Jean-Christophe Bertho,
Vétérinaire et curateur (gestionnaire de collection) au Monde Sauvage d’Aywaille

Interview réalisée en juin 2013  —  Interview 1212

Vétérinaire, c’est une vocation que vous avez depuis tout petit ? Comment l’idée d’exercer ce métier vous est-elle venue ?

Tout jeune, j’ai été bercé par le feuilleton de Daktari, c’était un vétérinaire professant en Afrique, à qui arrivaient plein d’aventures avec des animaux exotiques. J’ai toujours rêvé de gérer une réserve africaine et finalement, c’est l’Afrique qui est venue à moi.

Comment devient-on vétérinaire dans un parc animalier ?

Un peu par hasard. Dans le courant de mon cursus universitaire, j’ai toujours fait des petits jobs en rapport avec les animaux, jusqu’au jour où j’ai répondu à une petite annonce affichée aux valves des étudiants, qui recherchait un étudiant de doctorat motivé pour suivre et aider un vétérinaire dans un parc animalier près de Liège. J’ai répondu, ainsi que d’autres étudiants, et j’ai été finalement choisi. En tant qu’étudiant, j’ai travaillé 2 ans en contact fréquent avec le vétérinaire du parc et une fois diplômé, la direction du parc m’a proposé la place de vétérinaire temps plein et de curateur (gestionnaire de la collection animale) que j’ai acceptée en juillet 1995.

Vous travaillez au Monde Sauvage d’Aywaille, quelle est votre journée-type ?

Je m’informe tout d’abord auprès des soigneurs s’il n’y a pas de soucis dans leur secteur. Si c’est le cas, il faut les gérer suivant l’urgence. Je relève ensuite ma boîte mails et réponds aux courriels urgents.

Le parc participe à de nombreux programmes de conservation et d’élevage avec des demandes fréquentes envoyées par leurs coordinateurs. Il est en mouvement permanent de par les naissances, les transferts d’animaux (départs d’animaux en surplus, entrées de nouvelles espèces et de nouveaux individus d’une espèce déjà présente pour éviter la consanguinité, etc.). Je fais quotidiennement le tour du parc pour voir de visu si tout est en ordre.

Une autre de mes missions est la prophylaxie (anticiper les « problèmes potentiels » comme le parasitisme, la surveillance de gestation, l’isolement d’une femelle prête à mettre bas, etc.). Côté administratif, je me dois de garder à jour ma base de données (programme informatique) qui reprend tous les animaux du parc (de leur naissance à leur mort ou leur départ dans d’autres institutions, les différents changements ou soins qu’ils ont reçus). Un back up de ce programme est envoyé une fois par mois aux USA à une centrale qui reçoit les informations de tous les parcs membres de l’association à travers le monde (EAZA en Europe : European Association of Zoo and Aquaria), ce qui permet de suivre l’évolution et la gestion des populations animales détenues en parcs zoologiques.

Quelle est la plus grande difficulté rencontrée dans l’exercice de votre métier ?

La remise en question permanente…En outre, les animaux sont « sauvages », d’où parfois la difficulté de poser un diagnostic sans une tranquillisation ou anesthésie, ne fut-ce que pour prendre la température, une prise de sang…

Une autre difficulté est l’adaptation du traitement : les soins journaliers ne sont pas toujours possibles, sans tranquillisation ou anesthésie. Sans compter que les traitements se font en fonction du poids ou du volume. Un hippopotame adulte par exemple, peut peser jusqu’à 2.500 kg, un éléphant 3.000 kg, un ouistiti, une centaine de grammes seulement…

Quelle est votre plus grande réussite professionnelle jusqu’à ce jour ?

Avoir participé au développement du parc : l’augmentation du nombre d’espèces d’animaux détenus, la participation à de plus nombreux programmes d’élevage d’espèces d’animaux menacés ou en voie d’extinction (je pense au rhinocéros, à l’orang-outan, au pélican frisé…), la réussite dans la reproduction de nombreuses espèces (ours polaire, pélicans, rapaces, etc.).

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui aurait envie de suivre vos traces ?

Plus que des conseils, je donnerais des mots clés : motivation, croire en ses « rêves » et foncer.

 

Propos recueillis par Géraldine Tran pour la revue Athena n°292 – Juin 2013.

http://recherche-technologie.wallonie.be/home/fr/particulier/menu/revue-athena/index.html

 
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