Jean Dumonceau, Livreur

Interview réalisée en février 2019

Pouvez-vous nous présenter votre employeur ?

Je travaille pour une société de transport active dans le secteur de la grande distribution. Les marchandises que nous livrons sont diverses : une grosse partie concerne l’alimentaire (produits secs, frais et surgelés) et une autre partie provient de l’industrie (principalement des pièces détachées). Mais nous travaillons aussi avec une entreprise d’électroménager. 

De combien de véhicules est composée votre flotte ?

Nous avons 150 camions, porteurs et semi-remorques. Nous effectuons des livraisons en Belgique mais aussi à l’étranger, principalement dans les pays frontaliers.

Quels types de véhicules conduisez-vous ?

Des camions frigorifiques, des camions avec plateaux sur lesquels on peut disposer les marchandises ou encore des camions avec une bâche de protection. 

Comment se déroulent vos livraisons ?

Je reçois mon planning la veille, soit totalement soit partiellement. En fonction de la livraison, il m’est confié un camion, grand ou petit. Je charge chez le fournisseur pour effectuer les livraisons chez divers clients. Lorsque c’est fait, je contacte notre dispatcheur qui peut alors, en fonction du temps ou des commandes arrivées, me confier une nouvelle mission. Par exemple, je m’apprête à aller livrer ce matin du matériel électro-ménager et j’enchaînerai cet après-midi avec des produits de l’industrie alimentaire. Pour la suite du programme de la journée, on verra !   

Combien faites-vous de livraisons par jour ?

Il m’est déjà arrivé d’en effectuer une quinzaine, mais le plus souvent c’est 7 ou 8. Et j’ai déjà dû  faire près de 800 km en une seule journée ! Mais, généralement, je roule entre 400 et 500 km par jour. 

Vous ne pouvez pas rouler non-stop…

Non, en effet, il existe un règlement spécifique instauré par le Service Public Fédéral Mobilité et Transport. Je veille aux temps de repos : après 4 heures et demie de conduite, le conducteur doit respecter une interruption d'au moins 45 minutes. 

Comment êtes-vous payé ?

A l’heure.  

Y a-t-il des impératifs au niveau de l’horaire ? 

Cela peut arriver que l’on me dise qu’un client demande que la livraison soit effectuée à une heure, à un moment, bien précis. Récemment un client, mécontent que je sois arrivé avec dix minutes de retard, a refusé la livraison ! J’ai dû prévenir mon patron et rebrousser chemin avec la marchandise… Ce genre de mésaventure est toutefois très rare, généralement cela se passe très bien. 

N’est-on pas alors tenté d’appuyer sur le champignon ? 

Non. Le respect du code de la route et des limitations de vitesse est essentiel. C’est au chauffeur à partir suffisamment tôt pour arriver à temps, en tenant compte d’éventuels travaux et ralentissements. Si l’on a un PV, c’est pour notre pomme ! On n’a donc aucun intérêt à rouler comme un fou !  

Utilisez-vous des outils de navigation ? 

Quand j’ai commencé ce métier, le GPS faisait à peine son apparition donc je suivais une carte routière. Aujourd’hui, je l’utilise de temps en temps, mais plutôt rarement car, avec l’expérience, je connais bien les routes… Et puis, le GPS n’est pas toujours fiable à 100%. Je garde d’ailleurs les cartes dans mon camion au cas où…        

Votre société utilise-t-elle un outil de géolocalisation pour vous suivre dans vos tournées ? 

Pas la mienne, mais certaines autres peuvent utiliser un boîtier fixe, une sorte de « tracker ». Cela peut être utile en cas de vol du camion, par exemple. 

Chaque véhicule dont la masse maximale autorisée dépasse les 3.5 tonnes doit être équipé d’un tachygraphe digital. Il s’agit d’un appareil électronique qui est intégré au véhicule et enregistre les temps de conduite et de repos du chauffeur, la vitesse du véhicule, la distance parcourue, les irrégularités. Ces informations sont enregistrées dans la mémoire de l'appareil et sur la carte de conducteur du chauffeur. 

Devez-vous suivre des formations complémentaires ?

Tous les chauffeurs doivent présenter trois examens théoriques et trois examens pratiques pour obtenir le fameux sésame : le permis C avec CAP (ou Certificat d’Aptitude Professionnelle). Ce CAP est valable 5 ans et doit être renouvelé en suivant 5 jours de cours dans un centre de formation agréé par le SPF Mobilité et Transports. Par ailleurs, pour transporter des matières dangereuses, il faut obtenir le permis ADR. 

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ? 

L’indépendance ! Je suis seul dans mon camion et j’adore ça. J’ai parfois à côté de moi un nouveau collègue à former, mais c’est plutôt rare. J’adore aussi le fait de bouger sans cesse. Je livre, décharge ou charge et je redémarre ! Un jour dans les Ardennes, le lendemain à la côte ! J’apprécie aussi les contacts avec les clients et les fournisseurs. Cela fait 20 ans que j’exerce ce métier et j’aime toujours autant.  

Si vous deviez mettre en avant une qualité pour exercer ce métier ? 

La flexibilité. Il ne faut pas compter ses heures ! Certains chauffeurs-livreurs peuvent commencer à 3h00, d’autres à 16h00. Certains roulent toute la nuit… Les horaires sont variables et dépendent évidemment de la société pour laquelle on travaille. On peut parfois passer plusieurs journées et nuits en dehors de notre domicile.  

Comment se passe le recrutement des livreurs au sein de votre société ?

Une première sélection s’effectue sur base des CV récoltés. S’il y a une place vacante, un premier entretien est fixé en vue de vérifier la motivation du candidat. Si c’est concluant, il y aura un entretien avec le responsable du poste à pourvoir qui passera en revue les détails de la fonction et décidera de l’engagement. Il faut savoir que les sociétés qui recherchent des livreurs sont nombreuses. 

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Un nouveau client de notre société m’a demandé de ranger moi-même les marchandises dans ses rayons… Inutile de dire que cela ne fait pas partie de notre travail !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.