Jean-Louis Dolet,
Prototypiste en maroquinerie

Interview réalisée en janvier 2007

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Au quotidien, mon travail, c’est de mettre au point la maquette pour qu’elle puisse passer à la « mise au point ». Je fais la première pièce en entier, j’essaie d’approfondir tous les paramètres.

Au départ, il y a des croquis. Des collègues réalisent le patronage en carton léger. Moi, je prends ces patronages, je coupe les pièces en cuir, je regarde le volume. Je présente la maquette à la personne qui a fait le croquis pour vérifier que c’est bien le volume recherché. Une fois que c’est validé, je fais une première pièce plus approfondie avec doublure intérieure et tout. Je prends tous les paramètres pour faire la pièce complète. Ensuite, ça part à la « mise au point » où ils vont décortiquer le sac et noter les points à revoir pour pouvoir faire la production. Je donne aussi un coup de main à la recherche des paramètres de mise au point pour que tout soit tip top à la production. Quand la pièce est validée, on fait deux ou trois pièces pour voir s’il n’y a plus rien à changer et on lance la production.

Quelles sont les qualités attendues dans votre profession ?

Je pense qu’il faut être consciencieux, avoir une conscience professionnelle, avoir l’esprit d’équipe, s’impliquer à 100%. Pour qu’une entreprise réussisse, il faut s’impliquer complètement. Pour arriver au poste où je suis, il y a tout un chemin, des années de carrière. 

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Pour moi, il n’y a rien de contraignant car j’aime mon métier. Cela fait 34 ans que j’exerce ce métier et j’apprends encore aujourd’hui. Ce que j’aime le plus, c’est qu’il y a plusieurs collections par an. A chaque collection, on doit se remettre en question, on apprend tous les jours.

Quel est l’horaire de travail ?

De 8 h à 17h15 toute la semaine et le vendredi de 8h à 12h30. L’horaire est très flexible.

Quelles formations avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

J’ai commencé comme apprenti. Au départ, j’ai appris l’encollage des pièces. J’ai ensuite suivi la formation à la coupe, savoir aiguiser un couteau pour pouvoir découper dans le cuir. Une fois qu’on maîtrise la coupe, il y a la formation de parure qui sert à « refendre » tout ce qui est cuir, à dégrossir une partie des cuirs pour l’assouplir, à faire des bords francs pour les sacs passepoilés, afin de réaliser des rebords. Quand on maîtrise la parure, on peut commencer à monter ses propres pièces et, alors, c’est la montée en flèche. Les meilleurs sont sélectionnés pour progresser dans l’entreprise. Il faut de l’ambition, il faut s’investir, faire un travail soigné et méticuleux, bien observer ce qu’on fait.

Quel a été votre parcours professionnel ? 

J’ai commencé en maroquinerie sans savoir ce que c’était. Je venais d’une famille nombreuse. En 1973, j’ai arrêté l’école. Ma mère est venue un jour avec un Vlan, je cherchais du travail pour aider ma famille et c’est la première place que j’ai trouvée. On demandait un apprenti en maroquinerie et c’est comme ça que j’ai connu le métier. Je n’avais pas de vocation au départ, mais j’aime ce que je fais aujourd’hui, avec passion !

J’ai fait mon apprentissage, j’ai travaillé dans d’autres maisons. Et puis un jour, je suis venu dans l’entreprise Delvaux. J’ai commencé en tant qu’ouvrier de petite maroquinerie. J’ai fait tout ce qui est portefeuille. Il y a eu une possibilité de travailler la préparation des peaux exotiques et j’ai fait les démarches pour y accéder. J’ai été évalué et j’ai travaillé 15 ans dans cette spécialité. Puis, il y a une autre porte qui s’est ouverte à la « mise au point ». J’ai fait ma demande pour y accéder. C’est à ce poste que je suis à présent.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

De s’impliquer à 100%. S’il y a une personne qui le prend en main, ça va encourager cette personne à lui transmettre tout son savoir. Il faut en vouloir, il ne faut pas que le salaire gâche tout. Il faut d’abord faire le métier par passion, puis le salaire suivra. Si on veut un salaire d’ingénieur, il ne faut pas faire la maroquinerie. On commence au bas de l’échelle et, tout doucement, on commence à gagner un salaire décent. Il faut en vouloir, ne pas se décourager. Il faut se laisser le temps d’apprendre les choses, d’avoir de l’expérience et d’acquérir certains réflexes avant de pouvoir dire "aujourd’hui je suis prêt pour aller plus haut".

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.