Isabelle, Institutrice primaire

Isabelle est institutrice en 4e année primaire. Il y a trois ans, elle quittait les bancs de l'école pour se lancer dans la profession.

Quel a été votre cheminement professionnel ?

Sitôt la fin de mes études, je n'ai guère tardé à trouver de l'embauche. Je suis sortie en juin et en septembre je travaillais déjà! Pendant un an, j'ai ainsi jonglé avec deux mi-temps. Le premier en "discrimination positive" où j'apportais une aide à l'institutrice en place et où je donnais des cours de remédiation et le deuxième en "polyvalence" où j'exerçais concrètement en tant qu'institutrice. Je donnais cours à plusieurs classes. Puis l'an dernier, j'ai enseigné en 3e année pour finalement aboutir cette année dans une nouvelle école, en 4e année. Je dois reconnaître que j'ai eu beaucoup de chance car je n'ai jamais dû changer d'école en cours d'année. Bien souvent, lorsque des jeunes diplômés cherchent un emploi, ils effectuent des remplacements à gauche et à droite. Ce fut le cas pour une de mes amies qui a dû fréquenter cinq écoles différentes au cours d'une même année scolaire. Moi je suis resté durant chaque année au sein du même établissement.

Pourriez-vous décrire vos années d'études ?

Il faut être polyvalent pour se lancer dans le métier d'institutrice primaire. La première année, on a beaucoup de cours théoriques axés sur la pédagogie, la façon de donner cours. Mais, bien que restreinte, on n'en oublie pas pour autant la pratique sur le terrain. Ainsi, l'école supérieure dans laquelle je m'étais inscrite avait instauré des stages d'observation à raison d'une matinée par semaine. Mais on était aussi amené à apporter une aide concrète à l'institutrice qui nous accueillait dans sa classe. A Noël, on a dû effectuer notre premier stage actif. Il a duré trois jours. Il s'agissait d'organiser une animation au sein de la classe. Je me suis ainsi chargée de mettre sur pied une pièce de théâtre: créer des petits décors, des costumes,... Et j'ai pu donner ma toute première leçon: il s'agissait d'une animation ludique sur les mesures, comparer la grandeur de divers objets,... Ce premier stage est déjà utile dans le sens où l'on voit tout de suite si on accroche ou pas. A Pâques, nous avons dû effectuer un deuxième stage, d'une semaine cette fois. Il fallait donner des leçons dans le cadre d'un projet que nous devions réaliser avec les élèves. En dehors de ces périodes de stages, nous avions bien évidemment de nombreux cours théoriques: histoire, français, géographie, mathématiques,... Mais tous ces cours étaient plus centrés sur la pédagogie, sur l'apprentissage de l'enfant plutôt que sur les matières elles-mêmes.

En 2e, le nombre de semaines de stages augmente. On en a eu deux par semestre, plus toutes les matinées d'observation qui sont maintenues. Si la première année était basée sur l'animation en classe, la deuxième est centrée sur l'apprentissage. On donne donc davantage de leçons et les préparations de ces leçons sont plus conséquentes, donc on a forcément beaucoup plus de boulot. C'est peut-être la raison pour laquelle de nombreux étudiants abandonnent en cours d'année. Là, on se rend vraiment compte de la réalité du métier. 

Ensuite, en troisième année, les stages s'intensifient encore (7 semaines). On doit se choisir une école et faire notre stage dans des classes différentes et dans des années différentes. Ce n'est pas toujours évident car l'approche est totalement différente selon que l'on enseigne en 1e ou en 6e année. En outre, on doit également suivre un stage dans l'enseignement spécial, ce qui est aussi en soi très intéressant car c'est une nouvelle manière d'enseigner que nous devons assimiler.

Un travail de fin d'études, basé sur les activités que nous avons faites durant l'année, vient clôturer la formation. Pour prendre mon cas précis, je l'avais centré sur les relations entre les élèves car dans une classe où j'avais enseigné, ils ne s'entendaient pas entre eux. Si j'avais un reproche à adresser à la formation, c'est de ne pas nous préparer suffisamment à la gestion de la discipline. Il peut en effet arriver que nous soyons confrontés à des élèves perturbateurs.

Enseigner, est-ce une vocation ?

Pour certaines personnes ça l'est mais pas pour moi. Après être sortie du secondaire, je ne savais pas trop quoi faire mais comme j'aimais bien les enfants, je me suis dit que je pourrais peut-être me lancer dans ce type de métier. Et ce d'autant plus qu'il paraît que j'ai beaucoup de patience lorsqu'il s'agit d'expliquer quelque chose. Je dirais d'ailleurs que la patience est une des qualités essentielles que doit avoir un instituteur.

Concrètement, comment se passe une journée-type ?

Les cours commencent à 8h40. Il existe un programme spécifique par matières et par cycles que nous devons respecter, mais nous sommes totalement libres sur la manière d'enseigner ce programme qui n'est absolument pas détaillé. Autrement dit: c'est à nous de planifier notre travail et composer notre cours. Même principe pour les excursions. On ne nous en impose pas mais on a tout le loisir d'en organiser. C'est donc laissé à l'initiative de l'enseignant. 

En ce qui me concerne, j'essaie d'alterner les matières. Par exemple, j'enseigne les mathématiques en matinée et du français l'après-midi. A ces deux grands cours viennent se greffer quelques autres comme la religion, le développement artistique, la sécurité routière,... Nous finissons à 15h30. Mais notre journée n'est pas finie pour autant. Le soir, nous avons encore beaucoup de boulot: les corrections, les préparations des leçons pour les jours suivants,...  

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Parmi les avantages, il y a le fait que nous sommes tout le temps occupés. Franchement, on ne voit pas le temps passer. De plus, on fait des activités vraiment diversifiées. On se sent aussi très utile car on fait découvrir plein de choses aux élèves. C'est très valorisant comme travail. Les nombreux jours de congés sont également, ne le cachons pas, un gros point positif. 

Comme inconvénient, je relèverais surtout le travail quotidien à domicile. On ne s'en rend pas toujours bien compte quand on voit cela de l'extérieur mais un enseignant ne se contente pas de prester ses heures! Si je prends mon cas, je travaille quasiment trois heures en plus quotidiennement, sans parler des dimanches complets que je consacre à la préparation des leçons. Bien sûr, tous ne font pas comme moi. Cela dépend de chaque enseignant. Mais quelqu'un qui débute a tout intérêt à apporter le plus grand soin aux préparations.

Autre point négatif: l'indiscipline. C'est malheureusement devenu une réalité concrète. J'ai la chance de ne pas y être confrontée cette année, mais l'an dernier j'ai eu un perturbateur en classe et ce n'était pas évident car, comme je l'ai dis précédemment, on ne nous a pas enseigné la façon de gérer cette indiscipline. Globalement, les problèmes avec les parents sont plus rares mais cela peut arriver: certains sont venus me trouver parce qu'ils trouvaient que j'avais injustement infligé une sanction à leur enfant. Après une bonne discussion, tout se règle généralement à l'amiable et je n'ai jamais eu de grave problème à signaler. 

En outre, on est souvent amené au sein de l'institution à participer à des activités du type fancy-fair et à s'y investir. C'est une charge de travail supplémentaire non négligeable. Mais à côté de ces points négatifs, il y a quelque chose de fantastique: le retour que l'on peut avoir des enfants. Ainsi, l'an dernier, mes élèves m'ont offert des petits cadeaux. Cela fait énormément plaisir. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.