Jacques Duchesne,
Chef de cantonnement

Interview réalisée en septembre 2007

La Division Nature et Forêts de la Région Wallonne (DNF), au sein de la Direction générale des ressources naturelles et de l'environnement (DGRNE) emploie quelque 600 personnes, tous grades confondus. La subdivision territoriale (appelée Cantonnement) de Dinant, est placée sous la direction de Jacques Duchesne, ingénieur des Eaux et Forêts, âgé de 59 ans.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J'ai eu une formation universitaire d'ingénieur agronome, orientation Eaux et Forêts, de 1965 à 1970 à la Faculté des Sciences Agronomiques de l'UCL. A l'époque, il y avait 5 options : agronomie des régions tempérées, agronomie des régions tropicales, génie rural, eaux et forêts et horticulture.

La formation était assez large, ce qui m'a permis de travailler dans le domaine du génie rural comme assistant de recherches. Ensuite, je suis entré en 1972 à l'Administration des Eaux et Forêts du Ministère national de l'Agriculture, la régionalisation n'étant intervenue qu'en 1980.

En cours de carrière, j'ai aussi effectué des missions à l'étranger comme expert en aménagement forestier de montagne pour la FAO (Food and Agriculture Organisation - ONU) de 1974 à 1976 aux Antilles, et comme professeur dans l'enseignement supérieur forestier en Afrique de 1992 à 1996.

Comment pourrait-on décrire votre profession ? En quoi consiste-t-elle ?

Le rôle de l'ingénieur des eaux et forêts - chef de Cantonnement à la DNF consiste à gérer une partie du territoire wallon en ce qui concerne la forêt publique, la chasse, la pêche et la conservation de la nature. Il est aidé en cela par un agent administratif ainsi que du personnel technique qui, lui, travaille directement sur le terrain (les "agents des forêts" aussi appelés gardes ou préposés forestiers).

Certaines spécificités sont requises, comme de bonnes connaissances en sciences naturelles ou en mathématiques. Il y a une série de disciplines de l'ingénieur au sens large qui sont utiles (topographie, résistance des matériaux, dessin technique,...). Par ailleurs, nous sommes une des rares professions dans l'administration à faire de la gestion

Quelles sont les particularités de votre fonction ?

C'est un poste à responsabilités qui permet beaucoup d'indépendance et est extrêmement varié. Ainsi, sur une journée, je peux faire une trentaine de tâches différentes. Il n'y a pas de routine.

Il faut aussi souligner le caractère saisonnier de nos activités : les martelages (marquage des bois) et les travaux forestiers en hiver et au printemps, les estimations des coupes de bois, la pêche et la gestion des réserves naturelles en été, les ventes de bois et la chasse en automne.

Nous travaillons avec du matériel vivant (arbres, gibier, poissons) et nous sommes dès lors soumis aux aléas climatiques : tempêtes (arbres renversés), invasions d'insectes, périodes de sécheresse (risques d'incendie, dépérissements). Bref, on peut dire que c'est un métier fort diversifié et forcément proche de la nature.

Dans la filière bois, à quel niveau vous situez-vous ?

On se situe au niveau primaire, en amont (production) avec tout ce que cela implique : conception des aménagements forestiers, gestion des propriétés boisées publiques avec notamment les ventes de bois et les travaux de plantations et les soins culturaux, jusque l'encadrement de l'exploitation forestière, tenue par le privé.

Le secteur secondaire vient ensuite avec les scieries, papeteries et autres établissements de transformation du bois et enfin tous les autres métiers liés au bois, qui viennent en aval.

Quelles sont vos tâches principales ? Comment se compose votre emploi du temps ?

En tant que chef de cantonnement, elles sont aussi bien administratives que techniques.

En vrac, je citerais : le traitement des dossiers aux points de vue chasse, pêche, forêt et conservation de la nature, la gestion du personnel et du matériel, les aménagements forestiers (conception, planification et suivi), les devis de travaux, le marquage et le suivi des coupes de bois, la gestion des réserves naturelles domaniales,... En gros, je fais 50 % de travail de bureau et 50 % de travail sur le terrain mais ce n'est pas aussi simple que cela vu le nombre de tâches différentes à remplir.

Il n'y a vraiment pas de journée-type.

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer cette profession ?

Le sens des responsabilités vu qu'on est relativement autonome, le leadership car on a une équipe à gérer, le sens du terrain (lié à l'expérience), la disponibilité 24h/24 car on a régulièrement des réunions le soir et le week-end (comités de chasse, comités de conservation de la nature, conseils communaux,...), la capacité d'imagination afin de faire face aux imprévus et les connaissances professionnelles dans notre domaine.

Ainsi, un bio-ingénieur qui n'a pas l'option forestière pourrait difficilement exercer cette profession.

Présente-t-elle certains avantages ou des inconvénients (notamment horaires, risques pour la santé,...) ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Côté avantages, elle présente une certaine indépendance d'organisation par rapport à d'autres administrations et à la variété dans le travail.

Personnellement, je ne vois pas d'inconvénients. La disponibilité doit être totale mais je ne considère pas cela comme un inconvénient car c'est inhérent à la profession.

Pour les difficultés rencontrées, je pointerais le manque de personnel, qui nous oblige à faire certaines tâches administratives au détriment de notre nécessaire présence sur le terrain.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

La gestion du patrimoine naturel (forêt, gibier, poissons, sites,...) et la variété du métier justement.

La profession a-t-elle évolué ? De quelle manière ?

Oui, elle a fortement évolué. Il y a une extension des compétences qui peut être ressentie soit positivement soit négativement. Je vois évoluer cette profession depuis mon entrée en 1972 à l'Administration des Eaux et Forêts. Les développements en matière d'informatique et de cartographie nous ont certes un peu aidés mais il reste encore une trop grande part de travail administratif.

Pensez-vous qu'il s'agit d'un métier d'avenir ?

C'est aussi bien un métier du passé, du présent que de l'avenir.

Il existe depuis longtemps et existera encore longtemps. Ce qui en fait la spécificité, c'est que nous nous occupons d'arbres qui sont plantés aujourd'hui mais qu'on récoltera dans 150 ans. Sur un plan philosophique aussi bien que pratique, il faut trois générations pour qu'on voie le résultat des travaux réalisés aujourd'hui. Il faut dire aussi que les personnes ayant suivi la formation de bio-ingénieur ne trouvent pas forcément du boulot dans leur spécialité.

Pour la Division Nature et Forêts de la Région wallonne, nous sommes environ 55 ingénieurs en services extérieurs et une vingtaine dans les services centraux à Jambes, tous grades confondus. Donc, les possibilités de trouver de l'emploi pour un ingénieur diplômé sont fort limitées. Ce n'est pas un débouché majeur.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune intéressé par ce métier ?

S'il est intéressé non pas par l'aspect « poétique » du métier mais plutôt par les sciences naturelles et exactes, il peut se lancer dans cette formation. Toutefois, il doit bien avoir à l'esprit qu'il ne travaillera pas forcément dans le domaine où il aura été diplômé, tout en sachant que la formation est large et multidisciplinaire, ce qui fait que les formations belges de "bio-ingénieur" sont très appréciées dans le monde.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.