la décoration intérieure mais aussi dans l’habillement. Nous proposons des formations en couture, de la vente de tissus, des réalisations sur-mesure et nous collaborons également avec les créateurs sur la recherche de matières.

A l’origine, en 2005, nous ne proposions que des cours de couture en journée, suivis principalement en tant que loisir. Puis, au fil du temps, nous avons renforcé ce côté formation en le rendant de plus en plus professionnalisant et exigeant. Nous proposons des cours généraux de couture, des cours plus spécifiques de patronage, de modélisme, etc. Nous nous différencions des écoles de stylisme, davantage tournées vers la création et la capacité à faire émerger des idées, en nous axant principalement sur l’apprentissage technique de la couture, l’élaboration de dessins techniques, de fiches techniques et la connaissance des tissus. Nos formations fournissent ainsi les compétences nécessaires pour le métier, que l’on travaille en boutique ou en industrie. Grâce à nos fiches techniques, par exemple, une couturière sait exactement évaluer ses coûts et savoir à quoi elle s’engage lorsqu’elle décide de travailler pour un client.

Personne n’est salarié chez nous. Nous travaillons en collaboration avec des professionnels indépendants qui viennent effectuer des prestations en fonction des besoins. Cela peut-être des modélistes, des couturiers, des personnes qui travaillent dans la création de tentures ou des garnisseurs, mais aussi des usines de meubles, des éditeurs de tissus, etc.

Quels sont vos parcours personnels ?

Fabienne : J’ai eu un parcours à la fois technique et artistique puisque j’ai un régendat en habillement et couture et puis j’ai fait le stylisme à Bischoffsheim. J’ai très vite enseigné car le contact avec les jeunes m’a tout de suite plu. J’enseigne aux Ateliers Lannaux.

Isabelle : Je ne suis pas du tout issue du milieu à la base mais j’ai toujours voulu monter un projet dans le domaine du tissu. J’ai eu une première carrière dans les affaires européennes puis j’ai suivi une formation en Gestion des PME. Je parle aussi plusieurs langues, ce qui est très utile dans le domaine du tissu puisque certains fournisseurs sont étrangers.

Nous nous sommes associées car nous avions cet intérêt commun pour la couture. Au départ, l’accent était principalement mis sur l’apprentissage, la formation, ce qui m’a permis de me former en couture aussi. Parallèlement à cela, j’ai développé des compétences en tissus. J’effectue pour cela des repérages de fournisseurs, je me rends dans des salons internationaux, je me renseigne sur les prix, etc.  

Quelle est votre clientèle ?

Notre public est très diversifié mais essentiellement féminin et calme, composé de personnes avec des parcours très variés. Tout le monde pense que la couture est destinée à un public d’un certain âge, mais pas du tout. Le public de la couture a beaucoup évolué ces dernières années et les objectifs ne sont plus les mêmes.

Il faut savoir que nos formations ont un certain coût et sont assez exigeantes et donc, nous accueillons moins de personnes à la recherche d’un hobby, d’un passe-temps. Nous nous attendons à ce que les personnes en formation aient envie d’apprendre, soient sérieuses et impliquées dans leur pratique. Malgré tout, cela reste difficile de leur faire comprendre qu’il faut sans cesse travailler pour se perfectionner en couture, y compris en dehors des heures de formation. 

Quelles sont vos créations dans le sur-mesure ?

50% du sur-mesure concerne des reproductions de vêtements. C’est assez compliqué car les clients ne comprennent pas toujours qu’on ne retrouvera pas forcément la même matière et que donc, ça ne sera pas exactement la même chose. Les autres demandes sont plus ouvertes : robes de mariées, robes de cocktail, de soirée, etc. Nous n’avons pas de collection particulière et nous ne travaillons pas avec de la demi-mesure. Les clientes viennent avec une idée, un modèle mais aussi avec des pièces de leur garde-robe qu’elles apprécient tout particulièrement, de façon à ce que nous puissions nous rendre compte de la façon dont elles se sentent dans leurs vêtements, du style qu’elles aiment, etc.

Nous créons des pièces assez simples et donc pas trop onéreuses, car le problème avec le sur-mesure à l’heure actuelle, c’est que très peu de clientes ont encore une connaissance de ce que cela implique en termes de travail, de matériaux utilisés et donc de coût.

Quels sont les points positifs et négatifs de votre métier ?

Le manque de « culture » du sur-mesure de la part de la clientèle constitue un élément négatif. Parmi les points positifs, il y a la diversité des projets et des personnalités que l’on rencontre, l’enthousiasme de la clientèle qui vient chez nous. Nous ne sommes pas que dans un rapport commercial, chacun vient avec son projet.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait se lancer dans la couture ?

S’il veut travailler dans la production, dans la confection en tant que telle, il ne trouvera pratiquement plus rien en Europe. Tout est délocalisé maintenant. S’il veut se lancer seul comme créateur ou travailler pour une maison de couture, il faut savoir que la concurrence est très forte dans ce domaine et qu’il ne faut pas espérer trouver du boulot facilement, même si on est talentueux. Cependant, une bonne base technique est essentielle car si on est prêt à tenir l’aiguille et à travailler de nombreuses heures, on peut s’en sortir avec un salaire plus que raisonnable. S’il n’a pas ces compétences, il pourra éventuellement aussi se diriger dans la vente, le marketing, la distribution dans le domaine du prêt-à-porter. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.