Jean-Marc Priels,
Psychologue, Psychothérapeute

Interview réalisée en janvier 2005

Monsieur Priels est psychologue clinicien, formateur, coordinateur et psychothérapeute.

Quel fut votre premier emploi et quelles fonctions exercez- vous aujourd'hui ?

Outre un passage dans l'enseignement et un contrat dans une équipe psychiatrique, le premier emploi de psychologue clinicien que j'ai obtenu est celui dans lequel je suis toujours occupé.Il s'agit d'un mi-temps. A coté de ce travail que j'ai gardé depuis le début, j'ai ensuite exercé différents autres mi-temps. Ce fut tout d'abord dans un IMP (ancien lieu de stage), puis dans une unité d'observation en hôpital psychiatrique puis en tant que coordinateur d'un centre de formation. J'ai finalement choisi de travailler à mi-temps dans un service de santé mentale où je suis toujours engagé. La variété des emplois accessibles à un psychologue dans le champ clinique est considérable. Beaucoup de psychologues ont plusieurs contrats emboîtés les uns aux autres et qui leur offrent une certaine diversité dans le travail. Beaucoup d'autres travaillent également en tant qu'indépendants ou ont une activité d'indépendant complémentaire. Pour ma part, celle-ci ne concerne pas les consultations mais est essentiellement centrée sur la formation et il m'arrive également de prendre la parole lors de journées d'études. Je possède enfin aussi un contrat plus ponctuel de professeur dans un post-graduat en enseignement de promotion sociale. 

Pour revenir au mi-temps que j'exerce à l'hôpital, mon rôle de psychologue clinicien a évolué au fil du temps et j'exerce désormais la fonction de coordinateur des paramédicaux et des psychologues au sein de la clinique Sans Souci à Jette. A l'hôpital, au départ, j'ai été engagé pour une mission de diagnostique psychologique dans un service d'admission. A cette époque, je faisais essentiellement du diagnostic de personnalité en utilisant des tests, questionnaires, échelles standardisées, etc. J'examinais également le fonctionnement de la mémoire, les capacité de concentration, de réflexion, de planification, ainsi que le profil d'intelligence de certains patients. En hôpital on travaille au sein d'une équipe pluridisciplinaire. Il faut du temps pour s'y intégrer et pour trouver sa place. Progressivement, mon travail s'est diversifié : il a doucement évolué et s'est orienté vers les entretiens d'écoute, de conseil, de relation d'aide. Enfin, avec l'expérience j'ai pu proposer des entretiens psychothérapeutiques. Concernant le travail de psychologue à l'hôpital, on a toujours l'idée qu'il se fait directement en lien avec la demande et le besoin du patient. Il s'agit en effet toujours d'aider le patient à trouver sa place dans la vie. Cependant, le travail de psychologue est aussi un travail mené en fonction des demandes de l'équipe dans laquelle on est intégré. Il ne peut se faire sans une large réflexion par rapport à tout le système institutionnel. Ce versant du travail est moins connu, plus discret, et suppose l'écoute et parfois la confrontation à l'équipe, ce qui est sans doute la partie la plus difficile du métier. On se représente le travail du psychologue comme entièrement centré sur le patient car, déontologiquement, le sujet écouté se trouve au premier plan. On demande cependant aussi au psychologue de fonctionner dans un système institutionnel et ce dernier n'accorde pas toujours toute l'attention requise au patient. Le psychologue, dans une équipe hospitalière, est à la fois « dedans » et « dehors » , ce qui implique toute la réflexion nécessaire à tenir sur sa place, son rôle, sa fonction. Ce n'est pas simple.

Pouvez- vous nous préciser en quoi consiste ce rôle au sein de l'institution ?

De par sa fonction, la psychologie du psychologue est quelque chose de tout à fait particulier, qui n'est pas celle des psychiatres, ni celle des infirmiers. Le psychologue peut trouver sa place implicitement, petit à petit. Il peut asseoir son point de vue dans les rencontres et les dialogues avec l'équipe et se questionne constamment quant au fonctionnement opératoire de l'institution. Il doit toujours avoir une réflexion sur son rôle et est amené à sans cesse effectuer un travail de clarification à ce sujet. Cela est essentiel car il y a le risque de laisser les autres acteurs hospitaliers le définir à sa place. En institution, la fonction de psychologue ne va jamais de soi. Ainsi, vigilant, le psychologue, sans tout critiquer ni tout remettre en cause, doit aussi soutenir le changement institutionnel. Il assume alors un rôle de facilitateur, guère facile mais important. 

Mr Priels exerce aussi à mi-temps en tant que coordinateur des paramédicaux et des psychologues à la Clinique Sans Souci.

En quoi consiste cette fonction de coordinateur ?

Je suis en lien avec les collègues de l'équipe des travailleurs sociaux, de celle des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes et bien entendu de celle des psychologues. En tant que membre du comité de direction de l'hôpital, mon travail est, pour toute une série de questions institutionnelles, d'organiser la concertation avec les équipes. Ma tâche est de faire circuler l'information entre le comité de direction et les professionnels, de mettre en place et de participer à certains processus de décision, de structurer la concertation à propos des engagements du personnel de mon département, etc. Enfin je participe à de tâches de formation, d'organisation de séminaires en lien avec le projet des équipes de soins. C'est un mi-temps, mais dans lequel j'ai aussi gardé une partie importante de travail clinique. Un lieu commun est de dire que les problèmes de la société actuelle sont liés à la déliquescence du lien social. Les personnes qui arrivent à l'hôpital ont souvent perdu beaucoup de liens. Dans un objectif global de revalidation psychosociale, une part du travail de soins consiste à recréer des liens aussi durables que possible. J'aime travailler sur base personnaliste en entretiens individuels mais aussi sur base communautaire en groupe. A l'hôpital, je travaille ainsi avec des personnes qui souffrent d'addiction, qui ont abusé d'alcool ou d'autres produits. Outre la parole et l'écoute, j'aime également utiliser d'autres modalités de communication et utiliser dans une approche psycho-corporelle dans un groupe non verbal.

Pouvez-vous évoquer les formations que vous avez suivies ?

Dans ma recherche d'emploi j'avais choisi d'ouvrir un maximum de perspective en essayant de trouver un premier poste de psychologue « généraliste » avant de choisir la méthode psychothérapeutique spécialisée qui me paraîtrait la plus pertinente selon mon lieu de travail.La plupart des institutions fonctionnent sur des modèles théoriques particuliers et, pour ne pas me fermer des portes, je ne voulais pas commencer une formation spécifique sans avoir de travail. Après avoir été engagé à l'hôpital, j'ai tout de suite choisi de m'engager dans une formation de psychothérapeute. Ayant au fil du temps obtenu un contrat à durée déterminée, au bout d'un an et demi de travail je me suis engagé dans une formation longue de psychothérapie dans l'approche centrée sur la personne. A coté de cette formation, il importe aussi de se tenir régulièrement à jour pour d'autres tâches que celle de l'écoute clinique. Les outils techniques, les tests utilisés par les psychologues ont considérablement évolué depuis que je suis sorti de l'université en 1988. Il est nécessaire pour le psychologue de se mettre à jour via la lecture d'articles trouvés en bibliothèque ou de bouquins récents, etc. Une partie de la formation provient également des discussions avec les collègues et les membres des équipes (supervisions ou intervisions). Je veille aussi à participer régulièrement à des journées d'études qui nourrissent la réflexion et je me rends à des congrès internationaux spécialisés. Ceux-ci sont l'occasion de rencontres avec des collègues étrangers et peuvent donner lieu à des collaborations nouvelles. Ainsi, en tant que francophone, ai-je l'occasion de contribuer à la bibliographie internationale dans l'approche centrée sur la personne. Par ailleurs j'ai la chance de faire partie du comité de rédaction d'une revue francophone internationale intitulée 'ACP Pratique et Recherche'.

Qu'est ce qui a motivé votre choix pour ce courant de pratique ?

Il est coutume que le psychologue s'interroge et cherche à déterminer la motivation sous-jacente au choix de son métier.C'est important mais, à force de recherches, de nouvelles réponses apparaissent sans cesse. Le questionnement peut être sans fin. Par rapport au fait d'être psychologue mon attitude est un peu différente. J'ai retenu une phrase de mes études : « peu importe l'origine des valeurs avec lesquelles vous travaillez ou l'origine du choix, ce qui importe c'est le sens de ces valeurs. » J'ai choisi l'approche centrée sur la personne parce qu'elle correspondait à certaines de mes valeurs de vie que je désirais promouvoir autour de moi. Ensuite, chaque psychologue possède son histoire personnelle. Il découvre souvent l'origine de ses motivations au cours de ses études voire en thérapie didactique. On a parfois l'habitude d'entendre que les psychologues choisissent ce type d'étude pour résoudre leurs problèmes personnels. Je peux affirmer qu'il n'en est rien même si ce sont parfois des histoires très résilientes qui donnent à ces personnes une finesse incomparable dans leur travail clinique d'écoute de l'autre. 

Mr Priels, psychologue et psychothérapeute exerce mi-temps dans un service de santé mentale, le Nouveau Centre Primavera.

Quelle est votre fonction au sein de ce centre ?

Mon rôle est essentiellement celui de counsellor ou de psychothérapeute. Dans le grand public, l'idée que l'on se fait de la psychothérapie est souvent très théorique mais la réalité du terrain est fort différente. En fait, les personnes qui s'adressent au centre arrivent lorsqu'elles sont en demande d'orientation, de guidance ou de conseils tandis que d'autres désirent enclencher un travail thérapeutique complet. Pour ce qui concerne les tâches de mon travail, outre le travail d'écoute en entretiens individuels, j'organise également des groupes d'évolution personnelle et des groupes de paroles à thèmes. Par ailleurs, je reçois aussi les demandes de formation venant de différents services externes du secteur psychosocial. J'en assure alors la mise en place, la coordination et l'évaluation.

Vous organisez des groupes d'expression créative, de quoi s'agit il ?

Ces deux dernières années, il m'est arrivé de répondre à des projets assez inattendus. C'est ainsi que j'ai été amené à collaborer à un projet théâtral au Centre Culturel Bruegel au Théâtre de Poche. Il m'était alors demandé de faciliter des groupes de parole en seconde partie d'un spectacle ayant pour thème le suicide d'un adolescent. Il est intéressant de sortir du cadre strict de la santé mentale et de s'ouvrir à une dimension psycho-socio-culturelle. Au Centre Primavera, en lien avec le Centre de Prévention du Suicide, nous allons bientôt mettre en place un nouveau type de groupe. Il s'agit d'un groupe d'expression créative dans lequel, plutôt que de fonctionner à priori par la parole nous allons proposer aux personnes de s'exprimer à l'aide de terre, de peinture, de pastels, etc. Nous proposons aux personnes présentes un cadre permettant de s'exprimer via un média inhabituel. La parole viendra seulement ensuite. Cela se rapproche de l'art thérapie, ou plutôt de la thérapie par l'art. Le modèle théorique utilisé est plus précisément connu sous le vocable des ateliers d'expression créative.

Vous êtes également formateur ?

Il m'arrive de prendre la parole dans des journées d'études, par exemple avec le groupe IPRPS (Interface Pratique Recherche en Psychologie de la Santé).Il concentre sa réflexion sur la psychologie de la santé et correspond à une évolution des paradigmes. Le métier de psychologue d'hôpital se définit souvent dans un lien de collaboration avec le médecin au chevet du malade. Le psychologue a besoin d'un champ de connaissance qui relève de la santé. Cette notion de « psychologie de la santé » est en plein développement. L'IPRPSI est un collectif créé voici deux ans qui rassemble des chercheurs universitaires et des praticiens. La psychologie se définit toujours comme théorico-clinique ou scientifico-clinique. Pour élaborer leurs théories, les chercheurs disposent de modèles théoriques très élaborés mais ils ont aussi besoin de travailler avec des personnes qui leur permettent d'expérimenter des choses, de travailler avec des praticiens. Ce groupe est très intéressant car par ailleurs, les praticiens de terrain ont également besoin d'évaluer ce qu'ils font. Il leur est donc utile de travailler avec des chercheurs. La première initiative de l'IPRPS fut de créer un site web. Il fonctionne bien et nous y reprenons différents articles et outils. La prochaine initiative sera une journée sur la mesure de la qualité de vie de la personne. Un chercheur y présentera un outil tout à fait intéressant permettant d'investiguer la qualité de vie des dépressifs. En parallèle, on proposera des exemples d'application clinique de cet outils pour ouvrir le partage d'expérience avec les autres collègues.

Quels sont les outils utilisés dans le cadre de vos missions d'expertises auprès des tribunaux ?

Avec un médecin expert, je pratique régulièrement des examens psychologiques pour les tribunaux d'assises, du travail, etc. C'est un travail très exigeant et je ne me penche d'ailleurs que sur un dossier à la fois. La demande est habituellement de faire un examen psychologique de la personne, en connaissant et respectant les limites de son travail pour absolument rester dans le cadre imparti. Il s'agit d'émettre un avis psychologique ou de proposer un diagnostic mais jamais de prendre la place du tribunal. Au cours de ce processus d'examen, je retrace d'abord toute l'histoire de vie de la personne. Je peux ainsi obtenir des hypothèses de travail et choisir des outils d'investigation parmi les tests projectifs classiques (Rorschach, etc. ) ; les protocoles ou les échelles standardisées disponibles. La seconde partie du travail concerne la passation et l'interprétation de ces tests, puis l'écriture d'un rapport. Enfin, je termine par un débriefing, donc je donne à la personne lecture de mes conclusions et lui fait part des données rassemblées : un travail long, précis et minutieux. La responsabilité est importante. Il doit être mené dans le plus grand respect de toutes les parties concernées par le jugement ultérieur. Le challenge est aussi de déposer un rapport écrit dans un langage simple afin pour que les jurés et les juges puissent comprendre avec exactitude les conclusions qui s'y trouvent consignées.

Est-ce que cette mission demande une formation particulière ?

Oui, et c'est là tout l'intérêt de la formation de base du psychologue et du médecin expert avec lequel on collabore.Certaines universités proposent désormais des formations de troisième cycle spécialisé dans le domaine de l'expertise. Spontanément, nous avons tendance à nous faire une idée immédiate de la personnalité d'un individu, un piège auquel nous devons être attentif. La méthodologie développée lors d'un travail d'avis psychologique tente de le déjouer au maximum. Il s'agit de poser des hypothèses de travail et de chercher les arguments ou les contre arguments qui valideront ces hypothèses. On se fraye ensuite un chemin dans la variété des diagnostiques psychologiques possibles et on explique aussi la structure ou la dynamique sous-jacente de la personnalité à propos de laquelle un avis est demandé. Enfin, il faut tenir compte de multiples éléments liés au contexte de l'examen. La formation de base est essentielle pour être pleinement conscient des limites du métier. L'expérience est par ailleurs un atout considérable. Les personnes doivent être bien défendues et il convient que la défense puisse obtenir un avis expert. Une fois le rapport déposé auprès du médecin ou du tribunal compétent, le travail est souvent suivi d'une contre-expertise.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.