Jean-Christophe Duperron, Mosaïste

Interview réalisée en octobre 2011

Expliquez-nous en quoi consiste exactement le métier de mosaïste?

En ce qui me concerne, je pratique la mosaïque à travers quatre activités : l’enseignement, la décoration, la réalisation de tableaux et la restauration. J’enseigne la mosaïque à titre de loisir créatif. Il s’agit de l’activité que j’ai développée en premier et sur laquelle je me suis basé pour pouvoir faire de la mosaïque une activité viable. Lorsque je me suis installé à Bruxelles, j’ai remarqué qu’il y avait peu d’ateliers intéressants, donc je me suis lancé. J’ouvre mon atelier 20 heures par semaine et les gens viennent y travailler « à la carte ». Je travaille aussi la mosaïque comme art décoratif, dans la décoration d’intérieure mais aussi extérieure: salles de bains, cuisines ou tout autre décor fixe. Lorsque j’ai un peu de temps, je réalise des tableaux en mosaïque qui sont véritablement des créations libres. Enfin, il y a la restauration de mosaïques anciennes (classées ou non). Il s’agit d’un marché potentiellement difficile car il fonctionne essentiellement par relations, mais je persévère. Cela me permet aussi d’acquérir et de développer des techniques particulières à la restauration.

 

Comment fait-on appel à vos services?

Soit les particuliers font directement appel à moi via le site internet ou via des connaissances, soit il s’agit d’une commande d’un architecte.

 

Quelles sont les différentes étapes de votre travail?

Si le client sait ce qu’il veut, je réalise un prototype (pour les gros projets) afin de donner une idée des différents matériaux utilisés, des dégradés de couleurs, etc. Pour les réalisations plus petites, je fais un dessin. En général, j’effectue 20% du travail puis j’invite le client à venir voir et à formuler ses remarques pour pouvoir rectifier le tir. Lorsque le thème est imposé, j’effectue des recherches graphiques, pour éventuellement proposer plusieurs alternatives.

 

Quelles sont les différentes techniques utilisées? Les différents outils?

Dans la mosaïque, les techniques sont associées aux différents matériaux travaillés (céramique, verre, marbre, schiste, etc.). Ces techniques se pratiquent avec différents outils : des pinces, la marteline… Il existe différentes techniques de pose : directe (sur le support directement) ; semi-directe (sur filet puis collage sur le support) et indirecte (mosaïque réalisée à l’envers et sur laquelle est coulé du béton ; la mosaïque est donc incrustée dans une dalle, comme pour les tables marocaines, par exemple). Dans le cadre de mes cours, je dois être familiarisé avec l’ensemble de ces techniques, même si je ne les pratique pas toutes.

 

Comment faites-vous connaitre vos activités?

Dès le début, j’ai développé un site internet (www.artmosaico.be). Il s’agit, en fait, du site présentant les activités de l’asbl à travers laquelle je dispense les cours, mais on peut aussi y découvrir mon travail personnel. Je participe aussi à des salons (Creativa, ArtisanArt…). Je suis par ailleurs membre de l’Office des Métiers d’Art du Brabant Wallon.

 

Quel est votre parcours?

Je suis ingénieur de formation. J’ai travaillé dans le domaine de la chimie et de la pétrochimie pendant 13 ans. A 35 ans, j’en ai eu marre et j’ai arrêté. Je voulais aller vers l’artisanat, l’artistique, le pédagogique. La mosaïque répondait à tout cela. Je suis donc allé me former en France pendant trois mois chez une mosaïste, puis j’ai réalisé plusieurs stages chez d’autres mosaïstes pour apprendre des techniques spécifiques. Il faut savoir qu’il existe une seule école de mosaïste reconnue, en Italie. J’exerce l’activité de mosaïste à temps plein depuis 2007.

 

Quels sont les types de projets que vous réalisez?

C’est assez varié. Cela va du décor d’un jacuzzi aux numéros d’une maison. Je travaille généralement sur commande, sur mesure et sur des projets de petite taille (moins de 10 m²). Je me fais parfois aider par des stagiaires mais je suis la plupart du temps seul, donc je ne réalise pas de trop grands projets.

 

D'après vous, quelles sont les qualités requises pour devenir mosaïste?

Il faut aimer travailler seul, dans son atelier. Il faut aussi être lucide quant aux revenus espérés. Si on n’investit pas sur fonds propres dès le départ, c’est très difficile de s’en sortir. C’est un métier avec beaucoup d’imprévus. On n’a pas nécessairement un carnet de commandes rempli pour les mois à venir. Personnellement, je peux me projeter dans un mois, voire un trimestre, mais rarement plus. Il faut donc être prêt à vivre dans l’incertitude.

 

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui veut se lancer?

D’apprendre l’italien et d’aller à l’école de mosaïste de Spilimbergo en Italie ! Je blague un peu en disant cela, mais il est certain que les quelques élus qui font cette école ont un avantage certain ! Sinon, je conseillerais de faire une formation de carreleur pour acquérir les bases sur les techniques de pose et de préparation des supports et suivre une formation plus artistique dans une Académie, apprendre les techniques de restauration… Bref, avoir plusieurs cordes à son arc et multiplier les expériences !

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.